‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 211 sur 296 · LA CONSTITUTION PHYSIQUE DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION PHYSIQUE DE LA PUCELLE

enlèvent toute valeur à leur témoignage, quand il est, comme dans le cas présent, en opposition avec des auteurs français plus compétents et mieux informés.

D’après Philippe de Bergame les cheveux de la Pucelle étaient noirs, tandis que Sabadino les dit blonds. Le moine augustin est ici d’accord avec le Greffier de la Rochelle (III, p. 202).

Une prophétie que Jean Bréhal donne comme s’étant réalisée annonçait que la Libératrice aurait le cou bref, un léger signe rouge à l’extrémité de l’oreille droite en arrière, le parler lent(I, p. 497).

Il est certain qu’elle parlait peu, mais avec beaucoup de justesse et d’à-propos. Sa voix était flûtée comme celle des femmes, disait Boulainvilliers (II, p. 245) ; elle avait une bonne voix de femme, écrivaient les seigneurs de Laval (III, p. 315). Cette voix était parfois si doucement pénétrante que ceux qui la visitaient et l’entretenaient à Poitiers, môme les hommes venus incrédules, se retiraient en jetant des larmes (III, p. 70). C’était une grande consolation de converser avec elle {supràj p. 168). Le ton, comme la parole elle-môme, variaient selon l’occurrence. Empreint d’élévation quand elle rendait compte des apparitions, il devait avoir quelque chose de terrifiant vis-à-vis des blasphémateurs pour leur inspirer la terreur dont parlent les documents, vif et enlevant quand elle s’adressait aux hommes d’armes qu’il fallait mener à l’assaut.

Elle avait le don des larmes. Il semble, d’après Perceval de Boulain villiers, que ses yeux en étaient pleins habituellement, ou du moins souvent, puisqu’il emploie l’expression : lacrymis manat ; ses yeux laissent échapper des larmes ; ce qui n’est pas inconciliable avec ce qu’il ajoute immédiatement : Hilarem gerit vultum^ sa figure reflète la joie. Les larmes ont été données par Dieu comme un soulagement de l’âme sous l’impression d’un sentiment qui la pénètre et la remplit pour ainsi dire au delà de ses capacités. Les larmes sont un épanchement de son tropplein. La joie les fait couler comme la tristesse. Que ne renfermait pas l’âme de cette jeune fille de dix-sept ans ! Rien d’étonnant par suite que les historiens aient constaté une foule de circonstances dans lesquelles Jeanne a pleuré. Elle pleurait quand les Anges la quittaient pour remonter vers les deux, elle aurait voulu qu’ils l’eussent amenée avec eux (II, p. 140) ; elle pleurait en se confessant [suprà^ p. 222); elle pleurait à la vue des saintes espèces [suprà^ p. 171 , p. 198) ; elle pleura lorsque la flèche traversa son cou pour ressortir derrière l’aisselle [suprà^ p. 230); les grossières insultes de Glacidas la firent pleurer [suprà^ p. 228), ce qui ne l’empêcha de pleurer et de sangloter en le voyant s’abîmer dans les flots [suprà^ p. 230) ; elle pleurait dans la prière [suprà^ p. 201). Ce don des larmes a été celui de la plupart des saints. Dans les âges de foi, les mul-

LA VIERGE-GUERRIËRE.

titudes entières nous sont représentées comme pleurant ; et ce ne sont pas le plus souvent des larmes de tristesse, de douleur, de dépit, encore moins de ra^e. Les peuples sans foi ne connaissent guère que cette dernière sorte de pleurs. Les réprouvés pleureront, et ne seront pas soulagés par leurs pleurs.

Nous savons que lorsque Jeanne arriva à Vaucouleurs, elle portait des vêtements de paysanne de couleur rouge ; le Greffier de la Rochelle nous a décrit son vêtement quand elle arriva à Chinon (111, p. 202). 11 a été traité dans ce volume des vêtements de sa vie publique {suprà, p. 43).

L’attention des modernes se porte beaucoup sur ces inbniment petits de la divine histoire. Ces efforts n'ont pas abouti à nous donner le portrait authentique de la Vénérable. Il y a eu parfois des déconvenues comme lorsqu’on a pris pour une Jeanne d’Arc du xv* siècle le Saint- Georges de Monlargis. Nous sommes riches pour tout ce qui a trait à l’âme de la Vénérable, pauvres pour ce qui regarde son extérieur. N’en est-il pas ainsi de son Seigneur et du nôtre ?

Jeanne, qui ne savait ni A ni B, signait ses lettres, soit qu’on lui couduistt la main, soit qu’elle fût parvenue à aligner grossièrement les lettres de son nom. La signature apposée au bas de la lettre aux habitants de Riom est une preuve manifeste de son inexpérience en calligraphie. Les caractères sont tracés d’une manière pénible et irrégulière.

Page 1