LA DOUBLE CHRONIQUE DE LA MAISON D'ALENÇON
particuliers à raffection de la Pucelle. Orpheline de mère en naissant, Azincourt l'avait rendue comme orpheline de père par l'interminable captivité que Jeanne disait avoir pour mission de faire cesser. Elle portail le même nom que la fille de Jacques d'Arc, n'avait que deux ans de plus, devait mourir un an après la martyre de Rouen, et, nous dit de Cagny, étoit tant humble et tant doiilce envers toutes gens que dame pouvait être, La première Chronique de Cagny ne renferme rien sur la Pucelle qui ne se trouve dans la seconde, dont Quicherat parle en ces termes.
« Je n'hésite pas, dit-il, à mettre Perceval de Cagny en tôte des chroniqueurs qui ont parlé de la Pucelle. Cet honneur lui revient comme au mieux instruit, au plus complet, au plus sincère, à celui qui le premier en date a témoigné pour elle, et d'une manière digne d'elle, dans un écrit destiné à la postérité. »
Ce jugement demande des explications. On peut concéder que personne n'est mieux instruit de ce qui regarde la période à laquelle de Cagny a pris part, à côté de son maître, généralissime de l'armée dans la campagne de la Loire, et occupant un des premiers rangs à la suite du roi, jusqu'au retour en Berry. De Cagny donne mieux que tout autre la suite et la date des événements à partir du mois de juin jusqu'au milieu de septembre 1429. Son pinceau a de la vigueur; on peut regretter trop de concision. Il n'est pas le mieux instruit de ce qui s'est passé depuis l'arrivée de Jeanne à Chinon jusqu'après la délivrance d'Orléans; il y a de notables erreurs dans son récit.
Est-il le plus complet? Oui, si l'on veut dire qu'il présente avec plus de suite la série des événements; mais il ne l'est pas si on entend par là l'écrivain qui nous fait mieux saisir la véritable physionomie de l'héroïne. 11 est sous ce rapport inférieur aux deux Cousinot, et peut-èlre à d'autres encore. De Cagny admet hautement la divinité de la mission de la Pucelle, il laisse de côté les détails qui la font palper; ce qui n'était pour déplaire à Quicherat.
La sincérité de Perceval de Cagny semble incontestable. Il écrivait pour transmettre à l'avenir la mémoire des gestes de la famille qu'il servait, et plus particulièrement de son jeune maître, Jean II d'Alençon. L'occasion de lui rapporter l'honneur de la campagne de la Loire s'offrait d'ellemême, puisque Jean II avait le titre de généralissime. Perceval n'en a rien fait. Il ne se lasse pas de présenter et de montrer la Pucelle comme l'flme de tous ces heureux événements. Il ne veut pour le duc que Thon-
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ncur de Tavoir secondée, ainsi que le roi lui en avait donné Tordre ; et en cela il a été bien inspiré.
L'on trouve plusieurs fois des blancs dans la Chronique quand il s'agit des dates ou de menus détails; Ton peut croire que le chroniqueur voulait prendre des renseignements ultérieurs avant de les remplir, et qu'il en a été empêché par la mort. Il est si sincère qu'il met son maître au nombre des princes dont il blâme l'inaction, à la suite des trêves
avec le duc de Bourgogne.
Les découvertes faites depuis la publication du Double Procès établissent que Perceval de Cagny n'est pas le premier en date à avoir déposé en faveur de la Pucelle. La Chronique de Morosini, écrite au cours des événements, la Chronique dite des Cordeliers, peut-être la Chronique des Cousinot, les pages du Breviariwn historiale^ sans parler du Mémoire de Gerson, des Lettres et du Traité de Jacques Gelu, sont autant d'écrits dont la composition a précédé la composition de la Chronique du maître de rhôtel du duc d'Alençon. On peut dire qu'écrivant vingt ans avant la réhabilitation, Tinique sentence de Rouen n'a en rien ébranlé sa foi dans l'envoyée du Ciel.