‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 212 sur 296 · IV. — Du sacre jusqu'à Paris · texte numérisé non relu

IV. — Du sacre jusqu'à Paris

V. — La Pucelle autour de Paris. — Du retour à Gien à la captivité.

Les points les plus importants de la vie guerrière ont été discutés, spécialement à la suite des réponses données par la Vénérable sur cette partie de son histoire. Il en reste cependant quelques-uns, la plupart secondaires, sur lesquels les documents produits présentent des divergences réelles ou apparentes. 11 ne saurait en être autrement. Cinq témoins observant un même fait en rapporteront différemment les menus détails. Ils ne l’auront pas considéré du même point de vue, leurs dispositions personnelles auront été différentes; tout en étant de bonne foi ils auront mal démêlé leurs souvenirs. Loin que ces divergences atteignent la vérité du fait sur le fond duquel ils sont d accord, elles ne font que l’établir d’une manière plus indubitable ; elles écartent toute pensée de collusion ; le rôle de la critique est alors de concilier ce qui ne s’exclut pas, de démêler ce qui est vrai ou tout au moins plus vraisemblable, d’avouer parfois son ignorance, sans trop s’attarder à ce qui est de minime ou de nulle importance. C’est l’objet du présent chapitre.

1. Examens de Chinon et de Poitiers. — Perceval de Boulainvilliers affirme que Jeanne n’attendit pas trois jours avant d’être admise auprès du roi (II, p. 244). Simon Charles dépose que le prince se décida plus tôt qu’il ne se l’était d’abord proposé [suprà^ p. 147). La Pucelle nous a donné les détails suivants : les voix lui avaient promis que le roi ne tarderait pas trop à la recevoir [suprà^ p. 7), qu’il aurait bon signe pour la croire {suprày p. 13) ; que ce signe lui fut donné lorsqu’elle était logée chez

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une bonne femme près du château et qu’elle partit aussitôt vers le roi {suprà, p. 20) ; il y avait plus de trois cents chevaliers présents et plus de cinquante torches allumées, ce qui suppose que c’était le soir {suprà, p. 9) ; et cependant, quand Jeanne montrait le signe, le roi était seul, encore qu’il y eût beaucoup de gens qui n’étaient pas loin {suprà, p. 11). — Circonstances qui s’accordent parfaitement avec le récit d’Alain Bouchard (III, p. 287).

Il en résulte que la première entrevue a eu lieu dans la soirée du mardi 8. Depuis l’après-midi du dimanche, la mystérieuse jeune fille avait été fortement pressée de questions ; elle avait d’abord fait difficulté de répondre, et demandé à parler au roi. Elle s’était cependant décidée à faire certaines ouvertures sur sa mission.

La date du 8 est confirmée par la déposition du duc d’Âlençon. Il était à Saint-Florent-lès-Saumur, lorsqu’un courrier lui annonça l’arrivée de la Pucelle. 11 partit le lendemain, et cependant à son arrivée la première entrevue avait eu lieu {suprà, p. 192). Elle est aussi confirmée par la déposition du page de Coûtes. Avant d’avoir donné le signe, c’est-à-dire avant l’entrevue avec le roi, Jeanne est logée chez une bonne femme; mais après la révélation des secrets elle est logée à la tour du Coudray. C’est là, avant le départ pour Poitiers, que l’enfant est à son service, et qu’il est témoin des allées et des venues qu’il nous fait connaître {suprà, p. 201). La déposition du duc d’Alençon suppose aussi qu’il a vu Jeanne à Chinon, durant plusieurs jours, avant qu’elle partit pour Poitiers.

