LIVRE III
LA VIERGE-GUERRIÈRE DANS LA CHRÉTIENTÉ
L’université de Paris accompagnait ses qualifications homicides des prétendus aveux de Jeanne, d'une lettre dithyrambique à l’honneur de Cauchon, dans laquelle on lit : « Le virus de cette femme répandu au loin a infecté le bei'cail très chrétien de presque tout r Occident^. » L’Eglise ne conservait donc de partie saine que dans ses rangs, et parmi ses adhérents ; tout le reste était contaminé, infecté du virus répandu par cette femme. En quoi consistait ce venin assez violent pour atteindre presque tout le monde occidental ? Les docteurs le disent dans la suite de leur missive. La Vénérable provoquait dans les peuples une édification qui était à leurs yeux une iniquité et un scandale : Cesset iniqua scandalosaque ædificatio populorum -.
Ils ne pouvaient mieux infirmer leur sentence ; ils déclaraient qu’elle allait à l’encontre du monde occidental presque tout entier, c’est-à-dire de presque toute l’Église catholique*; ils avouaient que l’effet n’en était qu’une immense édification parmi les peuples. Le grand inquisiteur Bréhal, tout en constatant qu’il ne pouvait pas tout dire et qu’il était dans la nécessité de se modérer, releva cette énormité d’une corporation se dressant à l’encontre du sentiment universel de l'Église. Après le tableau des vertus de la Vénérable, il s’écrie : « La plus puissante renommée les publiait partout; elle célébrait dans cette fille d’élection des merveilles bien plus grandes encore que celles qui viennent d’être rappelées. Elle n’a été incriminée qu’auprès de ses ennemis déclarés. Partout ailleurs, il n’y avait qu’une voix pour proclamer sa vertu, son innocence, sa pudeur. Lorsque les docteurs allaient à l’encontre de cette renommée si éclatante, que leur disait leur conscience? Que leur disait-elle lorsqu’ils rendaient leur décision? Une chose m’étonne souverainement de la part de ces
1. Cujus (la Pucelle) latissimè dispersum virus, ovile christianissimum totius ferè occidenlalis orbis infectum manifestatur. (ProcèSy p. 409.)