‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 154 sur 296 · BALLADE CONTEMPORAINE DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

BALLADE CONTEMPORAINE DE LA PUCELLE

La pièce suivante n'est connue que depuis 1891. M. Paul Meyer la découvrit dans le feuillet de garde du dossier d’un procès que soutenait la ville de Romans. Le procès ayant été terminé en 1431, il est très vraisemblable que c’est vers cette époque que l’on en aura réuni les pièces, qui depuis lors auront reposé dans les archives de Romans, jusqu’à ce qu’elles soient passées dans les archives départementales de la Drôme, à Valence. En voulant explorer le procès, l’attention de Térudit chercheur fut attirée sur l’enveloppe, où il recueillit le chant populaire que l’on va lire, et qu’il publia en 1892, dans la revue Romanta, page 51.

Le Dauphiné était l’apanage du roi de Bourges que les ennemis appelaient aussi le Dauphin Viennois. Charles y comptait de chaleureux partisans. Il suffit de rappeler ce que nous avons dit de Mathieu Thomassin, dans le volume de la Libératrice^ de Jacques Gelu, archevêque d’Erobrun, dans la Pucelle devant F Église de son temps. La victoire d’Anthon (11 juin 1430), avait exalté les cœurs français, et c’est probablement à la suite qu’aura été composé le chant qui suit :

Arrière, Ënglois coués ' , arrière.

Votre sort si * ne règne plus,

Pensez d’en troquer la bannière Que bons Français ont rué jus,

Par le vouloir du roy Jésus Et Jeanne la douce Pucelle ;

De quoy vous êtes confondus,

Dont c’esi pour vous dure novelle.

De trop orgueilleuse manière.

Longuement vous êtes tenus ;

En France est vous [votre) semel(i)ère, Dont vous êtes pour foulx tenus; Faucement y êtes venus,

Mes, par bonne juste querelle Tourner vous en faut tous camus.

Dont c’est pour vous dure novelle.

Or esmaginés quelle chière Font ceulx qui vous ont soutenus Despuis vostre emprise première ;

Je croy qu’i sont mors ou perdus, Car je ne voys nulle ne nus Qui de présent de vous se mesle.

Sinon chétifs et malotrus,

Dont c’est pour vous dure novelle.

Pour vous (vos) gages, il est conclu, Ayez la goutte et la gravelle.

Et le coul taillé rasibus.

Dont c’est pour vous dure novelle.

\ . Portant queue, caudati. Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’origine de cctle qiialification attribuée aux Anglais, et qui leur déplaisait fort.

2. Votre fortune ne donne plus des lois, les Français en ont abattu la bannière.

U VIERGE-GUERRIÈRE D’aPRÈS LES POÈTES DE SON TEMPS.

ANTOINE ASTÉSAN.

Antoine Astésan, a-t-il été dit (II, p. 24i), sur la foi de Quichcrat, traduisit en hexamètres la lettre de Boulainvilliers à Philippe Visconti. C'est inexact, c’élait pour le duc d’Orléans ; et le poème ne fut pas composé en 1430, mais en 1435.

Antoine naquit sujet du duc d’Orléans, Asli, sa ville natale, faisant partie de la dot de Valentine de Milan, mère du prisonnier de Londres. 11 eut pour père un notaire d’Asti et vint au monde en 1412. Après avoir étudié à Turin et à Pavie, il ouvrit un cours de belles-lettres dans sa ville d’origine. Lors de la visite que Charles d’Orléans fit en 1449 à sa possession d’au delà des Alpes, le professeur de belles-lettres gagna les. bonnes grâces d’un prince qui les cultivait. Le duc d’Orléans amena l’humaniste en France; et Astésan traduisit envers latins les poésies françaises, si gracieuses, de Charles d^Orléans. La traduction n’a pas été imprimée; la bibliothèque de Grenoble en possède un manuscrit signalé par Champollion-Figeac.

M. Herluison édita, en 1874, avec une traduction, le poème d’Aslésan sur la Pucelle. Jusqu’à la délivrance d’Orléans, c’est la lettre de Boulainvilliers en hexamètres. Le poète profite de cette délivrance pour dire au duc combien il est aimé du Ciel. Le Ciel a permis que l’ennemi ne comptai que des triomphes jusqu’à ce qu’il se fut attaqué à la capitale de son duché; là, pour l’arrêter, il est intervenu parle miracle de la Pucelle, qui a prophétisé la fin de la longue captivité du prince.

Très bref sur la campagne de la Loire, muet sur le sacre, Astésan, après Patay, résume en ces termes les exploits de la Vierge : « Après cette victoire, la Pucelle, conduite parla Divinité, conquit en peu de temps tant de contrées, écarta de la France tant de périls, donna au royaume un secours si puissant, que la persuasion des Français est que seule Jeanne est venue à leur aide, que seule elle a sauvé leur patrie tout entière. »

Au portrait tracé par Boulainvilliers, Astésan ajoute ce trait : « Lorsque la Vierge était sans armes, entourée d’un cercle de demoiselles, une telle pudeur, une telle modestie reluisaient sur ses traits qu’on eût cru voir Lucrèce de si grande renommée; mais lorsqu’une puissante armure revêtait sa sainte poitrine, lorsque sur un fier coursier elle marchait ^ur l’ennemi, et qu’elle, une femme, ordonnait l’armée, on eût pensé voir le roi des Troyens, Hector, etc... »»

ANTOINE ASTÉSAN.

Astésan ne parle qu'à mots couverts de la prise et de la mort de la Pucelle : « Telle était, dit-il, l’excellence de sa vie, telle sa vertu ; c’est ainsi qu’elle défendait contre l’ennemi les peuples de France. Le Tout- Puissant, voyant que sa valeur avait mis la France suffisamment à couvert de l’ennemi, souffrit qu’un si puissant secours fût retiré aux Français, et qu’ils n’eussent plus à compter que sur des forces purement humaines. »

« Quoi de plus étonnant, s’écrie Astésan, quoi de plus merveilleux a chanté dans son poème le poète de la divine Énéide... Dieu et la nature m’onl refusé le génie de Virgile... Cependant viennent des temps plus heureux, que Dieu ménage des loisirs à ma muse ; avec ta louange, ù Charles, je dirai les exploits des Français.

Et cum laude tuà Galiorum prœlia dicam ;

« L’affection que je te porte m’inspireront de tels accents qu’ils retentiront dans tous les siècles, et rappelleront éternellement ton nom. )>

Ut cuncla in sæcula durent,

Æternoque tuum inemorelur tempore nomen.

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