Quand eut lieu ce départ? Jeanne était certainement à Poitiers le 22 mars. Quel jour y arriva-t-elle, et quel jour en partit-elle ? Rien de précis, à ma connaissance. La Vénérable a dit qu’elle fut examinée pendant trois semaines à Chinon et à Poitiers. Cela nous porte au 28 mars. C’était le lendemain de Pâques qui tombait cette année le 27. Elle nous dit encore qu’elle était à Chinon durant la semaine de Pâques, où ses paroles semblent établir qu’il y eut une solennelle promulgation de son acceptation. La sentence dit que durant six semaines le roi n'a cessé de la montrer à toutes gens (1, p. 60). C’est qu’encore que l’on se soit occupé au retour de Poitiers d’équiper la céleste Envoyée, de réunir les vivres pour ravitailler Orléans, les hommes d'armes qui devaient escorter la jeune fille, l’on n’a pas cessé de l’observer.

Le bruit de son arrivée s’est répandu au loin. Dès le 22 avril Rosethlaer l'annonçait de Lyon à Bruxelles (111, p. 539); Pancrace Justigniani nous apprend qu’avant cette date on en parlait à Bruges (III, p. 574). Pour couvrir sa responsabilité, Charles VII a dû répandre la sentence de Poitiers; et pour faire connaître sa mission, l’Envoyée du Ciel ne se sera peut-être pas opposée à ce que l’on connût la lettre aux Anglais :

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cela expliquerait comment nous avons si souvent rencontré l’une et l’autre pièces. Datée du 22 mars, la fière sommation a été expédiée plus d'un mois après.

2. Découverte de l’épée de Fierbois. — Jeanne affirme que l’épée de sainte Catherine de Fierbois lui a été révélée par ses voix. D’Estivet, dans l’article XXIX de son réquisitoire, l’accuse de l’avoir découverte par la voie de la divination, ou de l'y avoir frauduleusement, malicieusement, artificieusement fait cacher, pour se prévaloir ensuite auprès des peuples de l’avoir découverte par des voies surnaturelles et divines. L’école naturaliste, si souvent d’accord avec l’accusation qu’elle anathématise pour la forme, admet, au fond, pareille donnée. Jeanne, dit-elle, s’est arrêtée à Fierbois avant d’arriver à Ghinon. Elle a vu alors l’épée dont elle a feint dans la suite ne savoir l’existence que par la révélation de ses voix. On est heureux d’avoir à opposer à ce démenti infligé à la Vénérable ces paroles de Ouieberat : « Quand on a le procès tout entier sous les yeux, et qu'on y voit de quelle manière l’accusée met sa conscience à découvert, c’est son témoignage qui est fort, et l'interprétation des raisonneurs qui est faible. » L’éditeur du Double Procès ajoute que la découverte de l’épée produisit sur le peuple l’efiiet que la révélation des secrets avait produit sur le roi.

3. Saint-Florent. — Tours. — Blois. — Le duc d’Alençou, récemment sorti de captivité, était alors avec sa mère et sa femme, fille de Charles d’Orléans prisonnier à Londres, à l’abbaye de Saint-Florent près Saumur. Quand la Vénérable vint-elle faire visite à la fille du prince qu’il était dans sa mission de délivrer, sans les empêchements qu’elle rencontra ? Les paroles du duc [suprà, p. 195) sembleraient supposer que ce fut après la délivrance d’Orléans, lorsqu'elle promit à la jeune duchesse de lui ramener son mari sain et sauf; mais le texte de Cagny, qui nous dit qu’elle ne fut pas longtemps à Ghinon sans faire cette visite, nous porte à croire que ce fut à son retour de Poitiers, avant de partir pour Tours, ou même durant son séjour dans cette ville.

A son retour du Jubilé du Puy-en-Velay, Pâquerel, qui chercha d’abord Jeanne à Ghinon, la trouva à Tours où elle faisait confectionner sa bannière. Le Jubilé se clôturait le jour de Pâques, 27 mars. Ce n’était pas trop à cette époque de huit jours pour se rendre du sanctuaire d’Anis au tombeau de Saint-Martin, et ce n’est guère que vers le 4 ou 5 avril que le moine augustin a dû être de retour au lieu de sa résidence. C’est donc dans les premiers jours d’avril que la Pucelle sera venue à Tours. Elle a pu s’en absenter pour revenir à Ghinon et pousser jusqu’à Saint- Florent.

