‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 296 · Ibid., p. 260 et I, p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 260 et I, p

O. Item quod de suo advenlu libenter diceret veritatem ; sed non diceret totum ; et quod spatium octo dierum non sufficeret ad dicendum omnia. [Procès, p. 60.)

6. Interrogata si vox prohibucrit sibi ne dicat revelationes, respondit : « Ego non sum

LE SIGNE DONNÉ AU ROI

« Veuillez différer^ je vous prie^ vos interrogations sur ce point.,. Les voix inont ordonné de manifester au roi certaines choses qii elles ne m'ont pas dit de vous faire connaitre^ . »

Comment la Pucelle savait-elle que, dans quinze jours, elle fournirait des explications sur le signe donné au roi ? Savait-elle naturellement qu’il y aurait séance ce jour-là? 11 ne semble pas : c’est une prophétie qu’elle fit probablement sans en avoir conscience, et qui se réalisa ponctuellement. Elle en a fait plusieurs autres semblables, consignées au Procès. Quinze jours, c’était beaucoup pour les interrogateurs, particulièrement intrigués par la nature du signe donné au roi. Aussi, à la séance suivante, qui eut lieu le 27, encore qu’elle eût dit : « J'ai des révélations qui regardent le roi et non pas ceux qui m'interrogent » et aussi : « Une fois j'ai bien dit au roi tout ce qui m'a été révélé ; c'est que j'étais envoyée vers lui » elle est jetée sans transition sur l’insidieuse question : « Quand vous avez vu le roi, lors de votre premier entretien, y avait-il un Ange au-dessus de sa tête ? — Par la bienheureuse Marie, s il y était, je ne le sais pas, je ne V ai pas vu. — Y avait-il de la lumière? — Il y avait plus de trois cents chevaliers et de cinquante torches, sans parler de la lumière spirituelle. — Sur quoi votre roi ajouta-t-il foi à vos paroles? — // eut de bons signes, et le clergé fut de cet avis qu'il devait me croire. — Quelles révélations furent faites à votre roi ? — Vous ne saurez pas ^ela de moi cette année. Pendant trois semaines je fus interrogée par les ecclésiastiques, à Chinon et à Poitiers. Mon roi, avant de se décider à me croire, eut de bons renseignements sur mon passé. Les clercs de mon parti furent de ce sentiment quils ne voyaient rien que de bon dans mon fait ‘. »

t'omuUa de hoc. Detis mihi dilationem XV dierum, et ego de hoc vobis respondebo, » Et rum iterum dilalionem de respondendo petivisset, dixit : « Si voxprohibueritmihi, quidindè i uUis vos dicwe. Adhuc inteirogata utrùm hoc sibi prohibitum, respondit; « Credatis quod homines non prohibuerunt mihi. » Item dixit quod illo die non respondebit, et tiescit si debeat dicere aut non, quousque sit sibi rtvelatum. {Procès, p. 63.)

1. Uuantum ad istud interrogatorium, rogo vos ut habeam dilationem... Voces <iîxerunt mihi quod aliqua dicam régi et non vobis. (Procès, p. 63.)

2. Sunt revelationes quæ vadunt ad regem F ranciæ, et non ad eos qui eam interrogant. Procès, p. 72.)

3. Benè dixit régi suo totum unâ vice quod sibi fuerat revelatum, quiaibat ad ipsum. Procès, p. 73.)

4. Interrogata utrùm erat aliquis Angélus suprà caput regis sui, quando vidit eum primà vice, respondit : « Per beatam Mariam, si erat, ego nescio; nec ipsum vidi. » Interrogata an ibi erat lumen, respondit : « Ibi erant plus quàm trecenti milites, et quinquaginta tædæ seu lorchiæ, sinecomputando lumen spiriluale... » Interrogata qualiler rex suus adhibuit fidem dictis ejus, respondit quod ipse habebat bona intersignia, et per clerum.

