C’est une erreur
ÉBÉRIIARD DE WINDECKEN. 273
Dieu. Des gens de la Pucelle, il n’y eut pas plus de cinq hommes tués, et peu furent blessés.
« Plusieurs disent qu’on avait vu durant l’assaut deux oiseaux blancs sur ses épaules. Les Anglais qui étaient prisonniers assurèrent qu’il leur avait semblé que les gens de la Pucelle étaient beaucoup plus forts et plus nombreux qu’eux; et qu’ainsi ils n’avaient pu faire aucune résistance. Des Anglais, au nombre d’une trentaine, s’étaient enfuis sur un pont où ils se croyaient en sûreté, mais par un miracle de Dieu le pont rompit, et tous tombèrent dans Peau et se noyèrent.
Le dimanche matin, le jour suivant, les Anglais qui se trouvaient de laulre côté {de la Loire) s’en allèrent et abandonnèrent leurs fortifications, en voyant qu’ils étaient vaincus d’une manière si miraculeuse. Ils étaient trois mille hommes de guerre.
‘ Les gens de la ville voulaient les poursuivre et les exterminer. Mais la Pucelle ne voulut pas le permettre, parce que c’était dimanche, et ellemême se retira paisiblement.
« Ainsi Orléans fut délivré et le siège levé, et toutes les bastilles gagnées avec une grande quantité de provisions. Les Anglais se retirèrent dans la iNormandie, tout en laissant des garnisons dans les villes de Meung, Beaugency et Jargeau.
'< Après ces événements, la Pucelle, chevauchant avec ses gens, vint à Tours en Touraine. Le roi devait s’y trouver; la Pucelle y arriva plus tôt que le roi. Elle prit sa bannière en mains, et alla au-devant de lui. Quand ils se rencontrèrent ta jeune fille inclina sa tète vers le roi autant qu’elle le pouvait ; le roi la fit relever aussitôt, et l’on croyait qu’il l'aurait baisée de la joie qu’il ressentait. Cela se passait le mercredi avant la Pentecôte, et elle resta auprès de lui jusqu’apiès le vingttroisième jour de mai.
« Alors le roi tint conseil sur ce qu’il y avait à faire ; car la jeune fille voulait toujours le conduire à Reims, le faire couronner et proclamer roi. Le roi se rangea à son avis. 11 se mit en chemin dans l’espérance de soumettre Meung et Jargeau. Tel était le vouloir de Dieu, et cela arriva ainsi.
« Alors le duc de Bretagne envoya son confesseur vers la jeune fille pour lui demander si c’était de par Dieu qu'elle était venue secourir le roi. La jeune fille répondit : « Oui ». Alors le confesseur dit : « S’il en est ainsi, « mon maître, le duc de Bretagne, est disposé à venir pour aider le roi de « son service; » et il nommait le duc son droit seigneur. « 11 ne peut venir « de son corps {ajoutait-il) ^ car il est dans un grand état d’infirmité ; mais
il doit envoyer son fils aîné avec de grandes forces. » Alors la jeune fille dit au confesseur que le duc de Bretagne n’était pas son droit seigneur, IV. 18
LA VIERGE-GUERRIÈRE DANS LA CHRÉTIENTÉ
car le roi était son droit seigneur, et que le duc n’aurait pas dû attendre si longtemps pour envoyer ses gens aider le roi de leur service*.
« Un jour, quelque temps après, les Anglais vinrent en grande force ; la Pucelle le vit. Elle cria aux principaux seigneurs de monter leurs bons coursiers, et leur dit : « Allons^ voulons-notis chevaucher contre « eux? » Us demandèrent ce qu’ils allaient chasser, et la Pucelle leur dit qu'ils chasseraient les Anglais, et ainsi tous se mirent en selle, et chevauchèrent avec la Pucelle et avec ses gens. Mais aussitôt que les Anglais la virent, ils prirent la fuite ; les archers jetèrent leurs arcs et leurs flèches, et la plupart furent tués.
« Après cela elle se mit en chemin pour conduire le roi à Reims, et les villes, incapables de résister à la Pucelle et à ses gens, se soumettaient toutes. Plusieurs envoyaient bien l’espace de deux milles au-devant du roi lui apporter les clefs. Ainsi firent Troyes, Châlons et d’autres encore. Le roi est ainsi arrivé à Reims, et y a été sacré.
« La Pucelle pensait aussi faire entrer le roi à Paris, et elle ne craignait en aucune manière la puissance soit du duc de Bourgogne, soit du Régent, car elle avait dit que Dieu Notre-Seigneur a plus de pouvoir qu’eux, et qu’il la secourrait, et que si le duc de Bourgogne et le Régent amenaient plus de gens contre elle, il y en aurait un plus grand nombre de tués; ce qu’elle était prête à garantir à condition qu’on ne prendrait rien à personne, et qu’on ne ferait aucune violence aux pauvres gens*.
« Il y avait toujours assez de provisions avec elle, et aussi longtemps qu’elle chevaucha dans cette chevauchée, les vivres ne manquèrent pas dans le pays*.
« Ce fut pour la première fois au commencement de l’année 1429 que la nouvelle certaine se répandit de vers la France qu’une jeune fille était venue de la Lorraine vers le Dauphin dans le royaume de France et lui avait parlé pendant que les Anglais étaient là en grande force, et que la jeune fille les en avait chassés avec l’aide du Dieu Tout-Puissant et de la Vierge-Marie ; ainsi que tu as lu ci-dessus (tu peux voir), combien
1. La Pucolle revendiquait ainsi la suzeraineté du roi de France sur la Bretagne, et blâmait la fidélité intermittente de Jean VI, qui, au mieux de ses intérêts, était tantôt Armagnac, tantôt Anglo-Bourguignon.
2. C’est ce qu’elle avait imposé tout d’abord, et, écrivait Pancrace Justigniani, sous peine de mort. Si elle l’obtint au début, il semble qu’il n’en fut plus ainsi à mesure que son armée grossissait, et que son autorité était sapée par ceux qui gouvernaient le roi.
3. C’était cependant le motif mis en avant pour revenir sur la Loire, encore que les peuples empressés à redevenir Français n’élevassent pas de plaintes bien sensibles contre les déprédations. Ce fut précisément après le retour sur la Loire qu’elles furent si excessives que des contrées entières très fertiles en furent dépeuplées. Les chroniqueurs sont unanimes pour l’attester.