D’après la Chronique de Tournay., elle est partie de Ghinon pour Blois IV. 27

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le 21 avril, elle y sera arrivée le 22. Elle y a fait un arrêt de quelques jours, pendant que l'on formait le convoi et que les hommes d'armes arrivaient; non seulement elle y a fait bénir son étendard, elle a ordonné aux hommes de guerre d’avoir à laisser leur bagage de péché, et à mettre leur conscience en bon état; ce qui nous porte vers le 26 avril.

4. Marche vers Orléans. — Pâquerel nous a dit que dans cette marche ils avaient couché deux fois en rase campagne, et nous savons par le Journal du siège que, pour l’entrée dans la ville, l’on attendit le soir du vendredi 29, afin d’éviter le tumulte. Cela nous donne droit de conclure que l’on est parti de Blois dans la matinée du 27 et que dans la soirée du 28, l’on était assez près d’Orléans, vers Olivet peut-être. Dès le matin du 29, on s’est mis en mesure de faire entrer le convoi. La pénible sur • prise de Jeanne, trompée sur la direction qu’elle avait ordonné de prendre, le vent qui empêchait les chalands de remonter, ont dû amener des tâtonnements; ce qui expliquerait que les chroniqueurs nous parlent du voisinage de Saint-Jean-le-Blanc, du port situé en face de Saint-Loup, comme de points où l’on aurait abordé. 11 n’est pas douteux cependant que l’on ait chargé le convoi de vivres à l’Ile-aux-Bourdons, en face de Chécy. C’est attesté par trois documents d’origine orléanaise : le Journal du siège, le Mystère de la délivrance, le Récit de rétablissement de la fête du 8 mai. Des écrivains Orléanais n’ont pas pu se tromper sur pareil fait. Les vivres, promptement embarqués, sont descendus par la rivière, ont passé sous Saint-Loup, pendant que les Orléanais faisaient contre la garnison une vigoureuse attaque, qui ne permettait pas de surveiller la rivière (III, p. 118). Quant à la Pucelle, elle a débarqué sur la rive droite, à Chécy, d’où elle s’est rendue au château de Reuilly, ainsi que c’est constaté par tes lettres d'anoblissement de son hôte Guy de Cailly(III, p. 331). Elle y a attendu assez longtemps pour faire son entrée à Orléans à la tombée de la nuit, escortée par la suite dont nous ont parlé divers documents.

Pendant ce temps, le plus grand nombre de ses gens de guerre étaient sur le chemin de Blois. Ce n’était pas seulement pour y trouver un pont que l’on pût librement franchir; c’était aussi pour en ramener un second convoi de provisions. Il était nécessaire, alors surtout que la population s'accroissait du nombre des guerriers venus pour seconder la Libératrice (III, p. 57). Il est probable aussi que, le 27 avril, tous les guerriers convoqués à Blois n’étaient pas encore rendus.

Et cependant, d’après Cousinot (III, p. 77), il y eut des hésitations. Elles prirent fin par les lettres pressantes et par l'arrivée du Bâtard; car les chroniques indiquent et des lettres et la venue du lieutenant général. La déposition de d’Âulon nous a fait connaître que la Pucelle protégea non seulement la rentrée, mais aussi la sortie du Bâtard.

