Épitre aux Romains, ch. xi, v
LE SIGNE DONNÉ AU ROI
à des œuvres si peu chrétiennes le saint royaume que, d'après la Pucelle, ils possédaient en commende, et nullement pour la satisfaction d’une vile et égoïste ambition?
C'est, révérence gardée, une question saugrenue de demander si saint Michel écrit des lettres à une jeune fille qui ne sait ni A ni B. La question qui suit est plus sensée :
« Par quel signe le roi, les gens qui étaient avec lui, vous-même, fûtesvous amenés à croire que c’était un Ange ? — Le roi le crut par C enseignement des gens d'Èg/ise^ et par le signe de la couronne, — Comment les gens d’Eglise surent-ils que c’était un Ange ? — Par leur science et parce qu'ils étaient clercs^, »
Réponse d’une justesse admirable aussi, qui couvrait parfaitement le roi, la Pucelle, et montrait l’incompétence de l’inique tribunal. Le roi s’en est rapporté à l’enseignement des gens d’Église ; (î’est la sentence de Poitiers, d’après laquelle renvoyer la Pucelle, c'était s’exposer à résister au Saint-Esprit, faute qui aurait été aussi et plus encore celle de la jeune fille, si elle s’élait dérobée à sa mission ; le roi avait un autre motif, celui du signe de la couronne, ou la révélation des secrets : l’autorité de l’Eglise et le miracle. Les gens d’Eglise ont connu, parce que la science ecclésiastique fournit des marques pour discerner les vraies missions divines; ils possédaient cette science, et dans le cas, ils avaient la grâce pour en faire l’application; c’est la signification du mot parce qu'ils étaient clercs. Leur science valait la vôtre, et par l’archevêque de Reims leur autorité, d’égale à la vôtre, lui devenait supérieure. C’était donc encore une dénégation du droit de la juger qu’elle renouvelait, au moins implicitement.
Telles sont, d’après le procès-verbal authentique, les réponses de la Vénérable sur le signe donné au roi. Qu’une jeune fille, représentée par les documents comme la simplicité môme, ait pu les improviser si justes et si profondes, qui n’y verrait un signe d’inspiration? Il suffirait de quelques-unes d’entre elles pour mériter à un homme cultivé le renom d’homme d’esprit; que n’est-ce pas de leur ensemble?
Elles éclairent, à notre avis, la période écoulée entre l’arrivée à Chinon et la mise à l’œuvre. Elles montrent avec quelle prudence l’on procéda
1. Interroguéc quel signe eurent le roy, les gens qui estoient avec le roy, et elle de croire que c’estoit un Angle, respond que le roy le creust par l’enseignement des gens d’Église qui là estoient, et par le signe de la couronne. Interroguée comme les gens d’Église sceurent que c’estoit un Angle, respond : <( Par leur science, et parce qu’ils estoient clercs. » [Procès, p. 446.)
LA VIERGE-GUERRIËRE DIAPRÉS SES AVEUX
à Tacceptation de la céleste envoyée, et aussi l’idée si haute qu’elle se faisait de sa mission.
L’épais d’Estivet devait échafauder là-dessus plusieurs de ses incriminations. A l’article XXXI, comme preuve que l’accusée se contredisait, il lui reproche d’avoir révélé ce qu’elle avait dit ne devoir pas manifester, dût-on lui couper la tête, à savoir ce qui regardait son roi; Jeanne répondit : « Pour ce qui est de révéler le signe donné au roi, et autres choses contenues en F article, je puis bien avoir dit que je ne les révélerais pas ; mais j^ ajoute que dans les aveux faits (T abords il doit y avoir que je ne le révélerais pas sans le congé de Notre-Seigneur^. »
La prudence l’obligeait de parler ainsi ; mais par le fait elle n’avait rien révélé ; les auditeurs n’avaient rien compris de la nature du secret manifesté au prince, pas même si elle lui avait révélé une chose secrète. Ce n’est intelligible que pour nous qui connaissons la justesse de son allégorie.
Nous avons observé que, en fait, elle leur avait annoncé le 24 février que, dans quinze jours, elle leur dirait le signe; elle l’a dit en réalité, mais pas pour ceux qui, l’entendant, ne pouvaient pas le comprendre. C’est encore ici une imitation du Maître disant qu’il parlait en paraboles, en sorte que ceux qui entendaient n’entendaient pas, ne comprenaient pas*.
Pour donner quelque satisfaction à la curiosité de ceux en si grand nombre qu’intriguait la nature du signe* donné au roi, il est vraisemblable que l’on aura dit, même à Chinon, que la Pucelle avait apporté une couronne au roi. C’est probablement d’après cette donnée qu’aura été forgé un conte envoyé à Venise, et consigné par Morosini dans sa Chronique (III, p. 593).
A l’article LI, le promoteur ayant donné comme une invention de l’accusée, ou une illusion satanique, ce quelle avait dit d’un Ange apportant la couronne, la Vénérable répondit : « T ai répondu pour F Ange qui apporta le signe. Item j'ai répondu pour la couronne; et quant à la conclusion qu'en tire le promoteur, je m'en attends à Notre-Seigneur^. Et où la couronne fut faite et forgée^ je m'en rapporte à Notre^Seigneur. »
Dans l’article LX, le promoteur lui reproche d’avoir pris délai pour
1 . Quand à icelluy article, que à révéler le signe ou autres choses contenues enTarticle, elle peust bien avoir dit qu'elle ne le révéleroit point ; et adjoute que, en sa confession autrefois faicte, doit avoir que sans congié de Notre Seigneur ne le reveleroit. {Procès, p. 248.)