L’ÉPÉE. — LA BANNIÈRE. — LE VÊTEMENT
Sommaire : 1. — Épée de Fierbois. — Demandée par Jeanne. — Circonstances de la découverte. — Les trois fourreaux. — Ni bénite, ni mise sur Fautel. — La Vénérable ne la portait pas lors de sa prise; ne l’avait pourtant pas offerte à Saint-Denis. — L’épée offerte à Saint-Denys gagnée devant Paris. — Pourquoi Jeanne portait l’épée prise sur un Bourguignon. — Refus de répondre sur ce qu’était devenue l’épée de Fierbois. — Les diverses épées connues de la Pucelle. — De l’épée que, durant plusieurs siècles, on montrait à Saint-Denys. — Où fut brisée l’épée de Fierbois. — Symbolisme.
II. — La Bannière : détails. — Quarante fois plus chère que l’épée. — Faite par ordre de Notre -Seigneur. — Jeanne n’a jamais donné la mort, mais elle a frappé. — Les panonceaux des hommes d’armes. — « Entrez hardiment parmi les Anglais. » — Diverses questions saugrenues : le conte des papillons. — Les Saintes avaient ordonné à la Vénérable de prendre l’étendard. — Rien ne s’y trouvait que par commandement de Notre-Seigneur. — Ordre de le porter hardiment en son nom. — Tout, dans la Vénérable, est à Notre-Seigneur. — Belles paroles d’amour et de confiance en Notre-Seigneur. — Pourquoi l’étendard à l’honneur à Reims. — Complément des détails donnés par la Vénérable. — La signification de l’étendard.
III. — Vêtement viril. — Question capitale dans le procès, minime aux yeux de l’accusée. — Pris sur l’ordre de Dieu. — Interrogations diverses. — incriminations de d’Estivet. — Explications.
A la séance du 27 février la question suivante fut posée à l’accusée : « Avez- vous été à Sainte-Catherine de Fierbois? — Oui... (elle dit que de Fierbois elle a écrit au roi, et elle ajoute) : Je portais alors une épée que ] avais prise à Vaucouleurs. Pendant que j'étais à Tours ou à Chinon, j'envoyai chercher une épée qui était dans l'église de Sainte-Catherine de Fierbois y derrière t autel; elle fut promptement trouvée; elle était toute couverte de rouille. — Comment saviez-vous que cette épée était là? Cette épée rouillée avait cinq croix. J'ai su parles voix qu'elle était là; je n'avais jamais vu un homme qui fût la chercher. J'écrivis aux ecclésiastiques de ce lieu de vouloir bien me faire cadeau de cette épée, et ils me t envoyèrent. Elle n'était pas beaucoup sous terre derrière Fautel y à cc qu'il me semble; je ne sais pas proprement si elle était devant ou derrière t autel; je crois cependant avoir écrit qu'elle était derrière [autel. Cette
épée trouvée, les ecclésiastiques du lieu la frottèrent, et aussitôt la rouille tomba sans effort. Ce fut un armurier de Tours qui alla la chercher. Les ecclésiastiques de Fierbois me donnèrent un fourreau, et aussi ceux de Tours; ils firent faire deux gaines ; Tune en velours vermeif T antre en drap (T or, fen fis faire une autre de cuir très fort. Quand je fus prise, je n'avais pas cette épée. Je la portais continuellement dès que je t eus, jusqu à ce que je me retirai de Saint-Denys, après V assaut contre ParisK
« Quelle bénédiction avez-vous faite ou fait faire sur celte épée? — Je n'ai jamais fait,^ ni fait faire bénédiction sur cette épée; je n'aurais pas su faire quoi que ce soit. J'aimais cependant beaucoup cette épée parce qu'elle avait été trouvée dans t église de Sainte- Catherine de Fierbois que j'aimais beaucoup. — N’avez-vous pas été à Coulange-les-Vigneuses? — Je ne sais pas. — N’avez- vous pas placé quelquefois votre épée sur l’autel ? — Non pas que je sache dans le but de la rendre plus fortunée. — N’avez-vous pas fait et fait faire des prières pour que cette épée fût fortunée? — Il est bon de savoir que j'aurais voulu que mon harnais (mon armure) fiit fortuné. — Aviez-vous cette épée quand vous avez été prise? — Non, j'avais une épée prise sur un Bourguignon.
« Où est restée cette épée, et dans quelle ville? — J'offris une épée et une armure à Saint-Denys; mais ce ré était pas cette épée. J'avais cette épée à Lagny ; mais de Lagny je portai tépée du Bourguignon dont je viens de parler ; et cela parce que c'était une bonne épée de guerre., bonne pour donner de bonnes buffes et de bons torchons. Dire où je t ai laissée.,
1. Interrogata an ipsa fuerit apud sanctam Calharinarn de Fierbois, respondit quod sic... item dicit quod habebat unum ensem quem cepit apud villam Valliscoloris.
