‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 34 sur 381 · L'AUTEUR DU « BREVIARIUM HISTORIALE » ET SON ÉCRIT SUR LA PUGELLE · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DU « BREVIARIUM HISTORIALE » ET SON ÉCRIT SUR LA PUGELLE

La colère, la compassion éclatent dans le morceau tout entier. Mais l'espérance surent à tous les désastres, comme elle survit dans les cœurs (|ui aiment ardemment. Voilà pourquoi le digne clerc écrit encore :

« L^ très chrétien prince^ le roi Char/es, a beau être abandonné par les siens ; le ciel remettra entre ses mains l'étendard de la victoire; le toiit-puissant qui donne de vaincre lui sera propice et lui accordera secours..,, pourvu cependant qu'il s'humilie^ et qu'il l'implore avec un cœur pur. »

Qu'on juge des transports d'un tel Français, lorsque quelques semaines, ou quelques mois après qu'il avait publié ces pages, l'avènement de la Pucelle justifiait et dépassait ses espérances, Il reprit son manuscrit; il y /il l'addition suivante, dont j'emprunte en grande partie la traduction à Af. Léopold Delisle.

« Pendant que je demeurais à Rome, après l'achèvement de ce travail, parmi les nouveaux événements qui sont survenus dans l'univers, il s'en est produit un si grand, si considérable et si inouï, qu'il ne paraît pas en être arrivé de pareil depuis l'origine du monde. Je ferai donc ,une addition à mon ouvrage pour en dire quelques mots. /

« Une pucelle, nommée Jeanne, est entrée dans le royaume de France ; elle y est seulement arrivée quand le royaume était à la veille d'une ruine complète, et au moment où le sceptre de ce royaume devait passer dans une main étrangère. Cette jeune fille accomplit des actes qui paraissent plutôt divins qu'humains. J'aime mieux passer sous silence sa bravoure à la guerre que d'en parler inexactement et insuffisamment. Il me plaît cependant de marquer ici les moyens employés pour s'assurer qu'on devait avoir confiance en elle. »

Ici onze lignes, dit M. Delisle, sont restées en blanc dans le manuscrit. L'écrivain se proposait évidemment rf'y indiquer les épreuves auxquelles le conseil du roi avait soumis Jeanne dans les villes de Chinon et de Poitiers. L'intention de l'auteur est clairement exprimée par la note ponantur hic MOTIVA, qu'il a mise eîi tête du blanc.

« En second lieu, reprend l'écrivain, je veux parler des habits d'homme, dont Jeanne tient à se servir, sur quoi trois points sont à faire remarquer. »

Ici nouveau blanc de neuf lignes, apparemment rései'vé pour un développement sur Cusage des habits masculins. Il n'y aura pas d'autre interruption dans le récit de notre auteur, qui continue :

« Les guerres et les combats de la dite très glorieuse Pucelle paraîtront encore plus merveilleux, si je rappelle ici les exploits belliqueux des

femmes, que nous trouvons racontés dans l'histoire sainte et dans les histoires des Gentils.

« La Sainte Écriture rapporte, au cliapitre IV des Juges, que Débora, qui jugeait le peuple dlsraël, ordonna à Barac de prendre avec lui 10,000 combattants, et promit de faire tomber en son pouvoir 900 chars à faux et toute l'armée du roi Jabin. Barac ne voulut tenter ce coup de main qu'accompagné de Débora. Elle y consentit, et toute l'armée ennemie fut exterminée. Il n'est pas dit cependant que Débora eut donné de sa personne dans le combat.

« Le chapitre XIY de Judith nous apprend que Théroïne, profitant du sommeil d'Holopherne, coupa la tête de ce capitaine, envoyé par Nabuchodonosor pour assiéger Jérusalem ; elle fit exposer cette tête sur les murs de la ville, et elle ordonna aux habitants de prendre les armes, de s'élancer en poussant des cris et des hurlements, et de poursuivre les Assyriens, qui furent rejetés au-delà des frontières du pays. Judith n en fit pas davantage.

(' Quant à Esther, nous lisons aux chapitres XIV-XVI de son livre, qu'ayant déposé les habits royaux, elle prit des vêtements de deuil, se couvrit la tête de cendre et d'ordure, livra son corps aux macérations et aux jeûnes, si bien qu'elle obtint de Dieu qu'admise en présence du roi, l'édit de mort porté contre son peuple fût révoqué et que les Israélites pussent vivre selon leurs lois.

(( On trouve enfin, dans les livres des Gentils, que Pentésilée, avec un millier de filles dressées aux exercices guerriers, vint au secours du roi Priam, et qu'elles toutes combattirent si vaillamment, qu'elles taillèrent les Myrmidons en pièces, et qu'elles tuèrent plus de 2,000 Grecs. C'est ce qui est rapporté dans la guerre de Troie.

« Que notre Pucelle égale ou même dépasse toutes ces femmes, c'est ce qui est rendu évident par les actes extraordinaires de bravoure, de courage et d'intrépidité dont je rapporterai seulement le commencement, sans aller plus loin par les motifs ci-dessus énoncés.

« La ville d'Orléans était assiégée par les ennemis du royaume; la longueur du siège l'avait réduite à une telle extrémité que les habitants ne pouvaient plus espérer de secours qu'en Dieu. C'est alors que cette jeune fille, qui n'avait encore connu que la garde des troupeaux, accompagnée d'un très grand nombre de gens de guerre, attaqua avec une telle impétuosité l'armée assiégeante, composée d'une innombrable quantité de combattants, qu'en trois jours toute cette armée fut condamnée à l'inaction, ou mise en fuite.

« A voir le brillant appareil de cette armée, la force des combattants, le courage des soldats, la bonne conduite des chefs et l'ardeur de la jeu-

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