INTRODUCTION. IX
historiques ouvertes par Rome, et que la véritable histoire de Jeanne est peut-être encore à composer?
Remarque douloureuse! le procès de réhabilitation fut écrit Tannée même de l'invention de Timprimerie, 1456. Rien de plus authentique; chaque feuillet de Tinstrument porte la signature des greffiers officiels, Ferrebouc et le Comte ; et après neuf demi-siècles, Timprimerie n'a pas encore reproduit intégralement une pièce historique de si haute valeur! Ce n*est pas que les exemplaires en fussent inconnus. Tous les historiens sérieux de Jeanne les ont consultés, en ont cité quelques passages. Personne encore n'a honoré Tart typographique par la reproduction de Tœuvre entière. Comment expliquer pareil oubli?
Les pseudo-théologiens qui condamnèrent Jeanne restèrent puissants et laissèrent des héritiers de leurs théories subversives ; ces héritiers s'efforcèrent de celer la honte de leurs pères. Jeanne était suscitée pour confondre le naturalisme. Le naturalisme, malgré quelques arrêts partiels, et grâce surtout à Fécole qui condamna la Pucelle, n'a pas cessé de grandir dans les sphères politiques et littéraires. L'on n'a pas voulu voir dans son immense ampleur le résumé vivant du surnaturel qui est la Pucelle; on a relégué dans l'ombre les traités qui la montraient sous cet aspect.
Vers 1840, la Société de r Histoire de France ^k laquelle nos annales sont redevables de tant de précieuses exhumations, eut la pensée de réparer cet oubli : elle confia à l'un de ses membres, Jules Quicherat, le soin d'éditer le double procès de condamnation et de réhabilitation. Au point de vue paléographique le choix était excellent. Jules Quicherat était le directeur honoré de l'école des Chartes. L'Église n'a rien à redouter des documents du passé, publiés sans parti pris et dans leur intégrité. La célèbre école de paléographie française lui a rendu et lui rend tous les jours de signalés services en restant impartiale, et en mettant simplement au jour des pièces ensevelies dans la poussière des dépôts publics et privés. Que de préjugés, d'opinions fausses, mis en circulation par le protestantisme, le jansénisme, le gallicanisme, et le produit de toutes ces erreurs, le