‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 153 sur 296 · ANTOINE BECCADELLI DIT LE PALER3I1TAIN · texte numérisé non relu

ANTOINE BECCADELLI DIT LE PALER3I1TAIN

Le dépit, le désir de se venger ont inspiré l’épigramme suivante, qui n’en reste pas moins un éloge pour la Vénérable, en dépit des sentiments qui l’ont dictée. Elle a été découverte par M. Mercati, qui l’a publiée

en même temps que la lettre de Raymond de Crémone dans les Sludi e documenti de décembre 1894.

On a vu par la lettre de Raymond de Crémone que Ton disputait à Milan s’il fallait croire aux nouvelles qui arrivaient de France sur la Pucelle. Les notables de la ville résolurent d’envoyer un député s’en informer, et ils jetèrent les yeux sur le franciscain Antonio di Rho, un humaniste et un prédicateur zélé pour la pureté des mœurs. Le moine avait poursuivi des invectives de son zèle les œuvres d’Antonio Beccadelli, un humaniste obscène, dont les productions avaient été condamnées par le Saint-Siège, et publiquement brûlées. Antonio Beccadelli, outré de l’honneur que la délégation de la ville de Milan conférait au franciscain son ennemi, fit les vers suivants : c’est Jeanne la messagère céleste qui s’adresse aux pères conscrits de Milan.

Johanna, Dei nuntia^ ad Patres conscriptos Urbis Mediolani,

Dicite io, patres, quænam hæc sententia vestra est?

Ecquis honor in me ? Turpe est ad me mittere monstrum

Raudcnse...

Non datur impuris faciem spectare dearum.

Vos tandem moneo, patres; hanc ilectite mentem,

Quæque agitis, sunto longé prospecta, quod hoc est :

Me nunquam oratori huic responsa daluram ;

Non benè conveniunt pudor et sceliis, agnus et hostis.

Traduction : Jeanne^ la messagère de Diett^ aux sénateurs de Milan.

« Dites donc, ô pères conscrits, à quoi pensez-vous? Où est l’honneur qui m’est dû ? C’est une honte que vous me députiez le monstre de Rho. Les hommes souillés n’ont pas le droit de voir la face des divinités. Je vous avertis, pères conscrits, changez d’avis ; voyez ce qui sera la conséquence de votre résolution. Sachez que je n’adresserai jamais la parole à votre ambassadeur. Il ne saurait y avoir accord entre l’innocence et le crime, entre l’agneau et son ennemi. »

Ce n’est pas le seul exemple qui prouve que la culture des lettres païennes n’était pas une école d’urbanité et de politesse.

Antonio de Rho auraitfait allusion, d’après le D** Mercati, à ces insultes de Beccadelli, dans une de ses pièces où il dit: « Ta parole infâme ne saurait rompre le conseil des dieux; » et encore: « Qu’il se relise, compte les pieds de ses vers quand il en forge, et que sa fureur ne s’étende pas jusqu’à la métrique :

Sic divas frangere mentes

Vox tua spurca nequit

Perlegat, atque pedes numerel dum carmina cudit.

Et encore :

Nec furor involvat metrum...

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