‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 97 sur 327 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DÉLIVRANCE D'ORLÉANS

SoMMAiBE : I. — Altente à Blois et départ. — L'étendard de la Pucelle. — L'escorle, le convoi. — Jeanne trompée sur la route à suivre, son mécontentement. — Ordre de retourner à Blois et de revenir par la Beauce. — Retour ; second convoi introduit sans obstacle malgré les Anglais rassemblés.

11. — Attaque de Saint-Loup. — Dispositions prises par la Pucelle. — La victoire, le butin.

IlL — Attaque du côté de la Sologne. — Retraite simulée. — Retour. — Prise d'une bastille. — Trois bastilles évacuées par les Anglais.

IV. — Préparatifs de nuit pour assaillir les Tourelles. — Combien elles sont fortes. — (Combat d'un jour entier. — Blessure de la Pucelle. — Son traitement. — Sa prière. — Assaut victorieux. — Les Anglais tués et noyés, butin. — Rentrée à Orléans. — Les pertes des Français. — Double prodige.

V. — Fuite des Anglais. — Leurs derrières inquiétés. — La Pucelle fait cesser la poursuite. — Butin.

Ces choses ainsi faites, l'armée de France assemblée, les préparatifs achevés, la Pucelle partit de Chinon [de Tours)^ se dirigeant vers Orléans, le jeudi xxi avril mil IIIl^ XXIX. Elle alla à Blois, où elle attendit jusqu'au jeudi suivant les vivres et les renforts, qui devaient être introduits dans Orléans. Elle partit donc de Blois, ayant son étendard de satin blanc, où était représenté Jésus-Christ assis sur les nues, montrant ses plaies, ayant à chacun des côtés un ange tenant une fleur de lis.

Etaient en sa compagnie, M. le maréchal de Boussac, M. de Gaucourt, M. de Rais, La Hire, et plusieurs autres grands seigneurs ; le nombre des combattants, tant à pied qu'à cheval, s'élevait à environ trois mille. Ils menaient par le côté de la Sologne soixante chariots pleins de toute sorte de vivres, et quatre cent trente-cinq botes de somme chargées. Le lendemain ils arrivèrent à Orléans, près de la rivière, où ceux de la ville vinrent les chercher en bateau, malgré les Anglais qui n'osèrent pas sortir de leurs tranchées et de leurs bastilles, ni opposer quelque empêchement.

I . Le mardi de la semaine sainte était le 22 mars et non pas le 30.

222 Là vraie JEANNE D'ARC : LA LIBÉRATRICE.

La Pucelle voyant qu'on Tavait menée du côté de la Sologne, et qu'elle n'avait pas trouvé les Anglais, fut très courroucée contre les chefs, et se mit à pleurer. Incontinent elle donna ordre^ aux hommes de sa compagnie de retourner à Blois pour quérir les vivres qu'ils y avaient laissés. Elle leur prescrivit de les amener par la Beauce, leur promettant d'aller à leur rencontre avec une partie des combattants d'Orléans, leur affirmant avec assurance de n'avoir pas de crainte, qu'ils ne trouveraient aucun empêchement.

La Pucelle entra donc à Orléans, et ses gens, obéissants et exécutant son ordre, retournèrent à Blois. Ils en repartirent le mardi 3* de mai avec le surplus des vivres et une grande quantité de bétail, tels que bœufs, porcs et moutons. Le lendemain, veille de l'Ascension, ils arrivèrent à Orléans, par le côté de la Beauce, sans aucun empêchement ni à l'aller ni au retour, sans qu'on lançût un trait contre eux, ni qu'on les molestât en aucune manière. Les Anglais cependant se rassemblèrent au nombre d'environ quatorze cents combattants pour les attaquer au retour, mais ils n'osèrent, car la Pucelle, avec un gros renfort de ceux de la ville, alla au-devant d'eux, les joignit malgré les ennemis, et les conduisit dans la cité.

