‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 5 sur 381 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

gleterre attestaient à l'Europe qu'à deux reprises, dans les moments les plus solennels, Jeanne s'était rétractée.

Imposture sans doute. Comment croire qu'un corps tel que l'Université de Paris, que la plus puissante cour de l'Europe avaient pu ourdir et débiter les fables qui forment le fond des missives royales dont nous possédons le texte? Les fables tombent en face des interrogatoires et des réponses de l'accusée ; mais les actes entiers du procès n'étaient entre les mains que d'un fort petit nombre ; et l'on réprimait avec une rigueur barbare toute parole favorable à la martyre.

Ce fut au lendemain du bûcher de Rouen, comme au lendemain du crucifiement du Golgotha. La chrétienté éprouva vis-à-vis de la suppliciée les sentiments des disciples d'Emmaiis vis-à-vis du Sauveur : Noiis espérions^ nous avions cru.

Il fallait une résurrection, résurrection éclatante, unique, indéniable pour la suite des âges. Rome seule pouvait l'opérer; elle l'opéra. Ainsi que le disait en 1844 le jeune prêtre qui devait être le grand évêque de Poitiers, le cardinal Pie : Chose admirable et providentielle. L'événement le plus extraordinaire y le plus surnaiurel qui figure dans les annales humaines est en même temps le plus authen-tique et le plus incontestable. Ce n^est pas seulement la certitude historique, c'est la certitude juridique qui garantit Jusqu'aux moindres détails de cette vie merveilleuse. Ce sont plus de 120 témoins qui déposent non pas de ce qu'ils ont ouï dire, la plupart s'arrêtent quand ils ne pourraient répondre que par cette voie, mais de ce qu'ils ont vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles; les regards les plus pénétrants étudient de plus près possible cette vie si en dehors de toute .vie humaine. Quelle entrée dans l'histoire et la postérité I où trouver pareil granit?

A qui tout cela est-il dû? à l'Église Romaine. Ceux qu'elle investitde son autorité, pour procéder en son nom, accomplirent grandement leur œuvre. Ils n'avaient qu'à se prononcer sur le procès et la sentence de condamnation. Pour en voir les innombrables vices, il n'était pas nécessaire de provoquer l'immense enquête à laquelle ils se sont livrés; ils voulurent mettre leur décision à l'abri de toute contestation possible. Ils ne se proposaient pas de nous donner l'histoire de la victime; ils étaient chargés de juger de l'équité ou de l'iniquité de la sentence rendue contre elle, non de raconter son his-

Vni INTRODUCTION.

toire. En fait, ils nous Font donnée, telle qu'aucun personnage historique n'en possède de pareille. Les réponses de Jeanne aux tortionnaires de Rouen, écrites par les ennemis mêmes de Faccusée, les cent vingt témoins qui déposent à la réhabilitation sous la foi du serment, voilà les incomparables sources de l'histoire de Théroïne.

Même le procès de condamnation a été fort probablement conservé par l'Église Romaine. Sans la sentence de réhabilitation, il fût resté enseveli, comme la mémoire de Jeanne elle-même, dans un de ces monceaux d'actes judiciaires, dont les érudits n'arrachent que quelques rares lambeaux, au milieu de l'indifférence générale.

Reprocher aux juges de la réhabilitation de n'avoir pas entendu tous les témoins qu'ils auraient pu convoquer, de n'avoir pas fait venir le vieil évêque de Digne, Turelure, de n'avoir pas ouvert une enquête à Lagny, à Compiègne, c'est reprocher à ceux qui ont donné beaucoup plus qu'ils ne devaient, de n'avoir pas donné encore davantage ; c'est parti pris de dénigrer tout ce qui vient de Rome. On est peiné d'avoir à relever de ces écarts, chez des écrivains qui par ailleurs ont bien mérité des amis de Jeanne.

Les délégués de Calixte III ne nous ont pas seulement donné les faits : ils ont conservé, provoqué les seules explications vraies, les seules admissibles, les explications théologiques. Ce furent les théologiens, les canonistes les plus distingués de la catholicité, qui furent consultés pour la réhabilitation de la victime. Neuf de leurs traités ont trouvé place dans l'instrument du procès réparateur; c'est là qu'il faut chercher le flambeau qui illumine l'histoire de la libératrice.

Ensemble radieux ! à travers les vicissitudes de la plus extraordinaire des existences, c'est la même physionomie que l'on voit constamment. Celle dont les paysans de Domremy ont admiré la douce piété, l'activité à remplir tous les devoirs de la jeune paysanne, est bien celle que les Dunois, les Gaucourt, les d'Aulon ont admirée dans ses incroyables triomphes; que les témoins de Rouen ont vue dans sa passion et sur son calvaire ; c'est bien celle dont les greffiers du sanhédrin de Rouen ont inscrit les réponses, si pleines de candeur, de justesse, de simplicité, d'inspiration; c'est bien celle que décrivent cent documents parallèles qui se fussent noyés dans l'océan du passé, si le procès de réhabilitation ne leur eût communiqué de son inébranlable solidité. Rome a conservé l'histoire de Jeanne. N'est-ce pas pour n'avoir pas à glorifier Rome, qu'on a trop peu puisé aux sources

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