CHAPITRE PREMIER
DE LA VENUE DE LA PUCELLE A LA DÉLIVRAxNCE D'ORLÉANS.
Sommaire : i. — Arrivée de la Pucelle à Chinon. — Étonnement causé par son merveilleux langage sur Dieu et sur la guerre. — Elle est examinée. — Équipée militairement. — Abattement de la cour avant son arrivée. — Impossibilité de ravitailler Orléans réduit à la famine. — Personne n'ose l'essayer . — La Pucelle s'offre. — Son étendard.
il. — Convoi formé à Blois. — Escorte. — Orléans ravitaillé. — Second convoi par la Beauce. — 11 est introduit sans obstacle.
m. — Préparatifs de l'attaque contre Saint-Loup. — Les capitaines chargés de contenir les Anglais. — La bastille enlevée en face des Anglais impuissants. — Ils n'osent plus s'ordonner en bataille. — Attaque des Augustins. — Peu de gens suivent la Pucelle. — La bastille enlevée. — Les vainqueui*s passent la nuit sur le champ de bataille. — Combien les Tourelles étaient fortes. — Glacidas. — Attaque et défense acharnées. — Les Tourelles sont enlevées. — Glacidas noyé. — Pertes des vainqueurs. — Le pont merveilleusement restauré. — Les Anglais spectateurs inactifs des exploits de la Pucelle. — Fuite des Anglais.
La venue de la Pucelle devers le roy. — En cette année MCCCCXXVIII (a, st.), le (F/*) jour du mois de mars, une pucelle de l'âge de xvm ans
OU environ, des marches de Lorraine et de Barrois, vint devers le roi à Ghinon. Elle était issue de gens de simple état et do labour; elle disait toujours de fort merveilleuses choses en parlant de Dieu et de ses saints ; elle disait que Dieu l'avait envoyée à Taide du gentil roi Charles pour le fait de sa guerre. De quoi le roi et tous ceux de sa maison, et les autres, de quelque état qu'ils fussent, se donnèrent de très grandes merveilles de ce qu'elle parlait et devisait des ordonnances et du fait de la guerre, autant et en aussi bonne manière qu'eussent pu et su le faire les chevaliers et lesécuyers étant continuellement occupés du fait de la guerre.
Elle fut très grandement examinée par des clercs, des théologiens et par d*autres, par des chevaliers et des écuyers, sur ce qu'elle disait de Dieu et du fait de ladite guerre ; et toujours elle se tint, et elle fut trouvée en un même propos.
Elle prit et se mit en habits d'homme ; elle demanda au roi de lai faire faire des armures pour s'armer, telles qu'elle les deviserait '^iWiqf(eraii); et qu'il lui donnât des chevaux pour elle et pour se« gen<; et il fut ainsi fait.
Le roi la tint devers lui jusqu'au mois de mai, sans qu'elle allât null^ part ' .
Avant sa venue, ni le roi ni les seigneurs de son sang ne «avaient quel conseil prendre, et depuis, par son aide et conseil, les affaires vinrent toujours de bien en mieux.
Comment la Plcelle commença a faire la guerre alx Angloi*, — En Fan MCCCCXXIX, la Pucelle entreprit de vouloir montrer pourquoi elle était venue devers le roi. — Après la journée des Harengs, les Anglais des bastilles d'Orléans s'efforcèrent d'empêcher que nuls vi%Te« passent venir à ceux d'Orléans; si bien que ceux-ci avaient très grand défaut de pain. Pour y pourvoir, ils envoyèrent plusieurs fois devers le roi qui assembh ses capitaines pour aviser par quelle manière, on pourrait leur mener de* blés et d'autres vivres. Nul de ces derniers n'osa entreprendre pareille charge par crainte des Anglais, qui étaient d'un cAté et d'autre de la ville, en bien grand nombre dans leurs bastilles ; et avec cela tenaient les villes et les places au-dessus et au-dessous delà rivière,
La Pucelle, voyant que nul n'entreprenait de donner sec<iurs k e^fte noble place d'Orléans, et connaissant la très grande p^.rU^ et dom nru^e que ce serait pour le roi et son royaume, de perdre ladite pla/;:^, fef\mi le roi de lui donner de ses gens d'armes, et dit : ^ Par rn/m Martin. — K^^x\i son serment, — je letir ferai mener de% titret a. Le roi le loi nneord^ \ 4',*' dont elle fut très joyeuse.