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5. Prise de Saint-Loup. — L’on concilie les divers récits sur la prise de Sainl-Loup, en supposant qu’après la rentrée dans la ville des troupes de Blois, la Pucelle aura recommandé de se tenir prêt à attaquer les bastilles anglaises, et qu’elle aura peut-être parlé de Saint-Loup. Son intention n’était cependant pas que l’on commençât sans elle ; mais marcher au combat sous la conduite d'une enfant de dix-sept ans a toujours été un acte d’humilité coûteux pour des guerriers ; voilà pourquoi on se sera porté à l’attaque sans lui en donner avis. Il est impossible d’avoir des témoins plus irrécusables que ceux qui nous attestent qu’elle a été surnaturellement prévenue de ce qui se passait. Ce sont ceux qui l’ont entendue s’éveiller soudainement, et lui ont fourni les armes qu’elle réclamait : d’Aulon, de Coûtes, son hôtesse ; c’estPâquerel son aumônier. Ils parlent de ce qu’ils ont vu et entendu.

6. Prise des Auoustins. — Il est plus difficile de coordonner ce qui est dit delà prise des Augustins. Voici, ce semble, ce qui résulte des divers récits. Le soir de l’Ascension, 5 mai, se tient un conseil auquel Jeanne n’assiste pas, mais auquel elle est appelée, quand tout est conclu (III, p. 151). Après quelques hésitations, on lui dévoile le plan dont elle se dit contente, encore que le lendemain elle n’en ait rien exécuté. L’on devait commencer par une diversion sur la rive droite. Jeanne dirige immédiatement l’attaque sur la rive gauche ; ce qui explique la phrase de Perceval de Cagny : Tous ne la suivirent pas^ ainsi quelle s'y attendait (III, p. 177). En dégageant la rive gauche, l’on assurait les communications avec les pays du Midi et de la domination française; mais l’entre* prise était difficile; il fallait toucher la rive non loin de la bastille que l’ennemi avait rendue comme imprenable, la bastille des Tourelles que couvrait celle des Augustins, aussi très fortifiée. L’on passa partie directement en bateaux, partie en abordant dans l’Ile-aux-Toiles. Les bateaux faisaient défaut (111, p. 80) jusqu’à ce qu’on fît un pont de bateaux de l’île à la terre ferme. L’on se proposait d’assaillir la bastille Saint-Jean-le-Blanc, bastille isolée des Augustins et des Tourelles; mais le passage franchi, l’on constata que les Anglais avaient abandonné Saint- Jean-le-BIanc pour renforcer d’autant les Augustins [suprà^ p. 210).

D’Aulon {Ibid.), la Chronique de la fête du 8 mai (III, p. 303), nous disent que les seigneurs, ne croyant pas possible d’emporter les Augustins, repassèrent dans l’Ile-aux-Toiles : c’était donner le signal d’une retraite confuse sous les yeux de l’ennemi. La Pucelle, qui essaie de protéger le mouvement, voit les rangs s’éclaircir autour d’elle. Les Anglais poussent

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de grands cris, sortent des Âugustins, et insultent les Français et l’béroïne. G'est alors que la Pucelle, prenant dans l'Ile-aux-Toiles le cheval dont parle d’Aulon, suivie de La Hire, fait volte-face et marche droit contre les Anglais. Nombre d’hommes d’armes reprennent courage et marchent sur ses pas; les Anglais sont refoulés dans leur bastille; on attaque le boulevard qui la protège; boulevard et bastille sont emportés. Jeanne ordonne d’y mettre le feu, en même temps qu’elle indique les Tourelles, privées de leur défense avancée, comme objectif pour le lendemain; si bien que les vainqueurs en grand nombre passèrent la nuit sur les nouvelles positions conquises (III, p. 305), et que l'on eut grand’peine à décider Jeanne, blessée aux pieds par une chausse-trappe et très fatiguée, à venir reposer à son hôtel. D’après quelques chroniqueurs, la Pucelle avait feint la retraite pour attirer les Anglais hors de leurs bastilles ; c’était un stratagème.

