‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 9 sur 327 · LA FRANCE ET LE PARTI NATIONAL A L'ARRIVÉE DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

LA FRANCE ET LE PARTI NATIONAL A L'ARRIVÉE DE LA PUCELLE

Sommaire : I. — Les limites de la France au commencement du xv« siècle. — Le duclié de Lorraine, le Dauphiné, la Provence reconnaissant la suzeraineté de l'Empire; liens des deux dernières provinces avec la France. — Démembrement projeté. — Les pays soumis à la domination de l'Angleterre. — Cette domination était loin d'être également acceptée par tous les pays nominalement soumis.

II. — Le roi de Bourges presque universellement abandonné. — Les familles princières : Orléans, Anjou, Alençon, Charles de Bourbon comte de Clermont, Jacques de Bourbon la Marche. Son gendre un saint, le sire de Pardiac, avait cependant pris les armes contre le roi. — Le bâtard d'Orléans. — Louis de Vendôme. — Raoul de Gaucourt, Regnault de Chartres, Machet, La Trémoille, Robert le Maçon. — Le Connétable. — Jean IV, comte d'Armagnac. — Le comte de Foix. — Gilles de Rais. — Le maréchal de Boussac. — Louis de Culan. — Le sire de Graviile. — Les Gascons : le sire de Coarraze, LaHire, Xaintrailles, Jean d'Aulon, le sire d'Albret. — Les Bretons : Alain Giron, de Laval. — Chabannes, etc.

UI. — Les milices royales. — Les forces de Charles VU se composaient principalement de mercenaires étrangers : Espagnols, Lombards et surtout Écossais. — Impopularité des Écossais. — Services qu'ils ont rendus à la France. — Les milices communales. Un des grands appuis de la Pucelle. — Le Connétable.

Un écrivain du xv* siècle, Gilles le Bouvier, plus connu sous le nom de le Hérault Bernj^ traçait ainsi les limites du royaume de France qu'il disait le plus beau, le plus plaisant, le plus gracieux, le mieux proporportionné de tous les royaumes : Il a xxii journées de long de TEcluse

en Flandre à Saint-Jean-Pied-de-Port à Tentrée du royaume de Navarre ; XVI de large depuis Saint-Mathieu-de-Fine-Poterne en Bretagne jusqu'à Lyon sur le Rhône. De TÉcluse en Flandre jusqu'au royaume de Navarre il est fermé par la mer ; et de là par les monts Pyrénéens jusqu'à Narbonne ; et de Narbonne jusqu'à Aigues-Mortes par la mer du Midi qu'on appelle Méditerranée; et d'Aigues-Mortes jusqu'à Lyon par le Rhône là où tombe la Saône; et dudit Lyon jusqu'à Luxeuil par la Saône; et près de là commence le fleuve de Meuse, dont le même royaume est fermé contre les Allemagnes, jusqu'à la comté de Hainaut et au pays de Liège, et à une journée de là il est fermé par l'Escaut qui part d'auprès Bouchain en Cambraisis jusqu'à la mer de Flandres, où tombe ledit fleuve \

Le royaume, comme on le voit, avait notablement perdu à l'est des limites qu'il avait dix siècles avant, à la mort du premier roi chrétien. La partie de la Lorraine qui est sur la rive droite de la Meuse, le Dauphiné et la Provence, relevaient, au moins nominalement, de la suzeraineté de l'Empire. Cependant les deux derniers pays se rattachaient à la France par des liens fort étroits qui devaient préparer leur incorporation. La Provence était possédée par la maison d'Anjou, tige royale la plus rapprochée du trône après la maison d'Orléans. Le Dauphiné y tenait de plus près encore, depuis qu'il était devenu l'apanage de l'héritier présomptif de la couronne. En fait il semblait la possession la moins précaire de Charles VII, que le parti ennemi aimait à appeler le Dauphin Viennois. La générosité avec laquelle la noblesse dauphinoise versait son sang pour la cause française montrait que le pays était français par l'âme, avant de Tôtre diplomatiquement, dirions-nous aujourd'hui. Cependant deux puissants voisins escomptaient les malheurs du roi de Bourges dans Tespérance de se partager cette province ; c'étaient le prince d'Orange et le duc de Savoie ; les victoires de la Pucelle ne les avaient pas fait renoncer à leur dessein, puisqu'ils envahissaient le Dauphiné au moment où elle était prise à Compiègne. La défaite qu'ils subirent à Anthon le 11 juin 1430 leur apprit à en respecter les limites. Ce n'était là qu'un des nombreux démembrements qu'avait fait méditer la conquête anglaise, en un temps où, d'après Jacques Gelu, chacun se croyait en droit de pouvoir prendre, de ce qui fut la France, la partie qu'il pouvait conquérir et garder. Le malheureux pays, dit Alain Chartier, ressemblait à la mer où chacun est maître de ce qu'il peut capturer. En fait, voici d'après un travail qui épuise le sujet, quels étaient, à l'arrivée de Jeanne, les pays soumis à la domination anglaise :

