‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 98 sur 381 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire : I. — Coup d^œil très rapide sur le procès de Rouen jusqu^à la composition des XII articles. — Indication des séances et des points plus importants.

H. — LesXII articles non corrigés ; portés à Paris ; longuement délibérés par les facultés compétentes. — Qualifications adoptées par l'Université entière. Chacun des Xn articles et leurs qualifications par la faculté de théologie. — Jugement plus sommaire, moins dur et plus circonspect de la faculté de droit.

111. —Lettres qui accompagnent la .consi;iltation : Au roi. Félicitations, instance de hâter la conclusion. — A Gauchon. Éloge dithyrambique de Tévèque et de son œuvre. — Identification avec lui. — Hommage involontaire à la victime. — Les docteurs se condamnant eux-mêmes. —Grave maladie de la prisonnière. — Consultation des docteurs de Normandie. — Exemples terrifiants. — Quelques votes. — Entrainement général à la suite des décisions de i^Université de Paris.

Présenter dans ses détails le drame de Rouen, ce cerait donner la parlie la plus divine de l'histoire de l'héroïne. Ce n'est pas l'objet de ce travail. Y toucher suffisamment pour que le lecteur comprenne les mémoires composés pour la réhabilitation, c'est tout ce qui rentre dans le présent sujet.

Longtemps on a considéré le prétendu procès de Rouen comme un brigandage ; le procès de réhabilitation comme un chef-d'œuvre, dont les annales judiciaires offrent peu de copies. Jules Quicherat dans ses Aperçus nouveaux a essayé de soutenir la thèse contraire. Armé du livre (le procédure d'Aimeric, il a bien osé avancer que Cauchon s'était conformé aux prescriptions de la procédure canonique. Dans le journal que, depuis un demi-siècle, on est sûr de trouver prêt pour la défense de toutes les bonnes causes, dans VUnivers^ un jeune ecclésiastique, destiné à fournir une vaillante et militante carrière, réfuta par une suite d'articles les téméraires assertions du paléographe*. M. l'abbo Morcl n'avait

i. Univers de 1859. Novembre et décembre. Variétés.

pas VU les mémoires inédits composés pour la réhabilitation. Si le lecteur au repos lit ce volume, il y verra qu'il s'est trouvé parfaitement d accord avec les grands canonistes du quinzième siècle. Ce n'était pas dans un seul livre et par circonstance, qu'ils avaient étudié la législation canonique. Leur vie se passait à en approfondir la lettre et Tesprit. Cette seule considération aurait dû rendre le directeur de l'école des Chartes plus circonspect.

Cauchon, licencié en droit canon, qui avait enseigné cette science, savait si bien que, malgré tous ses efforts pour sauver les apparences, il en violait les prescriptions, qu'il ne pouvait pas souffrir qu'on lui alléguât les saints canons, et qu'il répondait qu'il fallait les laisser aux canonistes, relinqueret décréta drcretistis '.

La prisonnière arriva à Rouen sur la fin de décembre 1430. La loi ecclésiastique exige que les prévenus en matière de foi soient renfermés dans les prisons de l'Église, et elle a des égards particuliers pour les femmes. Jeanne n'a cessé de réclamer cette prison gracieuse. Elle fut renfermée dans la forteresse de Rouen, enchaînée barbarement, confiée à la garde de cinq soldats grossiers qui nuit et jour veillaient, trois à l'intérieur du cachot, deux au dehors.

Ce n'est qu'à la suite de fortes présomptions, d'une semi-preuve que l'on peut intenter un procès en matière de foi. La législation canonique est bien formelle. Les enquêteurs envoyés à Domremy par Cauchon ont dit que tout ce qu'ils ont entendu sur la jeune fille, ils voudraient que cela fût dît sur leur sœur. Cauchon indigné a refusé de les indemniser des frais du voyage.

Défaut de juridiction, juste récusation d'un juge qui est un ennemi mortel, tumulte dans l'assistance, passion dans les interrogations, menaces à quiconque montre quelque faveur pour l'accusée, le sous-inquisiteur associé malgré lui et tardivement au juge principal, ce ne sont là que quelques-uns des vices de procédure que nous verrons relevés parles mémoires composés, pour la réhabilitation.

Le 13 et le 23 janvier, les 13, U, 15, 16, 19, 20 février, ont lieu dts séances destinées surtout à constituer le tribunal et à engager le prétendu procès. Les deux greffiers désignés sont les prêtres Manchon et Bois- Guillaume. C'est Manchon qui écrit et rédige. Honnête homme au fond, mais timide, il ne voudrait pas commettre une scélératesse, que sa conscience lui reprocherait trop hautement ; mais il ira à la dernière limite dont peut s'accommoder une âme pusillanime. Héroïque, il n'eut pas été supporté, et nous aurions été privés des réponses dans lesquelles

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