L'UNIVERSITÉ ET LA MISE EN JUGEMENT DE LA PUCELLE
que la dite femme fut amenée en cette cité [de Paris) pour que son j>rocès lui fut notablement et convenablement fait. Grâce aux maîtres, docteurs et autres notables personnes qui sont ici en grand nombre, la discussion qui aurait lieu serait de plus grande réputation qu en aucun autre lieu ; et il est assez convenable que la réparation desdits scandales soit faite en ce lieu, où les faits qui les ont produits ont été excessivement divnilgués et notoires.
« Et en ce faisant, votre royale majesté gardera sa grande loyauté envers la souveraine et divine Majesté ; laquelle veuille octroyer à votre excellence prospérité continuelle, félicité sans fin.
« Écrit à Paris en notre congrégation générale solennellement célébrée ù Suint-Math urin, le 21"® jour de novembre 1430.
« Votre très humble et dévote fille, TUniversité de Paris.
Sic signata: Hébert*. »
La très humble et dévote fille était, on le voit, tendre, obséquieuse vis-à-vis de son père de onze ans, autant qu'on la verra plus loin sèche et raide vis-à-vis du Père commun des fidèles, en attendant qu'elle se montre révoltée et parricide.
Elle ne voulait pas laisser à d'autres la responsabilité du forfait qui allait se commettre; elle le couvrait de son nom, et faisait valoir ses titres à l'exécuter, pour ainsi dire, de ses propres mains. Elle revendiquait la victime pour Paris. Les Parisiens étaient, il est vrai, pour la plupart Anglo-Bourguignons : il restait cependant des Français à Paris ; et au mois de mars précédent, ils avaient ourdi un complot pour y introduire le roi national. Le complot découvert ne fit qu'attirer de grands châtiments sur ses auteurs. Le gouvernement anglais craignait probablement qu'un coup de main ne lui enlevât la proie si ardemment convoitée ; il jugea que Rouen serait plus sûr.
Une lettre du 3 janvier 1431 autorisa (Manchon à se faire amener la prisonnière pour lui faire le procès. Ce sont encore les instances de sa très chère et très aimée fille l'Université de Paris que le roi, qui est censé parler, met en avant pour octroyer cette permission. Il le répète deux fois dans sa lettre. Il spécifie d'ailleurs que dans le cas où Jeanne i>e serait pas condamnée par le tribunal ecclésiastique, elle restera toujours sa captive ^.
L'Université voulait instruire le procès de Jeanne. Une combinaison machiavélique fera qu'à Rouen tout se fera par elle. Les sept personnages dont il a été parlé dans le chapitre précédent, ses hommes les plus
l.Procéi, 1. 1, p. 17. 2. I6id., p. 18.
en vue, mènent tout et secondent parfaitement le grand coupable. Ce ne sera pas assez ; le brigandage et l'assassinat judiciaire s exécuteronl sous la haute approbation de l'Université de Paris ; c'est son autorité qu'allégueront ceux qui prononcent la sentence au bout de laquelle devait se trouver le sacrilège fratricide.