LWUTEUR DU « BREVIARIL'M HISTORIALE >> ET SON ÉCRIT SUR LA PUCELLE
nesse, on eût pensé que les] forces réunies de Tunivers n'auraient pas pu faire en un mois ce que la Pucelle accomplit en trois jours.
a A qui Tattribuer sinon à celui qui peut faire tomber une grande foule sous les coups de quelques hommes, et qui peut également délivrer avec beaucoup et avec peu de combattants? C'est donc à vous, mon Dieu, roi de tous les rois, que je rends grâce d'avoir frappé et humilié le superbe et d'avoir maîtrisé nos adversaires par la force de votre bras.
« Veut-on savoir quelques détails? La Pucelle a dix-sept ans; sa force et sa dextérité sont telles que, dans les fatigues de la guerre, elle égale les hommes les plus robustes et les mieux exercés ; bien plus, il n'en est pas un qui puisse ou prétende l'égaler en activité; elle ne cherche aucun avantage temporel, elle reçoit des dons nombreux, elle ne s'en réserve rien, elle les distribue à son tour. Elle répond en peu de mots et simplement, se montre très prudente dans ce qui regarde sa mission ; sa vie est Thonnèteté même ; sobre ; sans ombre de superstitions ni de sortilèges, quoique l'envie l'accuse de s'y adonner.
« Qu'elle soit exempte de superstitions ou de sortilèges, on peut le démontrer évidemment par les trois caractères qui distinguent les miracles accomplis par les bons, des prodiges que font les méchants.
« 1"* L'énergie de la puissance qui agit chez les bons; c'est la puissance divine, et elle s'étend à des œuvres auxquelles n'atteint pas la force de la nature créée (quelle qu'elle soit).
« 2'' L'utilité des prodiges accomplis. Les bons ne les font que pour des œuvres utiles; les méchants pour nuire ou pour des futilités, par exemple voler dans les airs, raidir des membres animés, et choses semblables; différence signalée par saint Pierre dans l'itinéraire de Clément.
« 3* Une dernière différence, la fin. Les miracles des bons ont pour but d'affermir la foi et les bonnes mœurs, ceux des méchants de les ruiner.
« Or, que Ton considère que la Pucelle se confesse tous les jours avant d'entendre la messe ; qu'elle communie fort dévotement une fois la semaine ; que si ses actes sont au-dessus des forces de son sexe, ils tendent à un but utile et juste, à savoir la pacification du royaume des Francs; que cette pacification amènera le relèvement de la foi qui, à en juger par les services rendus dans le passé par la France à la chrétienté, ne fût pas déchue comme elle l'est, si la France n'eut pas comme disparu dans le tourbillon de tant de guerres ; l'on sera forcé de conclure que les œuvres de la Pucelle viennent de Dieu, et ne sont pas l'effet du sortilège, ainsi que le répètent les quelques esprits que la vérité offusque.
(c Qu'ajouter encore? Un jour, la Pucelle demanda au roi de lui faire un présent. La prière fut agréée. Elle demanda alors comme don le royaume de France lui-même. Le roi étonné le lui donna après quelque hésitation,
et la jeune fille Taccepta. Elle voulut même que Pacte en fût solennellement dressé et lu par les quatre secrétaires du roi. La charte rédigée et récitée à haute voix, le roi resta un peu ébahi, lorsque la jeune fille le montrant dit à l'assistance : « Voilà le plus pauvre chevalier de son royaume. »
« Et après un peu de temps, en présence des mêmes notaires, disposant en maltresse du royaume de France, elle le remit entre les mains du Dieu tout-puissant. Puis, au bout de quelques autres moments, agissant au nom de Dieu, elle investit le roi Charles du royaume de France; et de tout cela elle voulut qu'un acte solennel fût dressé par écrit. »
Le clerc de Martin V ne parle pas du sacre, ni même de la campagne de la Loire, pas plus que Jacques Gelu ou Gerson. Ces grands événements n'étaient pas encore accomplis, ou la nouvelle n'en était pas arrivée à Rome.
Cependant l'on voit comment l'historien était d'ailleui*s exactement renseigné sur la vie et les habitudes de la jeune fille, et avec quelle réserve il s'avance. C'est qu'à partir de la levée du siège d'Orléans, le nom de l'héroïne remplissait la chrétienté.
Le fait si piquant, par lequel l'auteur du Memoriale historiale termine le passage quïl consacre à l'envoyée du Christ, est trop en harmonie avec la mission et le caractère de Jeanne, pour n'être pas vrai.
La mission de Jeanne était, avant tout, de consacrer par le miracle la royauté de Jésus-Christ au saint royaume de France. Depuis son entrée sur la scène jusqu'à son martyre, la vierge libératrice n'a cessé de le proclamer de cent manières. Elle l'a dit dans sa première entrevue avec le lieutenant du roi à Vaucouleurs ; c'est sa première parole à Chinon, lorsqu'elle salue le gentil Dauphin du titre de locum tenens régis cœlorum qui est rex Franciee ; vous serez lieutenant du roi du ciel gui est roi de France. Elle le répète aux Anglais, au duc de Bourgogne, aux habitants de Troyes ; c'est la signification de son étendard ; elle ne demande à être écoutée et suivie, que parce qu'elle est l'expression singulièrement significative de cette vassalité du roi de France, envers le Als de sainte Marie, comme elle l'écrit.
Qu'elle ait exigé que Charles VII fît un hommage très explicite de sa couronne à Notre Seigneur, à son seigneur, comme elle disait souvent; c'est attesté par le duc d'Alençon dans sa déposition, par le trésorier de