Interrogata quales revelationes rex suushabuit, respondit : « Vos non habebitis eas

Nous avons ici, pensons-nous, des détails d’abord sur la première entrevue du roi et de la Pucelle, dans la grande salle de Chinon, dont on peut encore constater les dimensions. On voit quelques marches de l’escalier extérieur par lequel on y accédait, et la cheminée, appendue h un pan de muraille épargné parle temps. Rien de plus solennel, puisqu’il y avait plus de trois cents chevaliers; l’appartement était magnifiquement éclairé.

Les longs examens de Chinon et de Poitiers, l’enquèle à Domrémy sur le passé de la jeune fille, le jugement favorable porté par le clergé, tout se trouve ensuite rappelé. Il iiy avait rien que de bon dam son fait est une expression empruntée à la sentence de Poitiers, plusieurs fois reproduite dans les chroniques précédentes. La responsabilité du roi se trouvait fort bien couverte. L’accusée déclinait aussi par là le Iribunal qui la mettait en accusation. Elle ne s’était avancée, qu’approuvée par un tribunal, l’égal de celui de Beauvais par sa composition, et supérieur à raison do son président, puisque Régnault de Chartres, archevêque de Reims, était le supérieur de Cauchon, son suffragant. Aussi, dans ces séances, la Pucelle en appelle-t-elle d’une manière réitérée au jugement de Poitiers, confirmant ainsi la récusation dont le procès-verbal, tout mitigé qu’il est, porte de nombreuses traces, récusation qui, d’après les témoins, fut formulée en termes fort explicites.

La cinquième séance eut lieu le i” mars. A propos du serment elle dit : « Je sais bien des choses qui ne touchent pas le procès et qxi il n'est pas besoin de dire^. » Elle s’écrie à un autre moment : « Est-ce que vous voulez que je vous dise ce qui regarde le roi de France »

Il n’y avait rien qui leur tînt plus à cœur. Aussi la séance se terminat-elle par le dialogue suivant: « Quel signe avez- vous donné à votre roi que vous veniez de la part de Dieu? — Je vous ai toujours répondu que vous ne me le tireriez pas de la bouche ; allez le lui demander, — Vous avez juré de ne pas dire ce qui touche le procès? — Je vous ai déjà affirmé que je ne vous dirai pas ce qui concerne notre roi. De ce qui le touche, je ne parlerai pas, — Savez- vous le signe que vous avez donné à votre roi ? — Vous ne saurez rien de cela de moi, — Mais cela regarde le procès. — Ce que j* ai promis de tenir très secret, je ne vous le dirai pas. Je Cai si bien promis que je ne puis pas le dire sam être parjure, — A qui l’avez-

adhuc à me de isto anno. » Item dixit quod per 1res hebdomadas fuit interrogala perclenim apudvillam deChinon et Pictavis; et habuit rex suus signum de factis suis priusquàm vellet ei credere. Et clerici de parte suâ fuerunt hujus opinîonis quod videbatur eisin facto suonon esse nisi bonum. {Procès^ p. 75.)

1. Dixit quod mulla scit quæ non tangunt processum et non est opus ea dicere» (Procès, p. 81.)

2. Vultis vos quod vobis dicam id quod vadit ad regem Franciæ? (Procès, p. 88.)

LE SIGNE DONNÉ AU ROI

VOUS promis? — A sainte Cathei'ine et à sainte Marguerite , et le roi en a eu la preuve. Je fai promis à ces deux Saintes, sans en être requise par elles. C'est de moi-même que je me suis imposé cette obligation, parce que trop de gens m'auraient sollicitée, si je n'avais pas fait cette promesse *. »

