‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 121 sur 296 · COSME-RAYMOND DE CRÉMONE · texte numérisé non relu

COSME-RAYMOND DE CRÉMONE

infimes, mais bergers eux-mêmes. Par là, disent-ils. Dieu oublierait ce qu’il doit à sa dignité et à sa majesté, et témoignerait agir sans intelligence et sans raison. Il est indigne que, pour rétablir un royaume, Dieu se serve et ait pour ainsi dire besoin d’une fillette Une telle générale [in hac impératrice) manque de la sagesse, de l’autorité, de la connaissance de la guerre nécessaires à la conduite d’une pareille entreprise. Il y a en France tant d autres hommes plus aptes^. C’est par de semblables raisonnements qu’ils s’efforcent de prouver que les bruits répandus sur la Pucelle sont des faussetés, de pures inventions plus que des faits réels.

« Je ne nie pas que ce soit difficile à croire. Soit que, comme disent les philosophes, Dieu se désintéresse des choses humaines, soit qu’il les conduise, ainsi que l’enseigne notre sainte religion, le choix d’une bergère pour une œuvre si grande n’est pas vraisemblable.

(( Cependant en examinant avec plus de soin l’Ancien et le Nouveau Testament, je suis de première vue amené à en juger autrement, et à ne pas traiter de vains bruits les nouvelles qui nous arrivent. Ce serait donc chose nouvelle que Dieu choisisse une bergère pour rendre à quelqu'un un royaume? — Mais le berger David fut fait roi. — La Pucelle, dit-on, a mis en déroute une très nombreuse armée avec une petite troupe? — Ne l’expliquons pas par l’avantage de la position, par la soudaineté de l’attaque ; ne disons pas que les ennemis ont été surpris, que le cœur leur a manqué; toutes choses possibles ; il y a miracle. Quoi d’étonnant? N’est-il pas plus merveilleux qu’avec une mâchoire d’âne, Samson ait tué tant d’ennemis? Pourquoi donc ces derniers faits n’auraient-ils pas pu se produire?

« La Pucelle, dit-on, a la vertu de prédire l’avenir, une certaine vertu, un certain sens de divination. C’est moins merveilleux que rare [sic). Il est rare, en effet, de voir des hommes auxquels Dieu donne l’esprit prophétique qui leur fasse voir les choses au loin. Cependant, ce n’est pas seulement dans les livres saints que nous trouvons de ces personnes ; nous trouvons des prophètes même chez les païens ; et ce ne sont pas seulement des hommes, nous voyons aussi des femmes posséder le don de divination et de prédire l’avenir. Pour omettre les prophéties du peuple de Dieu^ dont il y a lieu de moins s'étonner^ souvenez-vous des sibylles et nommément de celles d Erythrée et de Cumes. Si le don de prophétie s’est trouvé chez les sibylles qui étaient païennes, pourquoi serions-nous si lents, si difficiles, que nous ne puissions pas croire qu’il a été conféré à une chrétienne?

M Pour le plus grand nombre, l’étonnement ne vient pas tant de ce

1. Phra.se en italien, peut-être pour reproduire ce qui était dit couramment.

1 Item.

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