LA BANNIÈRE DE LA PUCELLE
Ils étaient sur les côtés^ à ce qu'il me parait, — Qu’aimiez-vous davantage, votre étendard ou votre épée ? — T aimais quarante fois plus mon étendard que mon épée. — Qui vous a fait faire la peinture qui était sur Tétendard? — Je vous ai assez dit que je n'avais rien fait que sur le commandement de Dieu. Dans les combats je portais cet étendard pour éviter de tuer quelqu'un. Je n'ai jamais tué personne^. »
Elle ne dit pas n’avoir jamais frappé personne, n’avoir jamais fait couler le sang ; la raison que le lecteur l’a entendue donner du choix de Tépée du Bourguignon prouve qu’elle frappait à l’occasion de bonnes buffes et de bons torchons ; mais elle n’a jamais donné la mort.
Le 3 mars, on lui pose les questions suivantes : « Quand le roi vous mit à Tœuvre, et que vous fîtes faire voire étendard, les gens d’armes et les autres gens de guerre ne firent-ils pas faire des panonceaux sur le modèle du vôtre? — Il est bon de savoir que les seigneurs maintenaient leurs armes. Quelques compagnons de guerre en firent faire selon qu'il leur plut; les autres non. — Avec quelle matière les firent-ils faire? Etait-ce avec de la toile ou du drap? — C'était avec du satin blanc et en quelques-uns il y avait des fleurs de lis. Je n'avais dans ma compagnie que deux ou trois lances; mais les compagnons de guerre quelquefois en faisaient faire à la ressemblance des miens ; ils faisaient faire cela pour distinguer leurs hommes des autres. — Étaient-ils renouvelés souvent? — Je ne sais; quand les lances étaient rompues, on en faisait de nouveaux. — N’avezvous pas dit que les panonceaux qui étaient à la ressemblance des vôtres étaient heureux? — Je leur disais bien quelquefois : « Entrez « hardiment parmi les Anglais », et moi-même j'y entrais *.
1. Interrogata utrum quandô ivit Aiirelianis, habebat vexillum, gallicè estandart ou bannière, et cujus coloris erat, respondit quod babebat vexilluni, cujus campus erat seminatus iiliis; et erat ibi mundus figuratus et duo Angeli à lateribus; eratque coloris albi de telâ albâ vel boucassino, eranlque scripta ibi ista nomina Jhesus, Maria, sicut ei videtur; et erat (imbriatum de serico.
luterrogata an bæc nomina Jhesis, Maria, erant scripta superiùs aut inferiùs, vel à latere, respondit quod à latere, sicut ei videtur.
Interrogata quod prædiligebat vel vexillum suum, vel ensem, respondit quod videlicet quadragesiès prædiligebat vexillum quàm ensem.
Interrogata quis fecit sibi facere illam picturam in vexillo, respondit : « Ego satis vobis dixi quod nibil feci nisi de præcepto Dei. »
Dicit etiam quod ipsamet portabat vexillum prædictum, quando aggrediebatur adversarios, pro evitando ne interficeret aliquem, et dicit quod nunquam interfecit bominem. (Procès, p. 78.)
2. Interroguée, quant son roy la mit premier en œuvre, et (qU’) elle fist faire son estaindart, se les gens d’armes et autres gens de guerre firent faire pennonceaulx à la manière du sien, respond : « Il est bon à savoir que les seigneurs maintenoient leurs armes ». Ftcm, respond : « Les aucuns compaignons de guerre en firent faire à leur plaisir, et les autres non. »
Interroguée de quelle matière ils les firent faire, se ce fut de toile ou de drap, l'es-
36 LA VIERGE-GUERRIÈRE DIAPRÉS SES AVEUX
« Ne leur avez-vous pas dit de porter hardiment leurs panonceaux et qu’ils auraient du bonheur? — Je leur ai bien dit ce qui est advenu^ et ce qui adviendra encore, — N’aspergiez-vous ou ne faisiez-vous pas asperger tes pannonceaux d’eau bénite, lorsqu’on les renouvelait? — Je ne sais rien de tout cela ; si cela a été fait, ce n'a pas été de mon commandement, — N’en avez- vous pas vu jeter? — Cela n'est point de votre procès; et si J'en ai vu Jeter, Je ne suis pas avisée maintenant d en répondre. Les compagnons de guerre ne faisaient-ils pas mettre en leurs pannonceaux Jhesus, Maria ? — Par ma foi, Je n'en sais rien, — N’avez-vous point fait tourner autour d’un château ou d’une église des toiles pour faire des pannonceaux? — Non, et Je ne l'aipas vu faire, — Quand vous fûtes devant Jargeau, que portiez-vous derrière votre heaume ; n’y avait-il pas quelque chose de rond? — Par ma foi, il n'y avait rien »
« Quels sont ceux de votre compagnie qui, devant Château-Thierry, prirent des papillons sur votre étendard? — Dans mon parti on n'en prit Jamais, Von n'en parla même pas; ce sont ceux du parti de par ici qui ont fait courir ce bruit, qu'ils ont controuvé *. »
« N’aviez-vous pas un étendard sur lequel le monde était peint et deux Anges? lui fut-il demandé le 10 mars. — Oui, ils étaient peints sur mon
pond : U C'esloit de blans satins, et y en avoit en aucuns les fleurs de liz » et n*avoit que deux ou trois lances de coinpaignie; mais les compaignons de guerre aucunes fois en faisoient faire à la semblance des siens, et ne faisoient ceia fors pour congnoistre les siens des autres.
Interroguée s'üz estoient guères souvent renouvellés, respond : « Je ne sçaj; quand les lances estoient rompues, i'en en faisoit de nouveaulx.
Interroguée scelle dist point que les pennonceaulx qui estoient en semblance des siens estoient eureux, respond, elle leur disoit bien à fois : « Entrez hardiment par my les Anglais », et elle mesme y entroit. (Procès, p. 97.)
1. Interroguée s'elle leur dist qu'ilz les portassent hardiement, et qu'ils airoienl bon eur, respond : elle leur dist bien ce qui estoit venu et qui adviendroit encore.
Interroguée s'elle inectoit ou faisoit point mectre de eau benoite, sur les pennonceaulx, quand on les prenoit de nouvel, respond : « Je n'en sçay rien ; » et s'il a esté fait, ce n'a pas esté de son commandement. Interroguée s'elle y en a point veu gecter, respond : « Cela n'est point de votre procès; » et s’elle y en a veu gecter, elle n’est pas advisée maintenant de en respondre.
Interroguée se les compaignons de guerre faisoient point mectre en leurs pennonceaulx Jhesus, Maria, respond : « Par ma foy, je n'en sçay rien. »
Interroguée s elle a point tournié ou fait lournier toilles par manière de procession outour d'un chastel ou d'eglise, pour faire pennonceaulx, respond que non, et n’en a rien veu faire.
Interroguée, quand elle fut devant Jargueau, que cWoit qu'elle portoit derrière son heaulme, et s'il y aucune chose ront, respond : « Par ma foy, il n'y avoit rien. »» (Procès, p. 98.)
2. Interroguée qu'ilz furent ceUlx de sa coitipaignie qui prindrent papillons devant Ghàteau-Tierry en son estaindart, respond qü'il ne fust oneques fait ou dist de leur party ; mais ce ont fait ceulx du party de deçà* qui l’ont controuvé. (Procès, p. 103.)