II, p
LA VIERGE-GUEHRIÈRE D APRÈS SES AVEUX
questions suivantes : « L’Ange qui apporta le signe, parla-t-il ? — Oui, il dit à mon roi que ton me mit en besogne, et que le pays serait aussitôt soulagé, — L’Ange qui apporta le signe est-il celui qui vous est apparu le premier, ou est-ce un autre Ange ? — Cest toujours le même; jamais il ne me fit défaut »
La séance du soir se termina par cette question : « Quel signe avezvous donné à votre roi? — J'en demanderai conseil à sainte Catherine^, »
Le lendemain en effet, 13 mars, elle devait donner, sans violer son serment de ne rien révéler, les plus longues explications qu’elle ait fournies. La plus grande partie de la séance, la presque totalité fut consacrée à la question du signe. La suite va en être reproduite avec quelques explications.
« Parlez-nous d’abord du signe donné au roi ; quel fut-il ? — Seriezvous contents que je nie parjurasse? — Avez-vous juré et promis à sainte Catherine de ne pas dire ce signe ? — J'ai juré et promis de ne pas dire ce signe, et cela de moi-même, parce qu'on m'en chargeait trop de le dire, :Èt je promets que je n'en parlerai plus à nid homme. Le signe, ce fut ce f que t Ange certifiait à mon roi en lui apportant la couronne. Il lui disait qu il aurait tout le royaume de France entièrement, à l'aide de Dieu, et moyennant mon labeur; qu'il me mit en besogne, à savoir gii il me bailkit des gens d'armes; autrement il ne serait pas de sitôt couronné et sacré,
U Depuis hier avez-vous parlé à sainte Catherine ? — Oui, depuis hier je l'ai ouïe, elle m'a dit plusieurs fois de répondre hardiment aux juges de ce qu'ils me demanderaient touchant le procès *. »
1. Se l’Angle qui apporta le signe parla point ? respond que ouil et que il dist à son roy que on la mist en besoingne, et que le pais seroit tantoust allégié.
Interroguée se l’Angle qui apporta ledit signe fut l’Angle qui premièrement apparu à elle, ou se ce fust ung autre, respond, c’est toujours tout ung et oncques ne lui faillit.
(Procès, p. 126.)
2. Interroguée du signe baillé à son roy, respond qu’elle en aura conseil à saincte Katherine. (Procès, p. 134.)
3. Interroguée premièrement du signe baillé à son roy, quel y fut, respond : « Estesvous content que Je me parjurasse?» Interroguée par Monseigneur le vicaire de l’Inquisiteur s’elle avoit juré et promis à saincte Katherine non dire ce signe, respond : « J’ay juré et promis non dire ce signe, et de moy mesmes, pour ce que on m'en chargeoit trop de le dire. » Et adonc (alors) dist elle mesmes : « Je promets que je n’en parleray plus à homme. » Item dit que le signe ce fust (ce) que l’Angle certiQast à son roy en lui apportant la couronne, et luy disant qu’il aroit tout le royaume de France entièrement à l’aide de Dieu, et moyennant son labour ; et qu’il la meist en besoingne, c’est assavoir que il luy baillast de gens d’armes, autrement il ne seroit mye sitost couronné et sacré.
Interroguée se depuis hier ladicte Jehanne a parlé à saincte Katherine, respond que depuis elle l’aouye; et toutes voies lui a dit plusieurs fois qu’elle respondehardiement aux juges de ce qu’ils demanderont à elle, touchant son procès. (Procès, p. 139-140.)
LE SIGNE DONNÉ AU ROI
En rappelant qu'elle avait juré de ne pas dire le signe, en renouvelant à l’heure même ce serment, Jeanne avertissait le tribunal de ne pas prendre ses paroles à la lettre. C’eût été pure démence de commencer parjurer de ne pas dire ce qu’elle allait dire immédiatement.. Et cependant, si elle ne dit rien au tribunal qui puisse lui révéler le signe, pour nous qui le connaissons, ses paroles sont très justes et très profondes. Quoi de plus vrai qu’en dissipant miraculeusement les doutes conçus par le prince sur la légitimité de sa naissance, la céleste envoyée lui apportait la couronne, confirmait au nom du Ciel la loi salique, lui garantissait qu’il en était le bénéficiaire, et lui donnait un gage surnaturel qu’il serait mis en possession de son droit ? La Pucelle accentue qu’à l’aide de Dieu, et moyennant son travail à elle, Charles aurait ESTiÈREUENT TOUT le Toyaume de France. Elle annonce une fois de plus que sa mission était d’expulser entièrement l’envahisseur. Si, comme elle va nous le dire, au moment où elle donnait le signe, elle était sous le coup de l’inspiration, c’était, au pied de la lettre, l’Ange qui parlait en elle. K’eût-elle parlé que par souvenir, elle pouvait se dire un Ange dans le sens étymologique du mot, et aussi parce qu’elle était déléguée par un Ange, par le prince des Anges.
« En quelle manière l’Ange apporta-t-il la couronne? la mit-il sur la tête de votre roi ? — Elle fut donnée à un archevêque, c'est à savoir celui de Reims, à ce qu'il me semble, en la présence du roi; ledit arche^ vèque la reçut et la donna au roi, j'étais présente; elle est mise dam le trésor du roi ‘. » — L’archevêque, qui était chancelier du royaume et l’un des personnages les plus influents, fut du nombre de ceux qui furent admis à la seconde révélation des secrets; il était président de la commission qui examina Jeanne à Poitiers ; en approuvant la Pucelle, en disant qu’il fallait mettre la jeune fille à l’œuvre, il présentait la coui’onne au roi; il recevait la couronne encore en couronnant le roi à Reims ; Jeanne était présente dans les deux circonstances. La couronne, c’est-à-dire la révélation des secrets, et la faveur qui l’accompagnait, est bien le plus beau diamant du trésor royal, puisque jamais trésor de roi n’en posséda d’un tel prix.
« En quel lieu la couronne fut-elle apportée? — Ce fut en la chambre du roi, au chastel de Chinon. — A quel jour et à quelle heure ? — Je ne sais pas le jour; pour C heure, il était heure haute (avancée) ; jê
1. Interroguée en quelle manière l’Angle apporta la couronne, et s’il la mist sur la teste de son roy, respond, elle fut baillée à ung arcevesque, c’est assavoir celuy de Rains, comme il luy semble, en la présence du roy ; et ledit arcevesque la receust et la bailla au roy, et estoit elle mesmes présente; et est mise en trésor du roy. (froers,