XIV AU LECTEUR
L'intérêt exceptionnel qui g'attache à Jeanne d'Arc a fait étudier bien des personnages mêlés de plus ou moins près à son histoire. On s'efforce d'éclairer les moindres faits, de fixer les lieux. De là une multitude de brochures, et surtout d'articles dans les si nombreuses revues de la capitale et des provinces. Tentatives toujours louables, ,] pas également heureuses ; plusieurs cependant offrent de précieux renseignements.
De longues journées ont été employées à feuilleter ces recueils, et à chercher, au milieu de matières bien disparates, ce qui avait trait à rhéroïne. Ce qui a paru mieux fondé et plus digne d'intérêt a été recueilli et brièvement analysé, ou même intégralement reproduit.
Fils d'un ouvrier fanatique de jacobinisme, Jules Quicherat, assure-t-on, avait conservé dans l'intimité quelque chose de Texallation révolutionnaire de son père. Plus modéré dans ses écrits, son rationalisme cependant ne se fait pas seulement jour dans ses Aperçus nouveaux^ il influe sur l'appréciation des documents qu'il produit. Le surnaturell'offusque ; les Chroniques où il est plus élagué ont manifestement ses préférences, alors qu'elles sont non seulement sèches, mais déparées par de manifestes erreurs. Celles au contraire qui relatent des faits merveilleux, même les mieux établis, lui déplaisent et sont jugées sévèrement. Encore que, comme paléographe, il soit d'une compétence qu'il nous siérait mal de contester, il n'est pas impossible de constater qu'il n'a pas été toujours heureux dans le choix de ses manuscrits, et que, dans la transcription, des fautes, d'ailleurs assez rares, lui ont échappé, ou ont échappé aux copistes qu'il employait.
Nous n'entendons pas, par ces observations, contester que l'histoire de la Libératrice ne lui soit grandement redevable, mais seulement réduire à ses justes limites un mérite qu'un sentiment louable en luimême, la reconnaissance de ses disciples, a peut-être surfait.
La Vraie Jeanne et Arc est une œuvre de discussion. L'histoire de la Pucelle frappant toutes les erreurs des derniers siècles, il n'est pas étonnant que les tenants de ces erreurs se soient efforcés de voiler, de mutiler, d'altérer les aspects qui les offusquaient.
Quels ressorts n'a pas fait jouer, n'emploie pas encore le naturalisme
geDces.
AU LECTEUR. Xt
r de la figure qui le foudroie! Yiolenl, satanique devenu astucieux avec Michelet et sod école, et a e d'un culte eotliousiaste pour Théroïne le brevet qu'il lui a décerné. La circulaire de Lemmi aux prouve que, jugeant cette altitude peu tenable, il reurs et aux infamies de son père, troduits, il faudra, comme cela a été fait pour la lontrer à quelles tortures, à quelles fausses internettent les écoles naturalistes de tout degré, et e les difiicultés qui peuvent naître de leurs divcr-
Pareil plan exige de nombreuses pages. Si nous avions pu hésiter à le poursuivre, cela ne nous est plus permis après les paroles de Sa Sainteté : in qtio vacare ne cesses, après les encouragements qui nous viennent même d'au delii des mers.
La Providence continuera de nous fournir les moyens matériels par nos souscripteurs, ou par toute autre voie. Un de nos prochains volumes portera les noms de ceux qui auront collaboré avec nous, en souscrivant à toutes les parties de la Vraie Jeanne d'Arc.
On trouvera dans celui-ci tous les documents que nous ont légués le parti de la Libératrice, le parti français, et le parti anglo-bourguignon qu'elle combattait. Nous avions espéré y faire entrer les Chroniques transmises par les nations étrangères ft la querelle. L'intérêt, les richesses jusqu'à présent ignorées, l'étendue de la Chronique de Morosini, éditée ici pour la première fois, nous ont contraint de renvoyer les autres pièces au volume suivant. Il sera consacré aussi à la vie guerrière. On y entendra la chrétienté entière du xv' siècle, les témoins oculaires des merveilleux exploits, la Libératrice ellemême nous révéler ce que furent les événements de cette période, et surtout la sainteté de celle qui les conduisait.
Un mot sur la disposition adoptée ici. C'est d'abord un exposé des deux partis en lutte, et une briève notice des personnages qui étaient à leur tète à l'arrivée de Jeanne. Cela nous évitera des renvois h des notes qui interrompraient la lecture. Un exposé sommaire de l'art de la guerre au commencement du xv' siècle fera mieux comprendre combien fut merveilleuse la jeune fille de dix-sept ans que l'on y vit