1 . Cilé par M. Longnon, d'après le P. Labbe qui Ta édité dans son Abrégé royal (1651). Voir dans la Revue des questions historiques (octobre 1875) le magistral travail du moderne érudit, auquel il sera fail d'autres emprunts.

« Toute la partie du royaume de France siluée à droite de la Loire^ depuis la limite commune du Beaujolais et du Maçonnais jusqu'à Tembouchure du fleuve, reconnaissait, à quelques exceptions près, Tautorité de Henri VI. Les États de ce prince s'étendaient même avec le duché de Bretagne au delà de la Loire jusqu'à la limite septentrionale du Poitou. Le roi légitime n'avait guère conservé au nord du fleuve que la partie septentrionale de l'Anjou, de la Touraine, du Blésois, une partie du Dunois, la ville d'Orléans alors assiégée et prête à succomber, le comté de Gien, et le pays de Puysaie. Il était encore obéi sur quelques points isolés, le Mont-Saint-Michel, ïournay, la châtellenie de Vaucouleurs, et peut-être La Ferté-Bernard. La suzeraineté de Henri VI s'étendait donc sur les Flandres française et belge, l'Artois, la Picardie, la Normandie la Bretagne, le Maine, l'Orléanais (en majeure partie), l'Ile-de-France, la Champagne, le Barrois, la Bourgogne et le Nivernais. Il possédait de plus, dans le Midi, le Bordelais, le Bazadais pour la plus grande partie, les Landes, le Labourd et la Soûle en qualité de descendant de Henri Plantagenet et d'Eléonore de Guyenne, l'épouse répudiée de Louis VII ^ » La domination anglaise était loin d'être également afl'ermie dans toutes ces contrées. Elle était pleinement acceptée à Bordeaux, à Bayonne, pays soumis à l'Angleterre depuis trois siècles. Le commerce se trouvait bici> de cette vassalité, encore que la guerre fût en permanence sur les frontières, le Périgord, l'Agenais, le Quercy, contrées qui ne voulaient pa& devenir anglaises. Les provinces que le traité de Troyes avait fait passer sous le gouvernement immédiat de l'Angleterre, telles que la Normandie, la Picardie, TIle-de-France, la Champagne, off'raient à l'étranger un point d'appui moins chancelant que celles qui n'en relevaient que par l'intermédiaire de puissants feudataires. Telle la Bretagne. Le duc avait juré, renié, juré encore le fatal traité : ses sujets n'étaient nullement sympathiques à l'étranger. Le duc de Bourgogne, cause de tout le mal, no persistait pas dans l'alliance anglaise par le seul désir de venger la mort de son père ; il se faisait payer sa fidélité par le comté d'Auxerre d'abord, et, ensuite, après les premières victoires de Jeanne, par la promesse de la Champagne qui reliait ses provinces d'Artois et des Flandres aux provinces des deux Bourgognes. Ne méditait-il pas pour lui ou pour sa postérité la formation d'un royaume indépendant? Il avait la puissance de l'un des premiers rois de l'Europe, et il traitait avec l'Angleterre en allié plutôt qu'en vassal. Quant au jeune duc de Bar, René, s'il se préparait en ce moment à faire hommage à l'Anglais, c'était certainement à contrecœur qu'il se séparait d'un beau-frère avec lequel il avait été élevé, et qu'il

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