« Quand vous avez montré le signe au roi, était-il seul, ou en compagnie ? — Je pense qu'il était seul, mais il y avait beaucoup de gens qui n'étaient pas loin, — Quand vous avez montré le signe au roi, avait-il la couronne sur la tête? — Je ne puis vous le dire sans commettre un parjure, — Votre roi avait-il la couronne à Reims ? — A ce que je pense, mon roi fut heureux de ceindre la couronne qu'il trouva à Reims ; mais il en fut apporté une bien riche à sa suite. Il hâta son couronnement à la prière des habitants de Reims pour leur éviter la charge des hommes de gueri'e ; mais, s'il avait attendu, il aurait eu une couronne mille fois plus riche, — Avez-vous vu cette couronne* plus riche ? — Je ne puis pas vous le dire sans parjure. Et si je ne l'ai pas vue, j'ai bien ouï dire qu'elle était de cette richesse et de cette opulence »

La Pucelle, en faisant jurer aux confidents du secret de ne pas le révéler, jura elle-même. Cette circonstance de la présence du roi explique le mot, étrange en lui-même, que le serment lui avait été montré.

Rien de plus exact que ce qu’elle dit, que si le roi était seul, lorsqu’il

Interrogala quale signum dédit régi suo quod veniebat e\ parle Dei, respondit :

»' Ego semper vobis respondi quod non mihi exlrahetis illud ab ore ; vadalis sibi petilum. » Interrogala an juraverit non revelare illud quod ab eâ petetur tangens processum, respondit : « Ego vobis aliàs dixi quod non dicam illud vobis quod tangel id quod vadit ad regem nostrum, et de hoc quod vaditad ipsum non loquar. » Interrogala si ipsa scilne signum quod dédit eidem régi suo, respondit : « Vos non scietis lioc de me », et tune fuit ei diclum quod hoc tangebat processum, respondit : « De hoc quod ego promisi tenere benè secretuin hoc non dicam vobis illud. » Et ultrà dixit : «' Ego promisi in tali loco, quod non possim vobis dicere sine perjurio.» Interrogala eu i lioc promisit, respondit quod sanctis Catherinæ et Margarelæ promisit, et hoc fuit <»slensum régi. Item dicit quod hoc promisit duabus sanclis prædiclisabsque hoc quod requirerent, et ipsamet Johanna ad requestam sui ipsius hoc fecit, quia nimis multæ geôles hoc petivissent ab ipsâ, nisi illud prædictis sanctis promisisset. {Procès, p. 90.)

2. Interrogala ulrùm quando oslendit signum régi suo eral alius ab eo in ejus societale, respondit quod æstimat alium ibi non fuisse, quamvis satis propè essent mullæ genles. Interrogala an ipsa viderit coronam suprà caput regis sui quando ipsa monslravit ei signum, respondit : « Ego non possum vobis dicere sine perjurio. » Interrogala ulrùm rex suus habebat coronam, quando erat Remis, respondit quod prout ipsa æstimat, ipse rex suus cepit gratanter illam coronam quam Remis invenit, sed una benè dives fuit ei apporlala posl ipsum. Et hoc fecit pro festinando factum suum, ad requestam illorum de villa Remensi, pro evitando onus armatorum; et si ipse expeclasset, habuisset unam coronam milliès ditiorem. Interrogala an viderit illam coronam quæ est ditior, respondit : « Ego non possum vobis hoc dicere sine incurrendo perjurium. Et si ego non viderim, ego benè audivi dici quod est adeo dives et opulenta. (Procès, p. 91.)

LA YIERGE-GUERRIÈBB D'APRÈS SES AVEUX.

reçut le signe, bien des gens n’étaient pas loin. Plusieurs documents nous ont appris que, tandis que la Pucelle et le roi s’entretenaient, l’assis- ^ tance était massée à la partie opposée de la salle.

Quelle est celte couronne venant à la suite du couronnement h Reims? C’est, pensons-nous, le surcroît de puissance qu’aurait acquis le monarque, si, après le sacre, au lieu de revenir vers la Loire, il eût écouté la Pucelle et suivi ses inspirations. C’était une couronne mille fois plus riche, car ce n’était pas seulement l’envahisseur jeté à la mer, c’était le duc d’Orléans délivré, si c’était nécessaire, par une descente en Angleterre, et, en faveur de la chrétienté, l’exploit promis à la fin de la lettre aux Anglais, c’est-à-dire le fait le plus éclatant qui eût encore été vu. Le motif mis en avant pour interrompre ces merveilles fut la difficulté de nourrir une armée qui allait toujours grossissant. Reims est mis ici pour la Champagne et les pays adjacents.

