ALBY
« Qu il soit mémoire à tous dans le présent et l’avenir d’un merveilleux fait que Dieu Notre Seigneur Jésus-Christ a accompli en faveur du noble prince, notre souverain le roi do France, Charles, fils de Charles. Il faut savoir qu’au mois de mars, l’an 1428 (a. st.), vint vers ledit roi de France, une fille, une Pucelle, jeune, de l’âge de quatorze à quinze ans. Elle était (lu pays et du duché de Lorraine, pays qui est des côtés d'Allemagne. Cette Pucelle était une pastourelle innocente, qui tout le temps de sa vie avait gardé les brebis. Elle vint vers le roi, dans le temps susdit, en la ville de Chinon, accompagnée par ses deux frères ; quelques autres aussi en petit nombre l’accompagnaient. Et quand elle fut par là, elle se prit à dire quelle voulait parler au roi, qu'elle n’appelait pas roi, mais Dauphin parce qu’il n'était pas couronné. Alors lui furent montrés quelques chevaliers, en lui disant que c’était le roi ; et elle dit toujours que ce n’était pas le roi, et que quand elle le verrait, elle le connaîtrait bien.
« Et enfin le roi de venir; et sitôt qu’elle le vit, elle de se jeter à genoux (devant lui) et de lui dire que Dieu l’envoyait vers lui, et elle l’appelait légitime roi de France, et que s’il voulait croire qu’elle était venue vers lui par commandement de Dieu, qu’il recouvrerait tout ce que les Anglais, anciens ennemis du roi, lui avaient pris et usurpé.
« Le fait est qu’ils occupaient tous les pays de Normandie et de Picardie, excepté Tournay, les pays de Beauvaisis, de Maine et d’Artois, de Brie, de Beauce et toute la Champagne, Paris et toute la douce France, les pays du Hainaut et de Cambrésis, jusqu’à la rivière de Loire. En ce temps, en effet, ils tenaient la ville d’Orléans assiégée. Dans la ville se trouvaient cinq cents hommes d’armes ; mais le siège était si fortement assis que ni les hommes d’armes, ni les habitants de la ville, ni toute la puissance du roi, n’étaient pas capables de le faire lever; aussi les assiégés étaient-ils en délibération de se rendre à la merci des Anglais ; ce dont le roi était fort inquiet, à la pensée de perdre une aussi bonne ville que l’est Orléans.
«La Pucelle, voyant l’inquiétude du roi, vint lui parler en ces termes : « Gentil roi de France, qu'avez-vous? Vous êtes inquiet sur votre ville
d’Orléans: je veux envoyer aux ennemis une lettre dans laquelle je leur « dirai que Dieu leur ordonne de lever le siège de devant Orléans, et de
tanisagrolegidalaletraquela Puzelalor trames, li diseron grans viluperis es enjurias.
Esaguda la resposta de la dicha letra, la Piuzela va dire al rey que hages gens d’armas et de Irach ; et sis fes et fec son mandemen ; es ela se mes tota premieyra sus, armada de fer blanc tota de cap a pe ; et te son estandart en que era Nostra Dona, et s'en va al seti am tota aquela companhia en que era Layra et lo bastar d’Orlhenx et d'autres capitanis; mas non pas en tan gran companhia coma eran los Englezes a X per 1 ; es avian gran paor de métré .se sus els, mas la Piuzela lor mes tal cor et se mes d’avas la plus forte part del seti, que davant que fosse XXIV oras, agro levai lodich seti et mort grant multitut d’Englezes, et grant cop d aprionatz.
LA VlERGE-GUERRlÉRE D APRÊS LES LIVRES DE COMPTES.
« s’en aller; car s’ils ne le font pas, il faudra qu’ils s’en aillent par force. » Quand les capitaines anglais eurent lu la lettre que la Pucelle leur envoyait, ils dirent contre elle de grandes insultes et injures.
«Quand la Pucelle connut la réponse faite à sa lettre, elle vint dire au roi de rassembler des hommes d’armes et de trait ; ainsi fit-il, il fit son mandement ; la Pucelle se mit la première sur pied, armée de fer-blanc des pieds à la tête ; elle leva un étendard sur lequel Notre-Dame était représentée; elle vint au siège avec toute la compagnie dans laquelle se trouvaientLa Hire, lebâtard d’Orléans, et d’autres capitaines qui n’étaient pas en aussi grand nombre que les Anglais qui étaient dix contre un. Aussi avaient-ils grand peur de les attaquer ; mais la Pucelle leur donna un tel cœur, que se mettant elle-même devant la partie la plus forte du siège, avant vingt-quatre heures, le siège était levé, une multitude d’Anglais tués, beaucoup d’autres prisonniers. »
Le greffier a probablement fait cette digression dans ses procès-verbaux à la première nouvelle de la levée du siège d’Orléans, et il a couché le fait tel que la renommée le publiait. 11 n’a voulu donner que la substance de l’événement ; il y aurait mauvaise grâce d’observer que si la Libératrice était Lorraine, elle n’était pas du duché de Lorraine, qu’Orléans n’a pas été délivré en vingt-quatre heures, à moins qu’on ne s’en tienne au fait décisif de la prise des Tourelles, et que l’on ne regarde la prise de Saint-Loup et de la Bastille des Augustins que comme des engagements d'avant-poste.
Carcassonne. — Le Courrier de l*Aude de la première quinzaine de juin 1894, dans une suite d’articles dus à la plume de M. l’abbé Baichère, a fait revivre les sentiments qui animèrent une cité, où s’étaient réfugiés de nombreux concitoyens d’Eustache de Saint-Pierre, de nombreux habitants de Calais expulsés par Édouard III.
On possède les livres de comptes de l’église Saint-Michel ; ils sont rédigés en langue romane ; on y lit sous la date de l’année \ 429 :
« Mardi 17 mai fut faite une procession générale pour les bonnes nouvelles du siège d’Orléans. Monseigneur de Carcassonne a dit la messe à l’église Saint-Michel. La quête a produit sept sols ».
Les nouvelles de la victoire de Patay firent renouveler les actions de grâces. On lit àla date du 28 juin: « Jeudi 28 juin fut faite une procession générale à cause des bonnes nouvelles reçues du roi notre souverain seigneur. La quête a donné cinq solsL »
i. Dimarz a XVII de May foue faita professio general per las bonas novelhas del seti de Orliens, et ditz la messa mossenhor de Carcassona à la glieyza de Mossenhor Sant
Googk