Sitôt que les vivres furent introduits, la Pucelle, son étendard en main, et disposant de ses forces, alla assaillir la bastille Saint-Loup qui était forte et bien défendue. Elle ordonna qu'une partie de ses gens à cheval garderaient que les Anglais des autres bastilles ne vinssent au secours de Saint-Loup; elle-même et ceux de sa troupe, arrivés à Saint-Loup, firent tant par l'aide et la volonté de Dieu, que la bastille fut prise d'assaut par vive force. Cent soixante Anglais environ y furent tués, et quatorze faits prisonniers. On y conquit beaucoup de vivres, plusieurs pièces d'artillerie, et d'autre butin. Les vainqueurs se retirèrent, en amenant le tout en ville.

Le lendemain de la fête de TAscension de Jesus-Christ, la Pucelle, son étendard en main, sortit de la ville avec ses combattants, et passa du côté de la Sologne; elle fit semblant de vouloir assaillir les bastilles. A la suite d'une feinte retraite qu'elle commanda, les Anglais en saillirent avec de grandes forces pour courir après les fuyards. Alors la Pucelle et La Ilire, les voyant hors de leurs forts, retournèrent vigoureusement

sur eux, et les poursuivirent si âprement qu'ils purent à peine se retirer

dans leur bastille; trente Anglais furent tués, un de leurs forts et un de

leurs fossés furent pris, ainsi que grande quantité de victuailles. Les

Anglais, se voyant ainsi repoussés, défirent trois de leurs bastilles du côté

de la Sologne, et se retirèrent tous en leur grande bastille du bout du

pont'.

Cette nuit, la Pucelle^ et les siens tinrent les champs du côlé de la Sologne jusqu'au clair jour. Quand le jour eut commencé à s'éclaircir, et que la Pucelle eut mis ses gens en état et les eut ordonnés, ils s'efîorcèrent d'envahir cette grande bastille du bout du pont. Elle était très forte et comme imprenable, renfermait un grand nombre d'Anglais, était bien disposée pour la défense, et pourvue de bombardes, de canons, et d'autres machines à explosion.

La bastille fut si bien défendue par les Anglais que, pendant tout le jour, les Français n'y purent rien gagner. L'attaque se prolongeant jusques assez tard vers la fin du jour, il plut à Dieu que la Pucelle fût blessée d'un trait qui lui entra d'environ un pouce dans la poitrine, audessus de la mamelle droite. Elle s'en montra plus joyeuse que troublée; et demandant un peu d'huile d'olive avec « eslou » [étoiipel)^ elle tira le trait de la poitrine, versa l'huile par dessus la plaie, et dit : « Maintenant les Anglais n ont plus de puissance; cette blessure est le signe de leur confusion et de leur malheur ^ signe que Dieu m'a révélé^ et que je n'ai pas fait connaître jusqu'à présent ».

Licontinent, pansée et armée, elle se tira à part, et s'appuyant sur sa lance qu'elle tenait dans sa main, elle se mit dans l'attitude d'une personne qui fait son oraison à Dieu, le visage levé au ciel. Cela fait, elle retourna vers les gens d'armes, leur montra un endroit de la bastille, et leur dit d'envahir la forteresse par là, et d'y entrer. Ils lui obéirent : tous d'un commun accord, elle-même en tête, assaillirent la bastille avec tant de vigueur que, Dieu aidant, elle fut promptement prise de force, et qu'ils y entrèrent. Environ cinq cents Anglais, appartenant à l'élite de l'armée, furent tués, ou faits prisonniers. En voyant la prise de leur bastille, les Anglais voulurent se retirer dans la tour du pont; mais le pont fondit sous leurs pas et tomba dans l'eau, avec ceux qui étaient dessus, avec Glacidas,un de leurs généraux en chef, et avec d'autres grands seigneurs,

1. Les Anglais, en effet, abandonnèrent Sainl-Jean-le-Blanc, Saint-Privé et les Augustins pour se concentrer dans les Tourelles.

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