‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 204 sur 296 · LES ARCHIVES DE REIMS · texte numérisé non relu

LES ARCHIVES DE REIMS

sion à son neveu, Pierre Larragonais, bailly de Saint-Pierre-le-Moustier. La pièce est du 4 novembre 1430

Les comptes de la ville de Nevers pour 1429 ont disparu.

M. H. Jadard, dans sa brochure : Jeanne (T Arc à Reims^ a tiré des registres de la ville plusieurs passages qui, outre quelques particularités sur le père de la Libératrice, nous montrent combien Jeanne d’Arc, en demandant que Charles VII continuât ses conquêtes, était en communauté de sentiments avec les pays nouvellement soumis. La première annonce de la retraite du roi vers la Loire jeta l’alarme à Reims. Les habitants prévirent que c’était les abandonner à la fois aux attaques des Anglo- Bourguignons, et aux exactions des troupes royales elles-mêmes.

C’est ce qui résulte des textes du livre des conclusions prises par le conseil de la ville. Les voici légèrement rajeunis.

Du 3 août 1429 : « Il a été délibéré de réécrire à Monseigneur de Reims qu’on a entendu que le roi veut délaisser son chemin sur Paris et aussi sa poursuite {la poursuite de ses conquêtes) ; ce qui pourrait être la destruction du pays, attendu que ses ennemis, comme on dit, sont forts, et aussi que les gens d’armes étant ès-forteresses de par deçà se vantent de faire la guerre. Le supplier de faire {des démarches) devers Mgr de Bourgogne et Mgr de Luxembourg, qu’ils leur défendent de faire la guerre, et qu’il tienne la main à ce que sa poursuite se fasse. » (F® 122'®.)

Ils veulent que les villes voisines joignent leurs instances à leurs instances. C’est ce qui résulte de la conclusion prise le 4 août :

« Il a été délibéré de rescrire à Laon et à Châlons qu’on a entendu que le roi veut prendre son chemin à [vers) Orléans et Bourges, en éloignant et délayant {différant) sa poursuite ; et que pour cette cause on envoie Mgr Saint-Thierri pour lui remontrer l’inconvénient qui s’en pourrait ensuivre, et que on leur envoie copie des lettres du roi et que on prie ceux de Châlons qu’ils rescrivent à Troyes afin que pareillement à Troyes l’on rescrive par devers icelui seigneur. » (F® 122^®.)

Par sa lettre du 5 août, Jeanne, tout en rassurant les habitants de Reims, ne laissait pas de leur faire comprendre combien pareil dessein lui était pénible et était contraire à ses vues.

Aussi les bourgeois de Reims insistent-ils encore auprès du roi luimème. Ils faisaient de nouvelles instances à la date du 1 1 août. Le registre porte :

i, Arch. nat.J.-J. 174, 149.

« Il a été délibéré de rescrire au roi que quelques-uns lui conseillent de délaisser sa poursuite, le supplier de la continuer diligemment pour le bien de lui et du royaume. » (F® 123.)

Salutaires conseils : les villes, la plus saine partie de l’armée s’unissaient à la céleste envoyée pour dire au monarque abusé de ne pas se lasser de recevoir la soumission des villes et des provinces qui se donnaient à lui. Les intrigues de cour devaient l’emporter.

La discipline imposée par la Pucelle fut promptement mise en oubli : cela ressort de la délibération du conseil de Reims du 31 août :

« Il a été délibéré d’écrire au roi et à Mgr le chancelier sur les apalissements que font les gens de Poton étant à Châtel-Thierry, afin qu’il lui plaise y pourvoir, et qu’on y envoie un homme suffisant pour poursuivre la provision, et est élu Jean Gouvion. » (F® 125.)

Les apatissements étaient des contributions imposées parles hommes d’armes à une contrée pour être préservée du pillage, de l’incendie et des autres violences dont les capitaines du temps étaient coutumiers.

La* Pucelle avait défendu sous peine de la vie, écrit Justigniani (p. 385) de rien enlever dans les pays de l’obéissance du roi. Ses prescriptions étaient mises en oubli lorsqu’elle était éloignée.

Une délibération du 5 septembre est ainsi résumée :

« Du lundi V' jour de septembre, l’an (mil) IIIPXXIX, par Antoine de Ilellande, capitaine, présents.... jusqu’au nombre de 80 personnes, a été délibéré de payer les dépens du père de la Pucelle, et de lui bailler un cheval pour s’en aller.

« Item a été délibéré de rescrire au roi et à Mgr de Reims sur les appatis que font ceux de Chastel-Thierry et autres garnisons, et qu'il lui plaise y pourvoir.

« Et pareillement à la Pucelle, et qu’on y pourvoie. »

La Pucelle était devant Paris, nul doute qu’elle ne fut navrée de pareils excès. Ils ne devaient faire que s’accroître après l’interruption de la campagne.

Ils devaient favoriser les menées de ceux qui restaient attachés à la domination anglaise. Reims en comptait un certain nombre. Un complot pour livrer la ville fut formé en décembre. Il fut découvert et réprimé.

Le roi avait établi, à la place de Guillaume de Châtillon capitaine de la ville pour les Anglais, le neveu de l’archevêque, Antoine de Hellande, seigneur d’IIercauville ; mais il avait maintenu comme son lieutenant Thomas de Bazoches, qui l’était précédemment du commandant anglais.

Le père de la Pucelle était, ce semble, à Reims le 5 septembre. Y était-il resté depuis le 16 juillet, où il y était arrivé avec sa glorieuse fille;

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