‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 33 sur 381 · L'AUTEUR DU « BREVIARIUM HISTORIALE » ET SON ÉCRIT SUR LA PUCELLE · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DU « BREVIARIUM HISTORIALE » ET SON ÉCRIT SUR LA PUCELLE

Sommaire : — I. L'intéressante page découverte en 1885. — L'auteur du Breviarium

hUtoriale, clerc français, fixé à Rome; son patriotisme. IL — Son sentiment sur laPucelle. — Comparaison avecles héroïnes du passé. Le siège

d'Orléans miraculeusement levé. —Portrait de Théroïne. — Divinité de ses œuvres.

— Piquante manière dont elle a demandé que Charles Vil fît hommage de son

royaume à Jésus-Christ.

llî. — Authenticité et importance du fait.

La merveilleuse histoire s'enrichit presque chaque année de quelque nouveau document, qui en confirme l'authenticité et le céleste caractère. Un des plus beaux est bien celui que M. Léopold Delisle a publié en octobre 1885 dans la Bibliothèque de l'école des chartes. Il gisait inconnu dans un manuscrit de la bibliothèque du Vatican où le comte Ugo Balzani le signala, la même année 1883. Le savant et patriotique directeur de la Bibliothèque nationale s'est hâté d'en faire jouir tous les amis de la libératrice, en même temps que sa sagacité nous donnait sur l'auteur des détails pleins d'intérêt que je vais lui emprunter.

En 1429 vivait à Rome, à la cour de Martini V, un ecclésiastique qui avait publié vers la fin de l'année précédente, ou même dans les deux premiers mois de 1429, un abrégé de l'histoire du monde : Breviarium historiale. Il prend à la création et finit au moment même où il livre son manuscrit aux copistes.

On connaît sept de ces exemplaires manuscrits. L'abrégé de l'histoire universelle fut assez estimé pour que, en 1474, vingt ans après l'invention de rimprimerie, un chanoine de Poitiers le fît jouir du bénéfice de la nouvelle invention, et le fit imprimer à Poitiers. Il ne donna pas le nom de Tauteur qu'il ignorait peut-être, et il ne pouvait reproduire l'œuvre que d'après les textes lancés dès la fin de 1428, ou dès les premières semaines de 1429. II ne pouvait pas y être question de la Pucelle, qui arrivait à

Chinon le 6 mars 1429 et délivrait Orldans le 8 mai de la même année; mais l'auteur de la chronique universelle ajouta un chapitre à l'exemplaire qu'il s'était réservé; il y consigna le récit de la merveille qui se passa en France aussitôt après l'émission de son œuvre ; récit circonspect, où l'on trouve cependant des détails fort intéressants, parfaitement en harmonie avec le caractère connu de la Pucelle. C'est ce chapitre qu a publié M. Léopold Delisle.

Ce clerc était Français. Les Anglais sont pour lui adversarios noslros et la Pucelle nostra Piiella. Ce qui le prouve encore mieux, c'est l'accent avec lequel dans son abrégé il parle de la France.

Qui donc a mis en circulation que l'idée de patrie et de l'amour qu'elle réveille était quelque chose de moderne ? Cette révoltante imposture est l'œuvre de la secte qui a juré de détruire cette idée même, et s'y emploie si activement par tous les moyens en son pouvoir, notamment par son enseignement anti-national.

C'est le contraire qui est vrai. Il n'y a que les cœurs chrétiens qui aiment la France. Pas un des mémoires qui seront analysés ou traduits, où ne respire l'amour de la France ; cet amour gagne même les étrangers qui n'avaient pas des entrailles maçonniques, je veux dire, infernales. — (ielu n'était pas Français ; il aimait la France. Les deux auteurs allemands, dont le lecteur verra aux deux chapitres suivants les écrits sur la Pucelle, parlent de la France avec amour.

Quant au clerc de la cour de Martin V, il suffit de voir avec quel accent il raconte les malheurs de la France en 1428, pour deviner un Français. Je traduis quelques phrases du texte latin cité par M. Léopold Delisle.

« Sous le Pontificat de ce Pape [Martin F), la fleur et le lis du monde, Ip royaume de France, ce royaume opulent entre les plus opulents, devant lequel Tunivers s'inclinait, a été jeté bas par le tyran Henri, cet envahisseur, cet injuste détenteur de l'Angleterre elle-même. Tel est son état qu'on ne peut pas en croire ses yeux, quand ils nous montrent à quel degré d'humiliation en est momentanément réduit un royaume autrefois si haut, si puissant

que la langue peut à peine l'exprimer » Après avoir parlé des

traîtres qui ont fait cause commune avec Tenvahisseur, ou qui s'accommodent de sa domination, l'auteur continue :

« Qu ils portent le stigmate des parjures, ceux qui ont foulé aux pieds leur a serments; qu'ils soient mis au nombre des traîtres ceux qui ont préparé la ruine de leurs concitoyens. Qu'à travers les âges, l'infamie s'attache aux destracteurs de leur patrie I qu'ils aient les yeux crevés, qu'ils périssent de mort violente les ennemis de la gloire de leur pays, ceux qui font livré à r étranger I »

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