‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 20 sur 296 · LA BANNIÈRE DE LA PUGELLE · texte numérisé non relu

LA BANNIÈRE DE LA PUGELLE

D’Estivet osa bien incriminer des réponses si orthodoxes, si profondément pieuses. Dans l’article XX de son réquisitoire, il présente l’anneau de la Vénérable, sa bannière, son épée, les pannonceaux de ses hommes d'armes, comme autant d’objets superstitieux. La Pucelle y avait fait pratiquer des rites superstitieux [Fecü muUas execrationes et conjurationes)^ promettant à ses gens une victoire sans blessure, particulièrement à Compiègne, la veille de sa sortie {elle n'y était rentrée que le matin) y etc.

La Vénérable répondit: « Je m'en rapporte à ce que j'airépondu ; en tout ce que j'ai fait^ il n'y a eu ni sorcellerie^ ni 7nauvaises pratiques. Quant à bonheur de mon étendard^ tout son heur doit être rapporté à l'heur que Notre-Seigneur y a attaché^.

A l’article LVIII, d’Estivet incrimine ce que Jeanne en a dit, et voit de l’orgueil et de la vaine gloire en ce qu’à Reims, la bannière avait une place d’honneur. « J'en ai répondu^ dit Jeanne ; quant au contredit allégué par le promoteur, je m'en attends à Notre-Seigneur »

Voilà tout ce que la Vénérable nous a appris de son étendard tant aimé par elle, si redouté par les ennemis. Encore que tout ce qu’elle en a dit soit conforme à la vérité, elle a passé sous silence plusieurs particularités consignées dans d’autres documents ; telles les deux lis présentés par les Anges, et que bénissait de sa droite le Sauveur triomphant. 11 est parlé d’une Annonciation dans plusieurs pièces du temps; elle devait être à l’envers, car Perceval de Cagny, dans une phrase inachevée, nous dit qu’il représentait Dieu en sa majesté, et de l'autre côté...\ ou peut-être sur le pennon. On lira dans la Chronique d’Ebérard de Windechen, que Notre-Seigneur était peint avec ses plaies, et, par suite, avec celle de son côté, ou de son cœur, dont les prédilections pour la France sont rendues si éclatantes par le miracle de la Pucelle.

Le Greffier de La Rochelle (III, p. 204) dit que sur son étendard était un écu d’azur, et au-dedans de l’écu un colombeau blanc, qui tenait en son bec un rôle sur lequel était écrit : De par le roi du ciel. On vient de voir que c’étaient les paroles dont s’étaient servies les Saintes, en lui disant de prendre l'étendard.

pour quoy il fut plus porté en féglise de Rai ns, au sacre, que ceulx des autres capitaines, respond : « 11 avoit esté à la paine, c'estoit bien raison qu'il fut à fonneur. » [Procès, p. 187.)

1. Quoad vigesimum, se refertad eu quæ super hoc respondil. Et ulteriùs addit que de chose qu elle ait fait, il n’y avoit ne sorcerie, ne autre mauves art. Et du bon eur de son estaindart, dit que de l’eur s’en rapporte à l'eur que Nostre Seigneur y a envoyé. (Procès, p. 237.)

2. Respond : « J en ay respondu. » Et du contredit mis par le promoteur, respond :

Je m’en actend à Nostre Seigneur. » (Procès, p. 301.)

On a entendu de la bouche de la Vénérable que tout dans l’étendard était fait du commaudement de Notre-Seigneur parlant par sainte Catherine et par sainte Marguerite. 11 fut pour la Libératrice ce que le Labarum fut pour Constantin, et les parolesdes Saintes lui disant ; « Prendsle hardimmt. Dieu t'aidera », ne sont pas sensiblement différentes de celles adressées au premier Empereur chrétien : Tu vaincras par ce signe.

Jésus-Christ tenant le globe d’une main, c’est Jésus-Christ roi des nations qui lui ont été données en héritage, comme récompense du sang versé par ses cinq plaies. De la main droite, il bénit sa hile ainée représentée par les lis, et que les Ânges, spécialement saint Michel, soulèvent jusqu’à lui. Il est porté sur les nuées du ciel, tel qu’il viendra pour juger le monde, qu’il domine et jugera, et sur lequel il a un pouvoir qu’il ne tient pas de ce monde, selon la parole si atrocement détournée de sa signification : Regnummeum non est de hoc mtindo, non est hinc'.

La Libératrice aimait sa bannière quarante fois plus que son épée. La bannière exprimait le point le plus élevé de sa mission : proclamer, établir que Jésus-Christ est le roi des nations, plus encore que des individus; la mission tout entière de Jeanne est là. La Vénérable n’est que Jésus-Christ manifestant par le miracle son droit imprescriptible de roi des peuples. Aussi, dans ses victoires ne veut-elle rien pour elle, et ne se lasse-t-elle pas d’afhrmer que tout doit être attribué à Notre-Seigneur. L’étendard, elle-même, tout cela n’est que le signe de la vertu de Jésus- Christ agissant dans l’un et dans l’autre.

La vue de l’étendard jetait la terreur parmi les ennemis, forçait l’entrée des villes. Rendez-vous au roi Jésus, disait-elle ; et les villes les plus déterminées à résister, nous ont dit plusieurs chroniqueurs, faisaient leur soumission. D’après d’autres, Jeanne, la bannière en mains, était comme transformée. Le fait est que les chroniqueurs ne cessent d’observer qu’elle s’avançait dans l’action avec sa bannière.

C’est surtout sur le port de l’habit viril que se fonda la condamnation ; et encore que ce changement de vêtement fût on ne peut plus justihé, ce fut peut-être ce qui parut à une multitude d’esprits dans les deux partis donner quelque teinte de vraisemblance aux autres inculpations. Aussi la Vénérable fut-elle tourmentée sur ce point durant le procès tout entier. On verra dans un autre volume la suite des interrogations et ses réponses. Quelques-unes seulement vont être citées ici.

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