INTRODUCTION. XV
appliqué à reproduire exaclement la pensée et le fond des argumenls.
J'ai traduit, quoique non servilement et en écolier, Tapplicaiion qui en est faite à la Pucelle, ou, comme on dirait en dialectique, les mineures. Sans m'interdire de condenser la pensée parfois délayée, je ne me suis pas sciemment écarté du sens de l'auteur. J'ai tâché de le rendre tel qu'il l'aurait fait, s'il écrivait de nos jours. Les raisons données sont de tous les temps. J'indique exactement, tantôt en termes exprès, tantôt par des signes orthographiques, quand je traduis, ou quand je me contente d'analyser.
Le sujet était le même pour les auteurs des mémoires composés pour la réhabilitation : montrer les vices du procès de Rouen. L'on admirera peut-être comment un seul et même thème a fourni matière à des considérations variées, aboutissant à une même conclusion : Procès et sentence sont nuls^ un vrai brigandage.
Parmi les nombreuses questions à traiter, il en est qui sont capitales pour l'histoire de Jeanne, et pour juger de la sentence rendue contre elle. Telle la question qui les renferme toutes : celle des révélations faites à la jeune fille, et le jugement qu'il faut en porter. Elle est traitée à fond dans tous les mémoires. Je n'ai pas craint les redites ; l'on verra les raisons qui les ont fait paraître divines aux éminents théologiens du xv* siècle.
La libre-pensée ose bien présenter Jeanne comme un adepte du sens privé. A cette allégation si injurieuse, l'on ne saurait trop opposer ce qu'en ont pensé les juges vraiment compétents, les Lellis, les Cybole, les Bréhal, auxquels la martyre a paru particulièrement inspirée dans les réponses qu'elle a faites sur sa soumission à l'Église.
Les coupures ont été pratiquées sur les questions qui sont plus simples, telles que le port de vêtements virils, la fuite de la maison paternelle, etc. Elles sont toujours indiquées.
Le texte a été pris sur le manuscrit n" 5790, fonds latin, de la Bibliothèque nationale. Il est ainsi décrit par Quicherat : « Volume très grand in-folio, en vélin, de 526 millimètres de haut sur 323 de large, doré sur tranche, relié en maroquin rouge aux armes de France sur les plats... Il est composé de 207 feuillets, dont les 204 premiers seulement sont cotés en chiffres romains. Belle cursive gothique du temps de Charles Vil... 70 lignes à la page; 85 lettres à la ligne. Des deux copies authentiques, c'est de beaucoup la plus belle. »