Il ne fut pas question du signe dans la séance du 3 mars, la sixième. Or, la septième eut lieu le 10, quinze jours après le 24, où l’on a vu que la Pucelle avait promis de parler du signe.

Le 10 mars, à la suite de plusieurs autres questions, la suivante lui fut posée : « Quel signe avez-vous donné au roi, quand vous vîntes vers lui ? — Il est bel et honorable,, et bien croyable y il est bon, et le plus riche qui soit au monde »

On s’explique l’enthousiasme de la Pucelle, quand on se rappelle que, par la révélation des secrets, la race et la couronne de saint Louis recevaient une consécration qui n’a été accordée, répétons-nous, à un degré plus éminent qu’à la race et à la couronne de David. Quoi de plus honorable et de plus beau que cette révélation et les miracles qui allaient l’accompagner? En lui-même et par ce qui allait suivre, le signe était éminemment croyable. Il était bon, car quelle plus puissante excitation pour le roi et son peuple à être bons que d’être l’objet de semblable prédilection? Il était riche ; qu’est-ce que Dieu n’est pas disposé à accorder à la France et à ses chefs, quand ils ne mettent pas d’obstacles à ses faveurs? Les interrogateurs continuèrent.

« Vous avez voulu voir le signe de Catherine de La Rochelle, pourquoi ne voulez-vous pas dire et montrer le vôtre? — Si le signe de Catherine avait été montré comme le mien à de notables gens d'église et autres, à r archevêque de Reims et à d'autres évêques dont je ne sais pas le nom,

I Charles de Bourbon, le sire de Latrémoille , le duc d'Alençon et plusieurs ■ autres chevaliers y étaient et virent et ouïrent le signe comme je vois ceux

1. Interroguée quel est le signe qui (qu'elle) donna (quod dédit dans le latin) vint à son roy, respond que il est bel et honnouré (honorabilis dans le latin) et bien créable. et est bon, et le plus riche qui so Procès, p. 119-120.

LE SIGNE DONNÉ AU HOl.

qui ni intei'rogent aujourdliui), alors je n'eusse pas demandé à savoir le signe de Catherine. Je savais d* avance par sainte Catherine et par sainte Marguerite que le fait de Catherine de La Rochelle était tout néant *. »

Non seulement la Pucelle repousse Tobjection; elle confond ceux qui la font en leur rappelant qu’elle a été approuvée par leur supérieur à tous, par Tarchevêque de Reims, par plusieurs évêques, et de puissants seigneurs qui ont vu le signe. Elle ne s’est avancée qu’avec l’approbation du pouvoir ecclésiastique et civil.

Elle répond à SiméonLuce, qui ose bien dire quelque part que, comme Catherine de La Rochelle, Jeanne n’avait pour être crue sur parole que ses affirmations.

Outre les quelques personnages auxquels le secret fut explicitement révélé, ceux qui, dans la salle, virent le long entretien du roi et de la Pucelle, qui furent témoins de l’émotion du prince et l’entendirent répéter que la jeune fille lui avait révélé des choses qui n’étaient connues que de Dieu et de lui, ceux-là peuvent en un certain sens être dits avoir vu le signe.

L’interrogatoire continua jusqu’à la fin de la séance de la manière suivante ;

« Est-ce que le signe dure encore ? — C'est bon à savoir, il durera mille ' ans et plus. Ledit signe est au trésor du roi. - , ^

« Est-ce or, argent, pierre précieuse ou couronne ? — Je ne vous en dirai pas autre chose ; il n'y a pas homme qui puisse deviser (décrire) chose aussi riche que le signe ; et toutefois le signe qu'il vous faut, c est que Dieu me délivre de vos mains; c'est le plus certain qu'il vous sache envoyer.

