VI INTRODUCTION
Jeanne, et refusèrent de se rendre au cri poussé par la martyre du haut de Téchafaud du cimetière Saint-Ouen, alors qu'à plusieurs reprises elle s'écria : De mes dits et de mes faits, je m'en rapporte à Dieu et à notre Saint-Père le Fa/.e. La Papauté entendit ce cri suprême, fit instruire une seconde fois le procès, et assura à l'histoire la plus délicieuse de ses pages, après celles des saints livres.
Si la libératrice s'était retirée, après le sacre de Reims, dans la splendeur de son triomphe, ses exploits eussent été relégués dans le domaine de la fable, comme au-dessus de toute croyance ; ils eussent été indiqués comme un monument de la crédulité des anciens âges. L'effet de la condamnation et du supplice de Rouen fut de rendre son nom au moins suspect aux mieux intentionnés. Les plus fermes, au loin surtout, furent ébranlés. Les ennemis, les chancelants, les demicroyants, triomphèrent. Les chancelants, les demi-croyants furent toujours nombreux. Le surnaturel pèse à la pauvre nature humaine ; car il ne va pas sans des obligations, sans des conséquences qu'elle redoute, et qui sont lourdes pour sa lâcheté.
Nous trouvons un exemple de ce revirement d'opinion dans Içs écrits d'un docte dominicain de l'époque, l'allemand Jean Nider. Après avoir dit que la Pucelle avait jeté la chrétienté dans la stupeur, il conclut cependant qu'elle était conduite par l'esprit de mensonge. Rien d'étonnant dans ce changement, et tout l'explique. Le tribunal qui condamna Jeanne jouissait d'une immense autorité. C'était l'Université de Paris. L'orgueilleuse corporation ne se posait pas seulement en rivale de la Papauté ; elle voulait en être l'inspiratrice et la régulatrice. Or, dans le drame de Rouen, tout se fait au nom de l'Université de Paris. Luxembourg et Philippe de Rourgogne ne livrent leur prisonnière que sur les sommations réitérées de l'Université de Paris. L'Université de Paris se plaint de la lenteur que l'on met à juger la captive; elle se propose elle-même pour instruire la cause; les plus éminents de ses membres dirigent les interrogatoires à Rouen; c'est à son jugement que sont déférés les prétendus aveux de l'accusée. Le jugement des bourreaux s'appuie sur les qualifications et l'avis doctrinal de l'Université de Paris ; l'Université de Paris est constamment mise en avant dans le récit menteur des scènes de Rouen, dont la cour d'Angleterre inonda les cours de l'Europe. Comment n'être pas trompé? que dire quand le coupable avoue son crime? Or des lettres écrites au nom du roi d'An-