III, p
2. Lk Maire, Histoire et Antiquités de la ville d'Orléans (p. 187).
3. Interroguée en quel lieu il (l’Ange) apparut à elle, respond : « J’estois presque toujours en prière, afin que Dieu envoyastle signe du roy, ctesloie en monlougeis, qui est chieux une bonne femme près du chastel de Chinon, quand il vint; et puis nous en allâmes ensemble au roy ; et esloit bien accompaigné d’autres Angles avec luy, que chacun ne veil pas; » et dist oultre, ce n’eust été pour l’amour d'elle, et de la osier hors de painc des gens qui la arguaient, elle croit bien que plusieurs gens veirenl l'Ange dessus dit, qui ne l'eussent pas veu. {Procès, p. 143.)
LE SIGNE DONNÉ AU ROI. 21
figure était l’Ange, et quelle était sa taille ? — Je n'ai pas congé de le dire; J en répondrai demain * . »
Nous avons ici une nouvelle preuve que le signe promis en Lorraine ne fut donné que le jour môme où il devait être produit, ainsi que Jeanne nous Ta déjà dit. Elle a dû le mériter par la prière. Elle ne dut pas tarder à changer de logis, et à passer dans la troisième enceinte du château, à la partie dite du Coudray, au sud, où son page, Louis de Coûtes, nous la dépeindra. Paquerel nous dira qu’elle fut introduite dans ta salle où, d’après le Greffier de La Rochelle, Charles de Bourbon feignait d’être le roi, par Louis de Bourbon- Vendôme, l’aïeul des Bourbons destinés au trône de France et à d’autres encore. Un mot de Jeanne, qui va être cité, semble indiquer que Vendôme vint la prendre à la chapelle du château, dont on montre les fondations sur la hauteur si intéressante à visiter de la royale demeure*.
Les paroles de la Vénérable semblent indiquer qu’en ce moment elle voyait saint Michel et les Anges, et qu’il n’y avait pas seulement action sur les puissances intérieures. Nous avons la confirmation de ce que rapportent les chroniqueurs, qu’après avoir manifesté les secrets au roi seul, elle consentit à les manifester à quelques témoins choisis. Elle en donne la raison; c’était pour mettre (in aux obsessions dont elle était l’objet. L^Ange qu^ils virent n'était, ce semble, autre qu’elle-môme ; mais il peut se faire que, dans cette seconde manifestation, elle ait ajouté des circonstances nouvelles qui confirmaient son inspiration. Elle nous a dit que la couronne signifiait que le roi de Bourges posséderait le royaume ; plusieurs, une foule, connurent la prophétie, sans voir l'Ange, c’està-dire le signe qui était le gage de sa réalisation. Le 17 mars, interrogée sur la ligure de saint Michel, elle répondit qu’il était en la forme
1. Inlerroguée se tous ceulx qui là estoient avec le roy, veirent l’Angle, respond qu'elle pense que l’arcevesque de Rains, les seigneurs d’Alençon et de La Trimoulle et Lharles de Bourbon le veirent. Et quant est de la couronne, plusieurs gens d’Égliso et d’autres la veirent qui ne virent pas l’Angle.
Inlerroguée de quelle figure, et quel grant estoit ledit Angle, respond qu’elle n’en a point congié, et demain en respondra. {Procès ^ p. 143.)
2. L’auteur a eu la bonne fortune de visiter le château en compagnie de M. Tourlé, archéologue distingué, pour lequel l’histoire de Chinon, sa ville natale, n’a pas de secret. Le château se compose, en réalité, de trois châteaux, séparés par des fossés très larges et très profonds, sur lesquels étaient jetés des ponts-levis; le Saint-Georges au nord-est, la demeure du roi au centre, le château du Coudray au sud-ouest. 11 a été habité par les Plantagenet Henri 11, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre, sur lequel il fut conquis par Philippe- Auguste. Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Hardi, Charles VII, Louis XI, Charles VIH, y ont fait des séjours prolongés. Presque imprenable avant l’artillerie à longue portée, il présente un très bel aspect sur la vallée de la Vienne et sur des champs en culture bornés par un élégant rideau de bois. Les ruines en sont très belles.
U VIEKGE-GÜERRIÉRE D’APRÈS SES AVEUX.
d’un très vrai prud'homme, sans vouloir donner d’autre explication.
