CHAPITRE VII
DES PAROLES DE TÉMÉRITÉ ET DE JACTANCE, OU PÉRILLEUSES DANS LA FOI, RELEVÉES DANS LA PUCELLE (folio CLXXXV r<»-CLXiivi v*).
Sommaire : I. — C'est justement que Jeanne croyait à ses révélations aussi fermement qu'au mystère de la Rédemption. — Une preuve de son inspiration tirée de sa promptitude et de son courage à exécuter les ordres reçus. Sa mission ne finissait pas à Reims. — Son courage aussi admirable que son don de prophétie. — Le mot sicut^ comme, ne signifie pas identité. Autre preuve donnée par Jeanne.
II. — Jeanne certaine de son salut par l'assurance des esprits, par la certitude de l'espérance. — Explication péremptoire.
III. — Son souhait à propos du Bourguignon de Domremy expliqué et justifié.
IV. — Très belle explication de ses réponses sur le signe donné au roi; combien «> réponses étaient licites, ingénieuses et sages. — Bréhal savait sur la nature des secrets plus qu'il n'en dit.
V. — L'orthodoxie et la piété respirent dans les réponses de Jeanne aux questions faites sur ses péchés.
VI. — Nombreuses et belles explications de ces mots de Jeanne : Pour sauver ma w, je me suis damnée. — Ce qui dans la prétendue rétractation l'excuse en tout ou en partie. — Belles remarques sur la prophétie.
Puisque dans le procès on a incriminé Jeanne pour plusieurs paroles, que Ton dit blâmables même en matière de foi, il faut discuter celles qui ont été alléguées comme fondement de semblable inculpation.
D'abord elle a dit être certaine que ses voix et ses apparitions venaient de Dieu et par Tordre de Dieu ; aussi certaine que des vérités de la foi : aussi certaine qu'elle Test que Notre Seigneur a souffert le supplice de la croix pour notre rédemption. Ces paroles se trouvent au procès (p. 93 et i'* •
Il a été déjà partiellement répondu à cette difficulté, lorsqu'il a été dit que c'est sur la même lumière de la divine inspiration que s'appuient et la foi catholique et la révélation prophétique. L'immuable vérité est la base
BRÉHAL. — JUSTIFICATION DES PAROLES DE JEANNE. oOl
de Tune et de l'autre. Si, selon le raisonnement de saint Thomas, celui qui reçoit une révélation n'avait pas la certitude qu'elle vient de Dieu, la Foi catholique qui dérive de cette révélation serait par là même incertaine.
Cette certitude de la révélation se manifeste par deux signes principaux : par la promptitude d'exécution dans les actes à accomplir; par l'intrépide affirmation dans la parole. On voit le premier dans Abraham : averti par une révélation prophétique, il se met aussitôt en devoir d'immoler son fils (Gen., XXV). Le second n'est pas moins éclatant dans Jérémie. Suivi par les prêtres et les faux prophètes, entouré de la multitude qui vocifère : à mort^ à mort, le prophète s'écrie aussitôt : En vérité le Seigneur m'a envoyé pour que je fisse arriver à vos oreilles toutes les paroles que vous venez d'entendre (Jér., XXVI). Sur quoi la glose fait cette remarque : si nous sommes forcés de nous humilier, que ce ne soit jamais au détriment de la vérité et de la constance.
Jeanne, malgré son étonnante simplicité, exécuta promptement et fortement le commandement divin. Ce fut très manifeste dans la levée du siège d'Orléans, et l'heureux couronnement du roi à Reims; les deux œuvres, à mon avis, principales de sa mission, puisque, interrogée de divers côtés à son arrivée, elle met surtout en avant ces deux actes à accomplir. Elles le furent admirablement, parfaitement, la vertu divine opérant par elle. Je serais porté à regarder les œuvres accomplies après celles-là, comme surérogatoires, s'il n'était pas constant par ses paroles que dans la suite