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CHAPITRE II

LE « MYSTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS »

So)iMAiRE : 1. — Le Mystère du siège d'Orléans. — Bibliographie. •— Composé à deux dates différentes. — Frais de représentations couverts par de Rais.

11. — Lieu de la représentation. — Moins encore que dans les autres mystères, le compositeur et les spectateurs supposaient Farbitraire et périlleuse distinction entre l'histoire et la légende.

111 — Coup d’œil sur le drame jusqu'au rappel des Bourguignons par leur duc. — Courtes citations.

IV. — La Pucelle introduite au vers 7017. — De quelle manière? — Son porlraiL — Entretien avec saint Michel. — Repoussée par Baudricourt. — Acceptée à cause de l’annonce de la défaite de Rouvray. — Chinon. — Poitiers. — La Pucelle équipée.— Départ. — Citations.

V. — Les péripéties du siège du coté des Français et des Anglais ; tout est dû à la Pucelle qui rapporte tout à Dieu. — Courtes citations.

VI. — La campagne de la Loire. — Jargeau. — Patay. — Humilité et humanité de la Pucelle. — Courtes citations.

De toutes les compositions poétiques sur la Vénérable, léguées par le siècle qui a vu la céleste apparition, voici la plus longue, et, au point de vue historique, la plus instructive.

Montfaucon, dans sa BibUotheca bibliothecarum mannscriplorwn. signalait, dans le fonds de la reine Christine, une composition dramatique sous le titre qui vient d'etre donné. L’exemplaire unique se trouve coté aujourd’hui sous le numéro 1022, à la Vaticane.

A la suite de divers extraits qui en avaient été publiés, le poème a fini par sortir, en 1862, entièrement imprimé des ateliers de l’imprimerie Impériale. C’est un in-quarto de plus de 800 pages. MM. Guessard et de Certain avaient été chargés par le gouvernement français d’en tirer une copie et d’en surveiller l’impression ; mission qu’ils ont remplie en faisant précéder l’œuvre d’une large introduction, à laquelle seront emprunlées plusieurs des remarques que l’on va lire.

Le mystère compte vingt mille cinq cent vingt-neuf vers, presque tous de huit syllabes. L’auteur, malgré diverses études qui en ont été faites, reste

LE « MYSTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS »

inconnu, el les conjectures émises par Vallet de Viriville manquent de solidité. On est plus fixé sur Tépoque de la composition. Elle doit être rapportée très vraisemblablement à Tannée 1435, et pas plus tard que 1439. On lit en effet dans le mémoire présenté par les héritiers du maréchal de Rais pour établir sa prodigalité : « Faisait jeux, farces^ niorisques, jouer mystères à la Pentecôte^ et à l'Ascension^ sur de hauts chaffaux^ sous lesquels estait hypocras et autres forts vins comme en une cave. Use tenait ès villes^ comme Angiers,^ Orléans et autres y auquel lieu d'Orléans, il demeura un an sans cause,, et y despendit quatre-vingt à cent mille escus,, empruntant de qui lui voulait prester, engageant les bagues et joyaux pour moins quils ne valaient,^ puis les rachetant bien chier^. »

Le malheureux maréchal comparaissait devant le tribunal ecclésiastique de Nantes le 10 septembre 1440, et était brûlé le 20 octobre. Déjà scs proches avaient obtenu dès 1436, du parlement de Paris, une sentence d'interdiction de Tadministration de ses biens. La sentence, quoique éludée, grâce à Tappui intéressé du duc de Bretagne, suppose que le prodigue avait déjà considérablement entamé son immense fortune. Occupé durant ses dernières années à en réparer les brèches par de sanguinaires et sataniques pratiques, il n'a pas dû passer une année à Orléans. Les comptes de la ville d’Orléans viennent corroborer cette conjecture. On lit dans ceux de 1435 : a A Guillaume le Charon et Michelet Filleul, pour don à eux faict pour les aider à paier leurs eschaffaulx et aultres dépenses par eux faictes le VHP jour de mai mil CCCCXXXV^ que ils firent certain misiaire ou bolvart dupont durant la procession; payé 111 réaulx d'or, pour ce 72 sols p. »

Les comptes de 1439 sont encore plus explicites. On y lit : « A Mahiet Gaulchin peintre, le XIIP jour du moys d avril, pour faire les jusarmes et hachy et une fleur de lis, et deux godons, par marchié fait à lui en la chambre de la dicte ville, pour faire la feste du lièvement des Tourelles, 12 liv, 16 sols p, »

« A Jehan Chanteloup, pour avoir vacqué neuf journées à faire les eschaffatdx de la procession des Tourelles, et pour onze charrois pour mener ci ramener le bois quHl failloit à faire lesdiz eschaffaulx ; pour ce 44 sols p.

« A Jehan Hilaire, pour Tâchât dun estendart et bannière qui furent à Monseigneur de Reys pour faire la manière de Tassault comment les Tourelles furent prinses sur les Anglais, le VIII* jour de May, VII liv, tournois qui valent à Paris CXII sous parisis ; pour ce CXII sols p. »

C'étaient là de bien petites sommes pour solder une représentation telle que le Mystère du siège, qui compte cent quarante personnages

I. Preuves de Vhistoire de Bretagne, Dom Morice, 1. 11. p. 4336.

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