L’interrogatoire du 13 se poursuivit en ces termes : « Ceux qui étaient en la compagnie de l’Ange, étaient-ils tous d'une môme figure? — En la manière dont je les voyais, qiielques-rtns se ressemblaient bien, les autres non; quelques-uns avaient des ailes; il y en avait de couro^més; les autres ne r étaient pas; en leur compagnie se trouvaient les saintes Catherine et Marguerite ; elles vinrent avec les autres Anges dessus dits, et les autres Anges aussi, jusque dans la chambre du roi »
Ces paroles ne semblent pas permettre de douter qu’en ce moment Jeanne ne jouît sensiblement d’une céleste vision. Le 17 mars elle dira :
« Je suis venue au roi de France de par Dieu, déparia Vierge Marie et tous les benoits saints et saintes de Paradis et de F Église victorieuse de là-haut, » L’Église victorieuse de là-haut se montrait partiellement à elle ; il y avait des Anges qui avaient des ailes et s'entre-ressemblaient, il y avait des saints couronnés, les martyrs, et d’autres qui ne l'étaient pas, des confesseurs, saint Louis, saint Charlemagne. Elle dit de la manière quelle les voyait ; c'est qu'en effet ces formes sensibles sont pour mettre à notre portée le monde surnaturel, les Anges, et les âmes des Bienheureux n’ayant pas de corps avant la résurrection. Sainte Catherine et sainte Marguerite accompagnaient visiblement, à son premier pas dans la carrière, celle qu’elles y préparaient depuis cinq ans ; l’Église victorieuse de làhaut assistait à une des plus hautes manifestations divines que la terre ait vues depuis les Apôtres. Sainte Brigitte, au livre IV de ses Révélations, chapitre civ, raconte une vision au sujet de la France qui n'est pas sans analogie avec celJe dont la Vénérable trace ici les linéaments. Elle sera analysée à la suite de la Chronique de Bower, qui la mentionne. Basin donne pareille explication dans son mémoire pour la réhabilitation; le passage a été déjà traduit (I, p. 346-7).
a Comment cet Ange se sépara-t-il devons, continuèrent les interrogateurs? — Il s'éloigna de moi, en celle (sic) petite chapelle; je fus bien courroucée (peinée) de son portement; je pleurais; je m'en fûsse volontiers allée avec lui ; c'est à savoir mon âme, — A son départ, restâtes-vous joyeuse, ou effrayée, ou en grande peur ? — Il ne me laissa pas en peur, ni effrayée, mais j'étais courroucée de son portement^, »
1, Interroguée de ceulx qui esloient en la compaignie de l’Angle (s'ils étaient) tous d’une mesme figure, respond : « Ils se entreressembloient voulcntiers les aucuns », et les autres non, en la manière qu’elle les véoit; et les aucuns avoient elles (a/as) ; et si en avoit de couronnés, et les autres non ; et y estoient en la compaignie sainctes Katherine et Marguerite, et furent avec l’Angle dessus dit, et les autres Angles aussi jusques dedans la chambre du roy. (Procès, p. 144.)
2. Interroguée comme celluy Angle se départit d’elle, respond : il se départit d’elle en celle petite chapelle ; et fut bien courroucée de son partement ; et plouroit ; et s’en fust
LE SIGNE DONNÉ AU ROI
Le mot celle suppose qu’elle avait parlé déjà de la chapelle, encore que le procès-verbal ne le dise pas. Elle avait dû en partir pour aller à la salle du trône. Après avoir été, ainsi, comme soulevée dans le ciel, toute pénétrée par la vertu de l’Ange qui possédait ses facultés, elle retombait dans l’état terrestre. Sa tristesse est très normale ; le regret que lui laisse la société céleste qui vient de la quitter, le désir de voir tomber l’enveloppe mortelle pour n’avoir pas à subir de si douloureuses séparations, n’ont rien que de très naturel. Combien la vallée de Texil doit être pesante à ceux qui ont ainsi entrevu un coin du ciel ! L^on s’explique certes bien que la Vénérable ait pleuré à la suite d’une telle transition. Elle nous a dit ailleurs qu’il n’en était pas autrement à la suite des visions de Domrémy.
