Proci% t. F, p. 3?5 et t. IH, p
Jeanne se révèle si manifestement inspirée. Scélérat, il en eut altéré la substance. Il y a des omissions, même graves, dans son procès-vorbal ; les dispositions entendues à la réhabilitation l'établissent; Tacte judiciaire ne pèche certainement pas par faveur envers l'accusée ; et cependant tel qu'il est, il n'est rien qui nous montre aussi bien Jeanne dans toute sa beauté, dans son angélique candeur.
L'interrogatoire de Jeanne, commencé le 21 février, se prolonge les 22, 24, 27 du même mois; il continue le 1", le 10, les 12, 13, 14, IS, 17, 24, 25 mars. Parfois il a lieu soir et matin ; la captive, épuisée par sa dure prison, doit le môme jour tenir tête durant cinq ou six heures à la meute aussi perfide que savante, aussi envenimée que faussement hypocrite, de ses nombreux interrogateurs. Il n'y avait rien dans sa vie qui donnât prise à l'inique accusation, il fallait tirer de ses paroles de quoi échafauder la sentence par laquelle on voulait l'accabler. On lui fait jurer souvent de répondre selon la vérité sur toutes les questions qui lui seront adressées. Elle proteste avec fermeté qu elle ne répondra que sur ce qui regarde le procès, et notamment que, dût-on lui couper la tête, elle ne (lira rien qui pût être contraire à son roi.
Les questions roulent principalement sur ses révélations ; dans les explications qu elle donne, on trouve, comme on le verra, tous les signes des révélations divines : sur le vêtement d'homme, elle dit ne pouvoir le quitter que sur l'ordre de ceux qui lui ont commandé de le prendre ; elle demande d'ailleurs, avec la piété la plus vive, qu'on fasse cesser la privation peut-être la plus sensible à sa sainte âme, la privation des offices et des sacrements de l'Église. On l'interroge sur ses prédictions ; elle en fait de nouvelles que consigne le greffier, et dont l'histoire s'est chargée de montrer la réalisation.
On la presse surtout sur le signe donné à son roi, le point sur lequel elle a dit maintes fois ne devoir jamais rien révéler. Harcelée, fatiguée, elle se décide à répondre par une allégorie complètement inintelligible pour le prétoire, très intelligible pour nous qui savons la nature des secrets révélés à Chinon. Le signe donné au gentil Dauphin est celui-ci : Un ange, — elle-même, qui n'était que saint Michel manifesté, — a apporté au roi une couronne très précieuse, quand elle est bien gardée, la couronne de France.
On la jette sur la soumission due à l'Kglise, l'on ramène avec un art diabolique cette question, dans l'espèce fort ardue. Les réponses de Jeanae prouvent que l'accusée n'a pas compris toujours la question ; les interrogateurs donnent à ce mot un sens plus qu'équivoque, car il est très faux. A Rouen, ils donnent au mol Église la signification qu'ils lui donneront dans le tumulte de Bàle : l'Église c'est eux-mêmes.
i'6-2 LA PUCELLE DEVANT LÉGLISE DE SON TEMPS.
Alors que, le procès-verbal en mains, on reconstitue la scène, Ton ne peut s'empêcher d'éprouver le sentiment du lord anglais, auquel Tadmiration arracha une fois ce cri : Qu'elle répond bien! que n' est-elle Anglais f I
Il fallait de tout cela tirer un réquisitoire, une accusation. Le promoteur d'Estivet s'en chargea et échafauda, a-t-il été dit, 70 chefs d'incrimination. Lecture en fut donnée à Jeanne par Thomas Courcelles, les mardi et mercredi saints, 27 et 28 mars ; il y eut un supplément d'infiu-mation le samedi saint, 31.
Le factum ne pouvait pas être transmis tel qu'il avait été élaboré, à l'Université de Paris, et aux autres personnages que Ton voulait engager dans la perpétration du crime ; de là la composition des XII articles sur lesquels doit particulièrement se porter l'attention du lecteur.
Les XII articles furent composés, pense-t-on, par Nicolas Midi, et lus dans une séance privée des assesseurs qui demandèrent des corrections importantes; ces corrections ne furent pas faites.
Jeanne n'eut jamais connaissance des XII articles ; ils sont censés cependant résumer ses aveux. Ses paroles y sont travesties, altérées, détournées de leur sens, et surtout on y omet ce qui les explique. C'est sur cet exposé imposteur qu'allait se prononcer et l'Université de Paris, et ce que Rouen et la Normandie comptaient d'hommes renommés par leur doctrine.
Le travail était hâtif, car il y a des répétitions qu'on eût dû éviter dans un document de ce genre.
Nicolas Midi, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, partirent de Rouen le 14 avril pour aller soumettre à leurs collègues de Paris la pièce homicide. Us étaient chargés de donner les explications orales qu'elle comportait.
Le 29 avril l'Université en corps se réunissait aux Mathurins. Un des envoyés de Rouen donnait lecture des XII articles, et demandait de la part du roi, de son conseil et du tribunal de Rouen, que la corporation se prononçât sur chacun d'eux. Le recteur répondit que c'était là une affaire ardue, intéressant la foi, et du ressort spécial des facullt^s de théologie et de droit canon ; qu'il était d'avis que ces deux facult«»s qualifiassent les XII articles, et en fissent rapport dans une assenibléo générale, où l'Université entière jugerait si elle devait adhérer à ces qualifications
Les facultés se retirèrent dans le lieu respectif de leurs séances particulières, dans le lieu où Ton délibère des causes les plus ardues et les plus difficiles, écrit du Boulay; rentrèrent en séance générale, et adhérèrent à l'avis du recteur.
Quinze jours furent accordés pour la sentence à rendre. Il y eut dans rinter\'alle de nombreuses réunions des deux facultés de théologie et de droit canon, soit séparément, soit par des délégués communs.
Le 14 mai, nouvelle assemblée générale. Lecture solennelle est donnée des qualifications des XII articles par la faculté de théologie, des condamnations portées par la faculté des décrets. Les facultés se retirent dans leurs salles respectives pour délibérer; une nouvelle assemblée générale a lieu. Facultés et nations déclarent unanimement adhérer au jugement des deux premières facultés ; l'Université adopte leurs décisions*.
C'est le lieu de faire connaître les XII articles, et le jugement porté par l'Université. La faculté de théologie a noté chacun d'eux. Voici la traduction de Texposé et des qualifications.