« Quand je dus partir pour aller vers mon roi, il me fut dit par mes voix : Va hardiment^ car lorsque tu seras vers le roi, il aura bon signe t de te recevoir et de te croire. — Quand le signe vint vers votre roi, quelle révérence lui avez-vous faite ? Vint-il de Dieu ? — Je remerciai Notre- Seigneur de ce qu'il me délivrait de la peine des clercs de par delà qui arguaient (argumentaient) contre moi, et je m' agenouillai plusieurs fois.

1. Interroguée pourquoyelle ne voult aussi bien dire etmonstrer le signe dessus dit, comme elle voult avoir le signe de Katherine de La Rochelle, respond que se le signe (le Katherine eust été aussi bien monslré devant notables gens d’Église et autres, arcevesquesetévesques, c’est assavoir, devant l’arcevesque de Reims et autres évesques dont elle ne scait le nom (et mesmes y estoit Charles de Bourbon, le sire de la TrimouUes, le duc d’Alençon et plusieurs autres chevaliers, qui le veirent et oïrenl aussi bien comme elle voit ceulx qui parloient à elle aujourd’huy), comme celluy dessus dit estre montré, elle n’eust point demandé scavoir le signe de ladicte Katherine. El toutes voies elle scavoit au devant par saincte Katherine et saincte Marguerite, que, du fait de ladicte Katherine de La Rochelle, ce estoit tout néant. (Procès, p. il9.)

Un Ange de par Dieu^ et non pas de par un autre, bailla le signe à mon roi; fen remerciai moult de fois Notre-Seigneur, Les clercs de par delà, quand ils scurent ledit signe, cessèrent de m’arguer.

« Les gens d’Église de par delà virent-ils le signe ci-dcssus désigné ? — Quand mon roi et ceux qui étaient avec lui eurent vu ledit signe, et même CAnge qui le bailla, je demandai à mon roi s'il était content, et il répondit que oui. Alors je partis, et je m'en allai dans une chapelle assez près; et j'ai ouï dire alors qtt' après mon partement plus de trois ^cents personnes virent ledit signe. C'est par amour pour moi, pour que l'on cessât de m'interroger, que Dieu voulut permettre que le signe fût vu par ceux de mon parti qui le virent.

« Votre roi et vous-même fîtes-vous quelque révérence h l’Ange quand lil apporta le signe? — Oui, moi je fis révérence, je rn agenouillai et ôtai nxon chaperon. »

La séance finit sur ces paroles

Le signe durera éternellement, parce qu’il sera éternellement vrai que par la Vénérable Dieu a fait en faveur du roi et de la France un miracle que l’on n’a vu qu’une fois. Dans les annales de la monarchie et de la France, vrai trésor de la nation, il n’y a rien de plus beau, car il n’y a rien qui nous dise aussi éloquemment les prédilections du Ciel, nos devoirs, et ce que nous pouvons attendre de leur accomplissement. Pourquoi avons-nous été et sommes-nous assez malheureux

1. Interroguée se ledit signe dure encore respond : « Il est bon à scavoir, et qu’il durera jusques à mil ans et oultre. llem que ledit signe est en trésor du roy. »

Interroguée se c’est or, argent, ou pierre précieuse, ou couronne, respond : « Je ne vous en diray autre chose, et ne scaurait homme deviser aussi riche chose comme est le signe ; et toutes voies le signe qui vous fault, c’est que Dieu me délivre de vos mains, et est le plus certain qu’il vous sçache envoyer. »

Uem dit que quand elle deust partir à aller à son roy, luy fut dit par ses voix : « Va hardiement, que quand tu seras devers le roy, il aura bon signe de te recepvoir et croire. »

Interroguée quand le signe vint à son roy, quelle révérence elle y fist, et s’il vint de par Dieu, respond quelle mercia Nostre Seigneur de ce qu’il la délivra de la paine des clercs de par delà qui arguaient contre elle, et se agenouilla plusieurs fois. Item dit que un Angle de par Dieu et non de par autre bailla le signe à son roy ; et elle en mercia moult de fois Nostre Seigneur. Uem dit que les clercs de par delà cessèrent à la arguer quand ils eurent sceu ledit signe.

