‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 236 sur 381 · BRÉHAL. — JUSTIFICATION DES PAROLES DE JEANNE · texte numérisé non relu

BRÉHAL. — JUSTIFICATION DES PAROLES DE JEANNE

ennemis mortels du roi témoignaient d'un véritable acharnement, pour lui faire révéler un secret, dont ils auraient abusé au grand détriment du royaume. C'était sagacité de leur répondre par figures et par allégories ; de dérouter une nation amie des superstitions réprouvées et de leurs prestiges. L'artifice de Jeanne en ce cas était licite, utile, un acte de prudence.

Disons donc que l'ange, c'était elle-même, ainsi qu'elle le déclare, en jouant sur le mot. Le mot ange signifie l'office, dit saint Grégoire; un envoyé s'appelle ange dans Malachie (c. IX), dans saint Mathieu (c. U). Ceci s'accorde parfaitement avec ce qu'elle a dit que l'ange était monté par les escaliers, avait marché dans la chambre, s'était incliné, avait fait la révérence, et semblables détails. L'ange venait de haut. D'après son explication même, il faut entendre qu'il venait par le commandement de Dieu.

II n'y avait ni absurdité, ni orgueil, pour Jeanne parlant de sa mission, à se donner le nom d'ange. Il n'y avait pas d'absurdité. Elle ne faisait que désigner, selon la propriété du terme, ce que devait produire son arrivée, ainsi que l'événement le prouve. Ce n'était pas un acte d'orgueil. Nous lisons expressément que Débora dans son cantique s'est appelée du même nom. C'est l'interprétation de la glose au chapitre v des Juges, où il est dit : Débora s'appelle un ange^ c'est-à-dire un envoyé de Dieu. Jeanne interrogée si c'était à cause de ses mérites que l'ange était venu répond avec autant d'humilité que de sagesse : il venait pour grande chose, à savoir pour donner secours aux bonnes gens d'Orléans, et aussi pour le mérite du roi et du bon duc d'Orléans (p. 445).

Quant au signe ou à la couronne, au sujet de laquelle elle a si grandement été molestée, il semble assez manifeste, d'après ses paroles, qu'elle n'entendait par là que le couronnement du roi, couronnement promis et garanti par elle avec la plus grande assurance. Elle dit en effet de la couronne qu'elle était si précieuse, si riche, qu'orfèvre au monde ne saurait en faire une pareille, qu'homme vivant ne saurait la décrire. Ce qui s'accorde avec les paroles déjà citées d'Engelide : « Le laurier de Reims fait de main non mortelle fleurira heureusement. » Jeanne dit ailleui*s que la couronne signifiait que le roi viendrait en possession de son royaume.

La couronne fut remise entre les mains de l'archevêque de Reims, qui la reçut et la donna au roi, en présence de Jeanne; elle fut ensuite déposée dans le trésor du roi notre sire; le signe durera mille ans et plus. Tout cela montre manifestement que Jeanne parlait allégoriquement, qu'elle entendait le couronnement du roi, qui, par la faveur de Dieu, se fit peu de temps après. Elle embrassait plusieurs circonstances qui eurent lieu au couronnement. Par l'assistance des anges et des saintes vierges Catherine et Marguerite, il faut entendre, je crois, le secours spécial que ces person-

nages surnaturels ont prêté à Taccomplissement d'un événement si miraculeux. Il ne faudrait pas cependant nier que Jeanne a peut-être mi des anges et des saints assister à la très sainte cérémonie du sacre, puisqu'il est prouvé que c'est du ciel que vient l'onction des rois de France.

Peut-être par ces anges avec ou sans ailes, avec ou sans couronnes, elle entendait les personnes notables des divers états, conditions et lieux, qui, en si grand nombre, se trouvèrent au couronnement. Ceux qui avaient des ailes seraient les hérauts d'armes ; il faudrait mettre les autres parmi ceux qui n'en avaient pas. Les prélats et autres personnages ecclésiastiques seraient ceux qui avaient des couronnes. On pourrait l'exposer aussi des vierges dont il a été parlé.

Ainsi ce que Jeanne a dit sur cette matière, et ce qu'à son arrivée elle apporta au roi en espérance, c'est ce qui eut lieu, lorsque les événements se déroulèrent en réalité.

Il est cependant à croire que, dès les premiers jours de l'arrivée de la Pucelle, il y eut des choses plus secrètes que celles que nous venons de dire. Tout le monde les a ignorées, et elles ne sont connues que du roi et de Jeanne. Nous n'avons pas à les deviner. Ce n'est pas à nous à rechercher avec trop grande sollicitude ce que cachent ces secrets mystères.

Cette dernière réflexion de Bréhal est très digne d'attention. Ainsi que la plupart des auteurs des mémoires déjà reproduits, il parle comme d*une chose notoire de la révélation de secrets impénétrables, dont la manifestation accrédita Jeanne dès sa première entrevue avec le roi. L'objet en était-il aussi peu connu du Grand Inquisiteur qu'il feint de le dire? On serait tenté d'en douter à la manière dont il s'exprime ici et dans d'autres passages. Il parle de leurgrandeur ; il a parfaitement raison, puisque c était le ciel confirmant par le miracle la constitution politique de la France, la loi salique, et proclamant que le fils de Charles VI en devait bénéficier, vu qu'il était le vrai fils, le légitime descendant du roi précédent. Les ennemis en auraient abusé, dit-il. Nul doute encore, puisque le secret n'était autre que le soupçon nourri par Charles sur la légitimité de sa naissance. Bréhal insinue que son explication des paroles de Jeanne serait plus entière, sH pouvait s appuyer sur l'objet de cette révélation. Rien de plus vrai. Ces réponses sont dès lors radieuses d'à propos, de justesse ; incomparablement glorieuses pour la couronne de France. Ces séances, qui embarrassent tant les historiens, sont peut-être celles où se manifeste avec plus d'éclal l'inspiration, qui ne fit jamais défaut à la céleste jeune fille, dans ces interrogations de plus de trois mois.

Revenons à l'œuvre du très sympathique Dominicain.

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