‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 15 sur 296 · Mat. XIII · texte numérisé non relu

Mat. XIII

3. Respond qu'elle arespondu de l'Angle qui apporta le signe... item de la couronne, dit qu'elle en a respondu. Et de la conclusion de l'article que le promoctcur meict contre ses fais, s’en actend à Dieu Nostre Seigneur. Et où la couronne fut faicte et forgée, s'en raporte à Nostre Seigneur. (Procès, p. 284.)

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LE SIGNE DONNÉ AU ROI

répondre, d’avoir hésité h le faire, ou de ne l’avoir pas fait. La réponse de la Vénérable fut celle-ci : « Je n'ai pris délai que pour répondre plus sûrement à ce que Ton me demandait. Quant à ce qui est dit que je craignais de répondre, j'ai demandé délai pour savoir si je devais répondre à ce qui m'était demandé. Pour ce qui est du conseil du roi, je n'ai pas voulu le révéler, parce que cela ne regarde pas le procès. Quant à ce qui est du signe dorvné au roi, je lai dit parce que les gens d'Église m'ont condamnée à le dire »

Sagit-il ici des gens d’Église du tribunal de Rouen, ou des gens d’Église de Chinon? Dans le premier cas, elle ne l’a pas dit, car l’allégorie que Ton vient d’entendre ne leur révélait nullement la nature du signe; dans le second, nous savons comment la Pucelle s’est laissée amener à révéler devant quelques témoins ce que d’abord elle n’avait dit qu'au roi.

Le 2 mai, cette question fort captieuse lui fut adressée : « Pour ce qui est du signe baillé à votre roi, voulez- vous vous en rapporter à l’archevêque de Reims, au sire de Boussac, à Charles de Bourbon, à La Trémoille, à La Hire? Vous avez dit que la couronne leur fut montrée, au moins à quelques-uns d’entre eux, qu’ils étaient présents quand l’Ange apporta ladite couronne, et qu’il la bailla audit archevêque ; ou voulezvous encore vous en rapporter à d’autres de votre parti qui écriront sous leurs sceaux ce qui en est? — Baillez-moi un messager; je leur écrirai de tout ce procès. Je ne veux pas m'en rapporter autrement à eux *. »

11 est bien manifeste qu’elle ne pouvait pas accepter qu’on leur demandât s’ils avaient vu un Ange apporter une couronne du ciel, alors qu’elle entendait le mot couronne dans un sens métaphorique. Aussi n’accepta-t-elle que la manière qu’elle indique de s’en référer à leur assertion.

Ceux qui gouvernaient Charles VII avaient d’étroites intelligences à la cour anglo’bouiguignonne. Il est fort probable que leurs amis anglo-

1. Respond qu’elle n’a point prins délay, fors (si ce n'est pour) plus seurement respondre ad ce que on luy demandoit. Et quand à la conclusion, dit qu’elle doubloit respondre, a prins délay pour scavoir s’elle devoit dire. Item dit que, quand au conseil de son roy, pour ce qu’il ne touche point le procès, elle ne l’a point voulu révéler. Et du signe baillé au roy, elle l’a dit, pour ce que les gens d’Ëglise l’ont condampnée à le dire. (Procès, p. 306.)

2. Interroguée se du signe baillé à son roy, s’elle se veult rapporter à l’arcevesque de Rains, aisné (sire?) de Boussac, Charles de Bourbon, La Trémoulleet La Hire, auxquieulz ou aucun d’eulx elle autresfois a dit avoir monstré cette couronne, et qu’ilz estoienl présens, quant l’Angle apporta ladite couronne, et la bailla audit arcevesque; ou s’elle se veult rapporter aux autres de son party, lesquieulz escripsent soubz leurs seaulz qu’il en est, respond : « Baillez un messagier et je leur escriprai de tout ce procès. » Et autrement ne s'i est voulu croire ne rapporter à eulx. {Procès, p. 396,)

bourguignons leur auront fait savoir ce que l’accusée disait de la couronne. Ceux qui jalousaient Jeanne ont dû répondre que ce n’était là qu’un conte; quelques documents vont jusqu’à affirmer qu’ils auraient poussé les Anglais à la faire mourir. C’est ce qu’on peut lire dans la Chronique de Tournay (III, p. 229) et la Chronique Morosini {Ibid.,

Le 9 mai on y revint d’une manière plus concrète. « Vous avez dit du signe de la couronne que cette couronne a été baillée à l’archevêque de Reims ; voulez-vous vous en rapporter à lui ? — Faites-le venir et que je r entende parler, et puis je vous répondrai ; il n'oserait pas dire le contraire de ce que je vous en ai dit'. »

Dans un tête-à-tête, la Vénérable lui aurait sans doute expliqué le sens de ses paroles. Encore que le mot il n'oserait pas ne soit pas une preuve de complicité entre l'abominable tribunal et le chancelier, il ne laisse pas que de surprendre, surtout lorsqu’on le rapproche des lettres écrites par le prélat à l’échevinage de Reims (III, p. 263). Les trêves si désastreuses conclues à la suite du sacre, et si fort improuvées par la céleste envoyée, étaient l’œuvre de Régnault de’ Chartres.