Dixit eliam, dum esset Turonis vel in Chaynone, gallicè à Chinon, misit quæsitum unum ensem existentem in ecclesia Sanctæ Katharinæ de Fierbois rétro altare, et statim post fuit repertus.
interrogata qualiter sciebat ilium ensem ibi esse, respondit quod ille ensis erat in terra rubiginosus, in quo erant quinque cruces; et scivit ipsum ibi esse per voces, nec unquam viderat hominem qui ivit quæsitum prædictum ensem ; scripsitque viris ecclesiasticis illius loci quatenùs placeret eis ut ipsa haberet ilium ensem ; et ipsi miserunt eum. Nec erat multum sub terrà rétro altare, sicut ei videtur; tamen nescit propriè an erat antè altare, vel rétro, sed existimat se scripsisse tune quod prædiclus ensis erat rétro altare.
Dicit etiam quod statim postquam prtTdictus ensis repertus est, vîri ecclesiastici illius loci confricaverunl eum, et illico cecidit rubigo sine violentia; et fuit unus mercator armorum de Turonis qui ivit quæsitum; dederuntque ipsi viri ecclesiastici illius loci vaginam ipsi Johannæ, et iili etiam de Turonis simul cum ipsis, feceruntque fieri duas vaginas, unam de vellere rubeo, gallicè de velours vermeil; et aliam de panno aureo, et ipsa fecit fieri aliam de corio benè forti.
Dicit tamen quando ipsa fuit capta non habebat ilium ensem. Dicit etiam quod continué portavit sæpedictum ensem, postquam habuit, donec recessit à Sancto Dionysio post insultum Parisiensem* [Procès, p. 76-77.)
L'ÉPÉE DE L\ PUCELLB,
cela ne regarde pas le procès^ et je ne répondrai pas présentement sur cela. Mes frères sont en possession de mes biens^ de mes chevaux^ de fnon épée^ à ce que je crow, et (T autres choses dont la valeur dépasse douze mille écus'.
Au 17 mars, à la question : « Quelles armes offrîtes-vous à Saint-Denys en France », elle répondit : « J'offris un harnais blanc entier tel qu il convient à un homme d armes,, avec une épée. Cette épée,, je l'avais gagnée devant Paris.
« De quoi servaient les cinq croix qui étaient en Tépée que vous avez trouvée à Sainte-Catherine de Fierbois? — Je n'en sais rien', »
Nous connaissons de la Libératrice les épées suivantes : celle dont Baudricourt la munit au départ de Vaucouleurs, celle qu’elle fit prendre à Fierbois; le duc de Bretagne lui envoya une dague après la délivrance d'Orléans; la guerrière conquit dans ses escarmouches devant Paris celle qu’elle offrit à Saint-Denys; la ville de Clermont lui expédia deux épées et une dague; elle conquit sur un Bourguignon l’épée qu’elle porlait à Compiègne.
Dans son histoire de l’abbaye de Saint-Denys, dom Doublet écrivait (1626) : « Saint-Denys ayant été repris,... les armesdelaPucelle furent oslées,et l’espée seule demeura avec sa ceinture de buffle, dont les annelets,
1. Interrogata qualem benedictionem fecit, aut fecit fieri super ensem prædictum, respondit quod nunquam fecit ibi nec fecit fieri quameumque benedictionem, nec scivisset aliquid facere. Item dicit quod benè diligebat ilium ensem quia repertus erat in ecclesià Beatæ Katharinæ quam benè diligebat.
interrogata an ipsa fuit apud villam de Conlenges-les-Vignetises, respondit quod aescit. Interrogata utrum posuerit aliquandù ensem suum super altare, respondit quod non quod ipsa sciât, ita quod posuerit ut esset meliùs fortunatus. Interrogata an unquam fecerit deprecationem ad hoc quod ille ensis esset meliùs fortunatus, respondit : « Bonum est scire quod voluissem harnesium meum, gallicè mon harnais, fuisse benè fortunatum. »
Interrogata an habebat ensem suum, quando capta fuit, respondit : quod non, sed habebat quemdam ensem qui fuerat captus suprà unutn Burgundum*
Interrogata ubi remansit ille ensis et in quà villà, respondit quod obtulit Unurn ensem in Sancto Dlonysio et arma, sed non fuit ille ensis. Item dicit quod habebat ilium ensem in Latigniaco, et de Latigniaco portavit ensem illius Burgundi supradictl ad Compendium, quia erat bonus ensis guerræ et bonus ad dandum bonas alapas et bonos ictus, gallicè de bonnes buffes et de bons torchons, Sed dicit quod dicere ubI dimisit, non perlinet ad processum et non respondebit de hoc pro nunc. Dicit ultrà quod fratres ejus habent bona sua, equos ensem, prout crédit, et alia quæ valent plusquàm Xll millia sculorum. (Procès, p. 77. Quicherat a fait une légère faute qui a été corrigée d’après les trois manuscrits.)
2. Interrogata qualia arma obtulit in ecclesià Sancti Dionysii in Francia, respondit quod obtulit album harnesium suum, gallicè un blanc harnoys, integrum, taie sicut uni homini armorum congruit, cum uno ense quem lucrata est coram villa Parisiensi... Interrogata de quo deserviebant illæ quinque cruces quæ erant in illo ense quem reperit apud sanctam Katharinam de Fierbois, respondit quod de hoc nihil scit. {Procès, p. 179.)