IV
garnitures et boucles despendans étaient d’or, que j’ai veu maintes fois. » Le Père Daniel^ dans son Histoire de la milice française, s’étonne des proportions de l’épée de la Pucelle : « L’épée de la Pucelle d’Orléans, dit-il, que l’on voit au trésor de Saint-Deuys, est très longue et large à proportion. Les plus longues, les plus fortes et les plus pesantes de ce temps-ci, sontpetites et légères en comparaison de celle-là (t. I, p. 414). » Ces auteurs et bien d’autres encore semblent supposer que c’était l'épée que la Vierge-Guerrière avait l’habitude de manier, alors qu’ils ne disent pas que c’était l’épée de Fierbois. Ils se trompent. La Pucelle le dément à deux reprises, l’épée de Y ex-voto avait été gagnée dans les environs de Paris ; elle n’est l’épée de la Pucelle que parce qu’elle a été donnée par elle.
La Vénérable, affirmant qu’elle a constamment porté l’épée de Fierbois jusqu’à son départ de Saint-Denys, confirme la déposition du duc d’Alençon, d’après laquelle c’est dans cette ville que cette épée fut brisée sur le dos d’une fille de mauvaise vie ; c’est à tort que d’autres placent l’accident à Château-Thierry, ou même après Patay. L’historiographe officiel, Jean Chartier, raconte qu’aucun ouvrier ne put la rajuster. Cependant, il faut qu’on en ait conservé les fragments, puisque la Pucelle dit que l’épée est entre les mains de ses frères. Le libertinage brise les épées, même bénies de Dieu. Les filles de Madian firent ce que n’avaient pas pu les Amalécites, et arrêtèrent les victoires du peuple élu.
L’armée royale, en regagnant la Loire, passa par Lagny. Il semble que c’est dès lors que la Pucelle porta l’épée enlevée à un Bourguignon; c’est donc avec cette épée qu’elle aura fait la campagne de Saint-Pierrele-Moustier et celles qui ont suivi.
N’est-il pas permis de voir, dans l’épée de Fierbois, un symbole de l’épée de la France? Cette épée est destinée à défendre l’autel, et tout ce que l’autel protège. Lorsque la France oublie l’usage qu’elle doit en faire, cette épée se rouille, mais la parole du prêtre fait tomber cette rouille.
A la suite des interrogations du 27 février sur l’épée, l’on passa aux questions sur la bannière de la manière suivante :
« Quand vous êtes allée à Orléans, n’aviez-vous pas un étendard ou bannière? et quelle en était la couleur? — J’avais un étendard dont le champ était semé de lis : le monde y était représenté; à côté se trouvaient deux Anges; il était de couleur blanche, en toile de boucassin; on y lisait ces deux noms, Jhesus, Maria ; à ce qu’il me semble, il était frangé de soie. — Les noms Jhesus, Maria étaient-ils en haut, en bas, ou sur les côtés? —