‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 198 sur 296 · TOULOUSE · texte numérisé non relu

TOULOUSE

ente par Charles VIL La mesure déplaisait souverainement. Charles VII avait d’ailleurs fait connaître la délivrance d'Orléans. On s’arrête à l’avis de Bertrand Deubérart. On députera au roi pour le remercier des nouvelles sur Orléans, regraciando de novis civitatis Orliens^ et on lui exposera les inconvénients qui résulteraient de l’adoption de la nouvelle mesure.

Pierre Flamenche émet un avis qui prouve la haute idée que l’on se faisait de la Pucelle. Il veut la faire intervenir dans cette mesure fiscale. Qu'on écrive^ dit-il^ à ladite Pucelle^ qiCon lui explique les inconvénients résultant de ce changement dans les monnaies^ peut-être pourra-t-elle y apporter* remède K

Le mot ladite Pucelle^ rapproché des nouvelles d’Orléans, prouve que dans le conseil l’on avait déjà parlé de la Libératrice.

D’après la rédaction du greffier, la Pucelle tient une plus large place dans les délibérations du 26 juillet. C’était après le sacre. Chaque jour avait amené et amenait un heureux événement. Sans aucun doute on en avait connaissance à Toulouse; mais on voulait avoir quelque chose de précis. C’est la signification de ce que dit messire Jean de Balaguer. « Qu’on envoie, dit-il, au roi, pour savoir les nouvelles choses qui sa passent dans ce royaume* ».

Jean Ynard veut que l’on fasse davantage. L’on avait à se plaindre des exactions du comte de Foix. Il veut que la ville se mette sous la protection du roi et de la Pucelle^ et que cette mission soit confiée à un homme d’autorité : « Qu’un personnage notable, dit-il, soit envoyé au roi et à la Pucelle pour qu’ils aient la ville en recommandation *. »

Le peuple toulousain était avide de savoir tout ce qui regardait la Libératrice. Il se plaignait de ce que messieurs les capitouls ne donnaient pas satisfaction à sa juste curiosité. Les plaintes étaient assez fortes pour en faire délibérer les messieurs du Capitole. On ne doutait pas que la Vierge ne fût divinement envoyée pour relever et recouvrer le royaume. C’est en termes bien exprès dans les registres consulaires. En voici la traduction: « On a aussi délibéré sur ce que les gens se plaignent de ce que les messieurs du conseil n’ont pas envoyé vers le roi pour savoir les miracles et les faveurs nouvelles qui se mxdtiplient de jour en jour par le moyen de cette pucelle^ venue pour relever et récupérer le royaume , ainsi que le public le dit et le croit, vu les susdits miracles. On s’est donc demandé si l’on enverrait une ambassade, de combien de personnes elle

1. Scribalur dicte puelle, scilicet explicando inconvenientia quæ eveniunt propter mutatîonem monetarum, et forsan apponeret remedium (f® 20 r®).

2. Dominus Johannes de Balaguerio : Mittatur homo régi pro sciendo nova quæ evenerunt (ou eveniunt) in præsenti regno (f® 23 v®).

3. Dominus Johannes Ynardi : Mittatur régi et puicelle, ut habeanl villam recommendatam, unus homo notabilis (Ibid.).

se composerait, comment on en couvrirait les frais. Le conseil a décidé conformément à Tavis de sire Jean Ynard *.

Alby. — Alby avait fait à Orléans assiégé un large envoi de poudre et de salpêtre. Aussi la nouvelle de l’intervention de la Pucelle y causa-t-elle une telle admiration que le greffier de la municipalité en consigna le récit dans ses registres. Ce récit se lit au cartulaire n® 4 de l’hôtel de ville, d’où M. Compayré Ta tiré et imprimé en 1841 dans \es Études historiques et documents inédits sur r Albigeois. Quicherat, qui Ta reproduit, ajoute qu’on en trouve une copie dans les manuscrits de Dont (t. IX, f* 287) à la Bibliothèque nationale. Il est rédigé en langue romane. Voici la traduction ^ :

1. Item fuit propositum qualiter gentes loquuntur, quia domini non miserunt régi pro sciendo miracula et nova bona, quæ eveniunt de die in diem, mediante illà Pucellâ quævenit pro reparando et recuperando regnuin, ut dicitur publicè et credunl, altentis dictis miraculis. Ideo fuitquestio si millent, et in quo numéro, et de quibus expeusis solverent... Prædictum consilium recepit conclusionem ut in in opinione domini Johannis Ynardi. (F° 25.)

Les passages qui viennent d’ètre cités avaient été publiés dans les Annales du avril 1889.

2. Memorial sia a totz presens et endevenidors d'una mirabilhoza cauza que noslre senhor Dieus Jehsus- Christ mostret al noble prinsep et nostre sobiran senhor lo rey de Franssa, Karles, lilh de Karles. So es assaber que en lo mes de mars, l an mil CCCC XXVIll (a. st.) venc al dich noble rey de Franssa una lilha, Puzela Jobe, de Talge de quatorze a quinse ans, la cal era del pais et del dugat de Loreyne, local pais es en las partidas d'Alamanha. Ed era la dicha Puzela una paslorela ignossen, que tos tems avia gardadas las hobelhas. Et venc al rey ellos tems dessudithz en la viala de Chino, accompanhada de sos dos frayres; et d'autres ela companhian en petita companhia.

Et cant ela foc de par delà, ela va dire que ela volia parlar am lo rey, local no fapelaba pas rey mas dalli per so car non era coronat. Don ly foron mostratz d’alqus cavaliers, disen ly que aquo era lo rey ; es ela disia totzjorn que non era ; e can ela lo vigra, ela lo conoyra be, es adonc lo rey ba bénir, ed ela, tantost que ela lo vie, se ba aginolhar et ly ba dire que Dieus la tremetia a luy, et lo nouminaba gential rey de Fransa, et que se el volia creyre que ela era vienguda aqui per mandamen de Dieus, e recobrira tôt so que los Engleses, enemiex ancias del rey, li avian près et asurpat.

So es que tenian tots loz pais de Normandia et de Picardia, fora Tornay, Bria, de Beubezi, de Mayiia et d’Artois, de Bria, de Beussa et tota la campanha, Paris et tota la dolsa Franssa, lo pais d’Aynaul et de Combrazis, üns a la rebieyra de Leyre. Car en aquel tems los Englezes tenian assetiada lo viala d’Orlhenx en que avia dendins cinq cens homes d’armas, mas aquel seti era talament fort, que los homes d’armas, ni las gens de la viala, ni encara totlo poder del rey, no era abastan de lo levar; ans eron en prepaus los d’endedins des se se redre à la merssi dels Englezes ; don lo rey era ben torbat se perdes tan bona viala coma es aquella.

Et vezen la Piusela que lo rey era torbat, li ba dire aquestas paraulas : « Gential rey de Franssa, que avete vos? Vos etz corossat de vestra viala d’Orlhenx. leu lour voli tramettre une lettera local fara mencio que Dieus lor manda que se levon d’avant la viala et s’en ano; car se non ho fazian, els calria que s’en levesso per forssa » et cant los capi-

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