ART. G
« La dite femme avoue avoir fait écrire de nombreuses lettres où se trouvent, accompagnés d'un gigue de croix, ces mots : Jhesus, Maria. Elle mettait parfois une croix, et c'était une marque qu'il ne fallait pas exécuter ce qu'elle ordonnait. Dans d'autres cas, elle a fait écrire qu'elle ferait mettre à mort ceux qui n'obéiraient pas à ses avertissements, et qu'aux coups l'on reconnaîtrait qui avait meilleur droit de la part du roi du ciel. Elle aime à répéter qu'elle n'a rien fait que sur révélation et par ordre de Dieu. »
Ici encore la faculté perd toute modération, quand elle porte le jugement doctrinal suivant :
« Par le 6™** article, la dite femme se montre traîtresse , fourbe^ cruelle^ altérée de sang humain, séditieuse; elle provoque à la tyrannie, elle blasphème Dieu dans ses commandements et ses révélations. »
Combien il serait facile de montrer que ces qualifications, dont la sainte fille est parfaitement innocente, s'appliquent toutes à ceux qui l'eu noircissent.
« La dite femme avoue que vers l'âge de dix-sept ans, d'elle-même et par révélation à ce qu'elle prétend, elle alla trouver un écuyer qu'elle n'avait jamais vu, quittant la maison paternelle malgré ses parents auxquels ce départ fut sur le point de faire perdre la raison.
« Elle demanda au susdit écuyer de la conduire ou de la faire conduire vers le prince déjà mentionné. Et cet écuyer, un chef militaire, donna à la dite femme qui l'en avait requis un habit d'homme et une épée. Pour la faire conduire, il désigna un chevalier, un écuyer, quatre serviteurs. Arrivés auprès du prince plusieurs fois déjà désigné, la même femme déclara qu'elle voulait diriger la guerre contre ses ennemis, lui promettant qu'elle le mettrait en possession d'un grand territoire, qu'elle le rendrait victorieux; et qu'elle était envoyée à cette fin par le roi du ciel. Elle prétend qu'en tout cela elle a bien agi, par le commandement de Dieu et par révélation. »
Sur le 7™* article la faculté rend le jugement suivant : « La dite femme est coupable d'impiété envers ses parents^ de violation du commandement qui prescrit de les honorer, de scandale j de blaspfiénie contre Dieu; elle erre dans la foi, elle a fait une promesse téméraire et présomptueuse. »
« La dite femme avoue que, sans y être contrainte ni engagée par personne, elle s'est précipitée d'une très haute tour, préférant la mort à la douleur de tomber entre les mains de ses ennemis, ou de survivre à la destruction de Compiègne.
« Elle dit n'avoir pu éviter de se précipiter de la sorte, quoique sainte Catherine et sainte Marguerite la détournassent de cet acte, et qu'à s('s yeux ce soit un grand péché de leur déplaire.
<( Mais s'étant confessée de ce péché, elle sait bien qu'il lui a été reniii>; car, prétend-elle, une révélation lui en a donné l'assurance. »
Qualification doctrinale de l'Université :
« Le 8"° article suppose une pusillanimité d'dme gui tend au désespoir, et interprétativement au suicide. La préteiidue rémission de la faute est une assertion téméraire et présomptueuse. La dite femme n'a pas de saines idées sur le libre arbitre de l'homme. »
« La dite femme avance que sainte Catherine et sainte Marguerite lui ont promis de la conduire en Paradis, pourvu qu'elle garde la virginité d'àme et de corps qu'elle leur a vouée. Elle s'en dit aussi certaine que si elle était déjà en possession de la gloire des bienheureux.
« Elle ne pense pas avoir fait de péché mortel ; car si elle était en péché mortel sainte Catherine et sainte Marguerite, à ce qu'il lui semble, ne la visiteraient pas chaque jour, ainsi qu'elles le font. »
Le jugement de la faculté : « Le 9°*' article 7'enferme une assertion téméraire et présomptueuse^ un mensonge pernicieux; il est en contradiction avec l'article précédait ; il sonne mal dans la foi. »
« La dite femme prétend que Dieu aime certaines personnes désignées et nommées par elle, et encore dans la voie. Il les aime plus qu'il n'estime cette même femme. Elle le sait par sainte Catherine et sainte Marguerite qui l'entretiennent souvent en français, mais pas en anglais ;
car elles ne sont pas du parti des Anglais. Dès qu'elle a su par révélation que les voix étaient pour le prince plus haut mentionné, elle n'a pas aimé les Bourguignons. »
Jugement de la faculté : « Dans le 10'°* article se trouve une assertion présomptueuse et téméraire^ le crime de divination et blasplième contre sainte Catherine et sainte Marguerite^ la transgression du précepte qui ordonne d'aimer le prochain, »