D’après les actes posthumes du Procès, la martyre, le matin du supplice, se serait expliquée sur ce qui vient d’être rapporté du signe donné au roi. Les actes posthumes ajoutés par Cauchon, non contresignés par les grefflers, sont dénués de toute autorité : nullius roboris sunt, dit Bréhal. Sont-ils contraires à l’exposition qui vient d’être faite? Examinons. Cauchon prétend alléguer l’autorité de sept témoins. D'après Martin Ladvenu, Maurice Toutmouillé, Loyseleur, elle aurait dit que la couronne n’était qu’une allégorie par laquelle elle désignait la promesse faite au roi de le faire couronner ; il n’y a là rien que de conforme à nos interprétations; d’après ces mêmes témoins, elle aurait dit encore qu’ellemême était l’Ange. Elle pouvait se donner ce titre : elle était une envoyée, elle parlait au nom de l’Ange qui l’avait suscitée; mais a-t-elle nié l’apparition des Anges au moment où elle dévoilait les secrets? Loyseleur l’affirme : nec fuerat alius Angélus •, c’est le témoignage d’un émule de Judas Iscariote, il n’y a pas à en tenir compte. Celui qui, durant le procès, avait voulu se cacher derrière des rideaux pour falsifier les réponses de

l. Du signe de la couronne qu'elle dit avoir esté baillé à l'arcevesque de Bains, inlerroguée s’elle s’en veult rapporter à luy, respond : « Faictes-le y venir, et que je l’oye parler, et puis je vous respondray; ne il ne oseroit dire le contraire de ce que je vous enay dit. » (Procès, p. 401.)

LE SIGNE DONNÉ AU ROI

l’accusée était encore plus à Taise pour falsifier des paroles dites en dehors des séances solennelles ; ce n’est pas la seule fausseté manifeste de la déposition produite sous son nom.

Yendères au contraire, dans ces mêmes actes, dépose que Jeanne affirmait, devant sept témoins, avoir vu de ses propres yeux et entendu de ses propres oreilles les apparitions dont il est fait mention dans le procès, par suite les apparitions au moment où elle donnait le signe au roi*.

Pierre Maurice, le premier qui, le matin du supplice, se rendit à la prison, dépose que, l’ayant interrogée sur l’Ange porteur de la couronne, il en reçut pour réponse qu’elle-même était cet Ange. Il poursuivit son interrogatoire sur la couronne, et sur la multitude des Anges qui l’accompagnaient, etc., et Jeanne répondit que c’était vrai, et que les Anges lui apparaissaient sous la forme d’objets très ténus. Il insista et demanda si l’apparition était bien réelle; elle répondit que oui, qu’elle était bien réelle, disant : soit bons, soit mauvais esprits, ils m’ont apparu.

Toulmouillé, le compagnon de Martin Ladvenu, dépose avoir entendu Pierre Maurice dire en latin à Martin Ladvenu que Jeanne avouait que ses réponses sur la couronne étaient une allégorie, et que TAnge c’était elle-même.

Nous possédons la déposition juridique de Ladvenu au procès de réhabilitation. Il affirme de la manière la plus explicite que Jeanne fut toujours convaincue de la vérité et de la divinité de ses révélations. On lui fait dire dans les actes posthumes qu’à l’interrogation si elle avait eu réellement des révélations et des apparitions, Jeanne avait répondu que oui, et qu’elle l’avait maintenu jusqu’à la fin... Elle disait qu’ils venaient en grande multitude, mais en forme très ténue (in magnà mxiU tilndine et quantiiate minimâ)... D’elle-môme, et sans y être contrainte, elle a dit qu’il n’y avait pas eu d’Ange qui eût apporté la couronne au roi, mais qu’elle-même avait été cet Ange, qui avait assuré son prétendu roi qu’elle le ferait couronner à Reims, si elle était mise à l’œuvre, et qu il n’y avait pas eu d’autre couronne*.

Il en résulte que les actes posthumes, la déposition de Loyseleur excep-

1. Ipsa Johanna dicebat et confitebatur quod ipsa viderai et audierat propriis oculis et auribus, voces et apparitioiies de quibus fit mentio in processu. [Procès^ p. 478.)

2. Inquirebant ab eâ utrùm verum erat quod ipsas voces et apparitiones habuissel et ipsa respondebat quod sic, et in illo proposito coiilinUavit usque ad finein... Veniebant in magnà muUitudine et in quantiiate minimâ... Nullus fuit Angélus qui diclani coronam deferebat... imo ipsamet Johanna fuerat Angélus quæ... promiserat quod... ipsum faceret coronare Remis, nec fuerat alia corona ex parte Dei missa. {Procès^ p. 478-479.)

tée, loin de démentir l'interprétation qui vient d'étre donnée des réponses de Jeanne, la confirment et la corroborent.

Ces réponses sont vraiment admirables et supposent une véritable inspiration. Même parmi les esprits les plus cultivés, en trouverait-on beaucoup, en trouverait-on un seul qui fût en état d’improviser une suite de réponses si justes, si profondes dans le sens allégorique, alors qu’il est pressé par des questionneurs qui prennent dans le sens propre ce qu’il n’entend que dans un sens figuré, ainsi que les tortionnaires auraient dû le comprendre par plusieurs paroles de l’accusée ?

Observons encore que la Vénérable a parfaitement tenu le serment de ne jamais révéler le signe donné au roi. Que l’on relise ses paroles, même les explications consignées dans les actes posthumes, il n’y a pas le moindre indice de l’objet de la prière faite par Charles VII ; il n’est pas même fait la moindre allusion à une prière quelconque.

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