‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 133 sur 296 · LETTRE DE DEUX ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LETTRE DE DEUX ALLEMANDS

elle voyait dans l’avenir, et comme elle Rt tout cela par la volonté de Dieu. »

LETTRE ÉCRITE VERS LA FIN DE JUIN 1429 PAR DEUX ALLEMANDS ALORS EN FRANCE.

Cette lettre, nous apprend Quicherat, fut découverte dans un manuscrit de la bibliothèque de Stuttgard, par le bibliothécaire, M. Pfeiffer, qui la publia en 1847 dans le Serapeum de Leipsik. L’on ne connaît que le nom des signataires, et l’on ignore celui du destinataire. Quicherat pense que c’est un prince ou une ville dont les auteurs de la lettre auraient été les agents.

L'absence de l’adresse, des formules ordinaires du commencement et de la Rn, montre que nous n’avons qu’une copie, qui semble défectueuse dans quelques passages. Cette copie est le fragment d’une lettre d’où l’on a extrmt ce qui regarde la Pucelle. En voici la traduction :

c D’abord la Pucelle vint devant Orléans le vingt-cinquième {le 29*) jour avant mai, et entreprit d’assaillir les boulevards, et de s’emparer des fortiRcations élevées par les Anglais devant Orléans. Avec elle était le bâtard d’Orléans, le sire de Boussac, maréchal de France, le baron de Coulonces, le seigneur de Rais. Ces seigneurs avaient tous une belle suite de guerriers bien armés, et d’archers ; ils avaient en même temps avec eux beaucoup d'hommes du commun. Aussitôt qu’ils vinrent devant la ville, ils s’emparèrent par un vigoureux assaut d’une des bastilles nommée Saint-Loup, où se trouvaient beaucoup d’Anglais ; ils les mirent tous à mort et pas un n’échappa. A peine se furent-ils emparés de cette bastille que les Anglais qui se trouvaient dans deux autres bastilles se mirent à fiiir. L’une de ces bastilles s’appelait Saint-Jean-le-Blanc, et l’autre était près d’un pont entre deux eaux ; ils se précipitèrent au dehors en y mettant le feu, et ils se réfugièrent dans une autre bastille très grande et très forte appelée Portereau {les Tourelles). Ensuite, le 27 {le 7) du même mois, ce même fort du Portereau fut assailli des deux côtés. L’assaut fut vigoureux et horriblement fort; il dura du matin jusqu’à six heures après midi. Pendant tout ce temps, la Pucelle tint sa bannière en mains. Beaucoup d’Anglais furent tués ; peu échappèrent ; tous furent tués ou faits prisonniers. Ensuite, le 28 {le 8) du même mois, les Anglais des autres bastilles se préparèrent à abandonner leurs fortiRcations et ouvrages du siège. Ces bastilles s’appelaient l’une Paris, l’autre Rebou {Rouen), une troisième Saint-Pax {Pouair) ; et ils s’enfuirent de nuit.

« La Pucelle alla ensuite vers le roi qui la reçut solennellement dans la

LA VIERGE-GUERRIÈRE DÀNS LA CHRÉTIENTÉ

ville de Tours. Elle repartit, et avec elle le duc d’Alençon, le sire de Vendôme, le bâtard d’Orléans, le maréchal de France, l’amiral et beaucoup d’autres capitaines, en nombreuse compagnie de chevaliers, d’écuyers, et aussi un grand nombre d'hommes du peuple gui les suivaient à pied. Ils vinrent devant une ville qu’on appelle Jargeau, le 6 juin ; ils y campèrent la nuit et la matinée du jour suivant jusqu’après deux heures après midi. Us commencèrent à donner Tassant avec beaucoup de vigueur et d'entrain. Une bastille se trouvait près d’un pont devant la ville. L’assaut dura jusqu’à quatre ou cinq heures avant la nuit. La bastille fut enlevée et y furent tués cent seize Anglais, chevaliers et écuyers gentilshommes Anglais d’origine. Le comte de Suffolk, de Pôle et son frère furent faits prisonniers. La Pucelle, durant tout ce temps, se tenait dans la mêlée intrépidement et vaillamment avec sa bannière, sans reculer et sans prendre de repos. Ce fut aussi un assaut sanglant, acharné, tel qu’on n’en livre pas de pareil. Des pierres furent jetées sur la Pucelle, sans qu’elle en reçût aucun mal, par la protection de Dieu qui la préserve. 11 y avait bien cinq cents combattants dans la place ; des Anglais tous furent tués, pas un n’échappa, si ce n’est les trois seigneurs nommés plus haut qui furent faits prisonniers.

« Présentement le roi est sur les champs avec la Pucelle ; il veut chasser les Anglais du pays ; car la Pucelle lui a promis qu’avant la Saint-Jean- Baptiste de Tan 29, il sera impossible de voir en France, soit en armes, soit en marche, un seul Anglais, si courageux et si vaillant soit-il. Après, le 18 du même mois, la Pucelle vint avec le roi et sa suite devant Beaugency ; les Anglais viennent désireux de la combattre ; c’est ce que la Pucelle désirait de tout son cœur; on s’est battu devant la ville, et par le secours de Dieu la Pucelle a gagné la bataille ; plus de quatre mille et moins de cinq mille Anglais y ont été défaits ; trois grands capitaines y ont été pris, Talbot, le sire de Scales et Fastolf.

« Datum le ... du mois de juin 1429.

(( Le comte Vaste.

« Jean Rottenbot. »

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