Interroguée se les gens d’Église de par delà veirent le signe dessus dit, respond que quand son roy et ceulx qui estoient avec lui eurent veu ledit signe, et mesmes l’Angle qui la bailla, elle demanda à son roy s’il estoit content, et il respondit que ouil. Et alors elle party et s'en ala en une petite chapelle assez près, et ouyt lors dire que après son parlement plus de lll® personnes veirent ledit signe. Dit oultre que pour lamour d’elle, et quilz la laissassent à interroguer, Dieu vouloit permeictre que ceulx de son parti qui veirent ledit signe le veissent.

Interroguée se son roy et elle fu-ent point de révérence à l’Angle, quand il apporta le signe, respond que ouil d’elle; etse agenouilla et oulta son chaperon. (Procès, p. 120-122.)

LE SIGNE DONNÉ AU ROI

pour en douter et l’oublier? La Pucelle dit fort bien que personne ne saurait exprimer tout ce qui est renfermé dans le signe, qui n’est autre que la preuve de sa mission et sa mission même.

Elle ajoute : toutefois le signe qu’il vous faut, à vous qui ne voulez pas comprendre le premier, c’est que Dieu me délivre de vos mains. Maintes réponses prouvent que la Vénérable, sachant bien que sa mission n’était pas finie, entendait la délivrance promise par les voix d’une délivrance matérielle. C’était une délivrance plus haute qui lui était réservée, la délivrance par le martyre. Elle en prophétise l’effet sans le savoir ; car à ce signe les Anglais la reconnurent pour divinement envoyée; en preuve les larmes qu’ils lui donnèrent, même les plus dévoués au parti, tels que Tévôque de Thérouenne et Gauchon lui-même. Nous avojis brûlé une sainte, nous sommes perdus^ s’écria Tressard, secrétaire du roi d’Angleterre.

En partant de Vaucouleurs, la Vénérable avait la certitude qu’un signe lui serait donné pour se faire accepter du roi, mais elle en ignorait la nature ; elle nous dira plus loin quand ce signe lui fut manifesté. Elle se confondit en reconnaissance ; cette vertu de tous les saints ne pouvait qu’être éminente dans la Vénérable. Nous savons qu’à Domrémy elle baisait le sol où les célestes visiteurs lui avaient apparu.

Un Ange de par Dieu et non de par un autre apporta le signe, soit qu’il faille entendre par là que sa mission venait de Dieu et non des hommes ou des démons, soit qu’elle veuille dire qu’au moment de la révélation des secrets, l’Ange parlait par elle. Après la première entrevue, le roi dit à la cour, qui l’avait observé, qu’il était content ; son visage, dit Alain Chartier*, était tout rayonnant. Est-ce cette première manifestation générale qu’indique ici Jeanne? Veut-elle parler de la notification de la sentence de Poitiers, et de la résolution définitive de la mettre à l’œuvre, qu'elle indique plus loin ? Ses réponses, pensons-nous, sont vraies pour les deux circonstances. Encore qu’a près la manifestation des secrets, le 8 mars, les clercs n’aient pas cessé de Varguer^ comme elle dit, cependant ils ont dû le faire avec moins d’incrédulité. L’examen n’a cependant fini que trois semaines après; mais, décidée à ne dire sur ce point rien que les questionneurs pussent comprendre, l’accusée non seulement pouvait, mais devait, tout en disant la vérité, embrouiller la suite des faits. Si le fond du secret fut révélé à d’autres qu’au roi, Jeanne elle-même nous apprend que ce fut pour mettre fin aux questions, aux objections dont on ne cessait de l’accabler.

La session suivante, le 12 mars, n’amena sur le signe que les deux

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