L'I'MVERSITÉ ET LA MISE EN JUGEMENT DE LA PUGELLE
elle soit par quelque moyen mise hors de votre sujétion; ce que Dieu ne veuille permettre.
M En vérité, au jugement de tous les bons catholiques en ce connaissant, jamais si grande blessure à la foi, si énorme péril et dommage à l'intérêt général de ce royaume, ne seraient advenus de mémoire d'homme, que si, sans convenable réparation, elle était libérée par semblables moyens réprouvés ; ce serait en vérité grandement au préjudice de votre honneur, et du très chrétien nom de la maison de France, dont vous et vos très nobles ancêtres avez été et êtes continuellement loyaux protecteurs, et très nobles et principaux membres.
« Pour ces causes, notre très redouté et honoré seigneur, nous vous supplions de rechef très humblement, qu'en faveur de la foi de Notre Seigneur, pour la conservation de la sainte Église, la défense de l'honneur divin, et aussi pour la très grande utilité de ce royaume très chrétien, il plaise à votre Altesse de mettre icelle femme aux mains de l'Inquisiteur de la foi, et de l'envoyer sûrement par de ça (à Paris), ainsi qu'autrefois nous vous en avons supplié ; ou, si votre Altesse le préfère, nous la prions de bailler, ou de faire bailler icelle femme à Révérend Père en Dieu, Monseigneur l'évèque de Beauvais, en la juridiction spirituelle duquel elle a été appréhendée, et cela pour faire à cette femme son procès en la foi, ainsi qu'il appartiendra par raison, à la gloire de Dieu, à l'exaltation de notre dite sainte foi, et au profit des bons et loyaux catholiques, et de toute la chose publique de ce royaume, et aussi à l'honneur et louange de votre Altesse, que Notre Seigneur veuille tenir en bonne prospérité, et finalement lui donner sa gloire. — Ecrit*... »
Aux yeux des docteurs parisiens, le reste de l'univers avait donc cessé d'être catholique, ou ne renfermait plus de gens en ce connaissant^ puisque tandis qu'ils sont les seuls à demander que la Pucelle soit mise en jugement, ils écrivent que c'est ce que sollicite le jugement de tous les bons catholiques en ce connaissant. Les hommes du parti adverse, qui, comme ils le disent, veulent employer toute voie pour délivrer Jeanne, ont cessé d'être bons catholiques, ou ne sont pas gens en ce connaissant. C'est ainsi qu'ils traitent les évêques, le clergé, leurs anciens collègues du parti national, la chrétienté entière en admiration devant la divine merveille. Tandis que la passion les fait descendre à cet abîme d'infatuation, ils se mettent bassement aux pieds du duc de Bourgogne, et le prince par lequel les Lancastres remplacent les fils de Huguet Capet est le loyal protecteur de la maison de France. Les révoltés contre l'autorité légitime sont les plus plats adulateurs des pouvoirs usurpés; l'expérience est de tous les temps.