« Est-ce que ce fut pour votre mérite que Dieu envoya son Ange? — Il venait pour grande chose ; ce fut en espérance que le roi crût le signe ^ pour que r on cessât de m* arguer ; et pour donner secours aux bonnes gens d" Orléans ^ et aussi pour les mériles du roi et du bon duc d'Orléans. — Pourquoi avez-vous été choisie plutôt qu’une autre? — Il plut à Dieu ainsi faire de se sewir d'une simple Pucelle pour rebouter les ennemis du roi^. »
C’était une grande chose que de relever la France, de la replacer sur ses bases chrétiennes, en lui montrant son vrai roi Jésus-Christ, les destinées qui l’attendaient si elle était fidèle ; il y avait quelque chose de plus grand encore, c’était de montrer aux âges naturalistes qui commençaient, un fait de l’ordre surnaturel aussi indéniable que le soleil, illuminant tous les enseignements chrétiens ; comme une nouvelle promulgation de l’Evangile; c’est ce que venait faire la Vénérable; il fallait que le roi se laissât persuader de mettre la Pucelle à l’œuvre, que son entourage cessât d’incriminer la jeune fille; c’était une condition préalable pour l’accomplissement de si grandes choses; la délivrance d’Orléans était la première de la série des merveilles à réaliser. Le roi en ce moment, a-t-il été établi, menait une vie très sainte, et la prière révélée était celle d’un saint. Le duc Charles d'Orléans était animé de grands sentiments de foi. La Vénérable n’ayant rien dit de ses mérites ou démérites, on urge la question, et Ton obtient une réponse qui rappelle
voulentiers allée avec luy, c’est assavoir son âme. — Interrof,mée se au parlement, elle demoura joyeuse ou efTrée et en grand paour, respond : « Il ne me laissa pas en paour ne effrée, mais esloie courroucée de son parlement. » (Ibid.)
i. Inlerroguée se ce fut par le mérite d’elle que Dieu envoya son Angle, respond :
« Il venoit pour grande chose; et fut en espérance que le roy creusl le signe, et que on laissai à la arguer, et pour donner secours aux bonnes gens d’Orléans, et aussi pour le mérite du roy et du bon duc d’Orléans. >»
Inlerroguée pourquoy elle, plus totqu’ung autre, respond : « Il pleust à Dieu ainsi faire par une simple Pucelle, pour rebouter les adversaires du roy. » (Procès^ p. 145.)
U VIERGE-GUERRIÈRE D'APRÈS SES AVEUX
les paroles du Magnificat. Il a plu à Dieu ainsi faire, c’est le fecit potentiam in brachia sua, de se servir d'une simple Pucelle, c’est le respexit humililatem ancillæ suæ, pour rebouter les ennemis du roi, c'efit le (teposuit patentes de sede.
« Vous a-t-il été dit où l’Ange avait pris cette couronne? — Elle a été appartée de par Dieu; il n'y a arfèvre au monde qui la stlt faire si belle, au si riche. Quant au lieu ait il Fa prise, je m'en rapporte à Dieu, et je ne sais pas autrement où elle fut prise. — Cette couronne Ûeurait-elle bon et avait-elle bonne odeur, n’était-elle point reluisante? — Je n’ai pas mémoire de cela, et je m'en aviserai. Je me souviens : elle sent bon et le sentira, mais qu'elle soit bien gardée, ainsi qu'il appartient. C'était en manière de couronne.
« L’Ange vous a-t-il écrit des lettres? — Non'. »
Qui n'admirerait la justesse et l’à-propos de la jeune fille qui, en continuant la parabole, répond d’une manière si vraie et si {)rofonde ? Le plus beau royaume après celui du ciel est le royaume de France, a dit Grotius; c’est ce que l’Ange apportait à Charles VIL Quoi de plus vrai que de dire qu’il n’y a pas orfèvre au monde qui puisse fabriquer pareille couronne, si belle et si riche; qu’elle est apportée de par Dieu; elle est fabriquée dans les conseils de l’étemelle prédestination, le plus insondable des mystères de la Providence. Dire avec Jeanne qu’on n’en sait pas le dernier mol, qu’on s’en rapporte à Dieu, que l’on n’en sait pas plus long, c’est faire sous une autre forme la réponse de l’Apôtre à la question de la prédestination : O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu! Qui fut son conseiller* !
La couronne de France sent et sentira bon, si elle est gardée comme il convient de garder le plus beau Ûeuron de la couronne de Jésus-Christ, roi des nations ! Les mains des rois, qui la gardaient bien, avaient le privilège de guérir les scrofules, c’est-à-dire les laideurs, les viles excroissances; quel parfum de vie elle répandait dans le monde, quand elle était sur la tète de Charlemagne et de saint Louis! Pourquoi tant de titulaires l’ont-ils si mal compris! Pourquoi ont-ils employé si souvent
1. Interroguée se il a esté dit à elle où l'Angle avoit prins celle couronne respond qu'elle a été apportée de par Dieu, et qu’il n’a orfaivre en monde qui la sceust faire si belle, ou si riche, et où il l’a prinst, elle s’en reporte à Dieu, et ne sait point autrement où elle fut prinse.
Interroguée se celle couronne fleuroit point bon et avoit bon odeur, et s’elle eetoit point reluisant, respond qu’elle n’a point de mémoire de ce, et s’en advisera, et après dit, elle sent bon, et sentira; mais qu’elle soit bien gardée, ainsi qu’il apartient, et estoit en manière de couronne.
Interroguée se l’Angle lui avoit escrit lettres, respond que non. [Procès, p. 145.)