7. Phise DES Tourelles. — L’opposition des capitaines royaux à l’attaque des Tourelles est attestée par Cousinot (III, p. 81), par Pâquerel (suprà, p. 229), par Simon Charles {suprà, p. 148), par Louis de Coûtes {suprà, p. 204). La Chronique de f établissement de la fête suppose cette opposition quand elle cite cette parole de Jeanne : Qui m’aimera, qu'il me suive (III, p. 306). Pour bien comprendre les chroniques, il est nécessaire de se rappeler que la partie du pont sur la rive droite était au pouvoir des Orléanais, tandis que celle de gauche était au pouvoir des Anglais. Plusieurs arches rompues séparaient les deux camps ennemis, qui avaient fortifié chacun la partie qu’ils occupaient: les Orléanais, le boulevard de la Belle-Croix ; les Anglais, les Tourelles. Les Tourelles étaient séparées de leur boulevard établi au Portereau sur la terre ferme par un bras de la Loire, au-dessus duquel était Jeté un pont-levis. Le pont-levis en s'écroulant précipita Glacidas dans la rivière. Comment fut déterminé l’écroulement? Était-ce par le poids de ceux qui s'y précipitaient pour passer du boulevard dans les Tourelles, qui pourtant commençaient à être envahies, grâce à la gouttière mise en travers, sur laquelle s’était élancé le hardi chevalier de Rhodes, de Giresmes? Était-il en partie consumé par les flammes du brûlot infect que les Orléanais avaient dirigé pardessous? Les Anglais, comme l’indique le Mystère du siège, l’avaient-ils en partie scié pour que les assaillants, venant à s’emparer du boulevard et voulant s’y élancer, subissent le sort qu’ils se préparaient à eux-mêmes? Autant le fait de l'écroulement est certain, autant il semble difficile d’en préciser la cause.

Pourquoi Talbot et les Anglais de la rive gauche n’ont-ils pas fait mine de porter secours à Glacidas durant cette longue journée du samedi 7 mai? Cela semblait facile de la bastille Saint-Laurent. Ils avaient une

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bastille au milieu de la rivière dans Tîle Charlemagne, en aval du pont, et sur la terre ferme, ils possédaient la bastille Saint-Privé. Craignaientils en diminuant leurs forces d’exposer les positions de la rive droite? Mais les Orléanais étaient occupés sur la rive gauche, et il semble que c’eût été le moment de tenter de pénétrer dans la ville, ne fût-ce que pour faire une diversion qui aurait diminué le nombre des ennemis auxquels Glacidas devait tenir tôle. Rien ne fut tenté. N’est-ce pas un effet de la terreur noire qui saisit les assiégeants à la suite de la sommation de l’Envoyée du Ciel?

D’après le Greffier de La Rochelle, Jeanne, à la suite de la prise des Tourelles, signifia à Talbot d’avoir à se retirer, et que, si elle le trouvait le lundi, il lui en prendrait mal. Le lundi il n’y avait à Orléans d’autres Anglais que les prisonniers.

8. Blois. — Tocrs. — Loches, etc. — Après la délivrance, les hommes d’armes venus à la suite de la Pucelle se bâtèrent de se retirer, par défaut de vivres, dit Cousinot (III, p. 85) ; ce qui indique combien la pénurie était grande avant l’arrivée du double convoi.

Elle partit elle-même le lundi 9 d’après le Journal du siège^ le mardi 10 d’après Cousinot. Elle passa deux ou trois jours à Blois, dit Simon Beaucroix {suprà^ p. 162). Sûrement elle était à Tours le 13, et peut-être le 12 au soir, puisqu’elle alla au-d.evant de Charles VII, qui, le vendredi 13, vint de Chinon à Tours. Charles, et la Pucelle avec lui, firent à Tours un séjour de dix jours Ils étaient à Loches le 23.

La lettre des seigneurs de Laval nous la montre à Selles le lundi 5 juin. Elle était là dans une des seigneuries de La Trémoille. Le favori l’avait achetée en 1426 des deux sœurs Jeanne et Marguerite de Châlons*. Elle en partit le jour môme pour Romorantin; le rendez-vous de l’armée était près de cette ville. Elle a dû entrer à Orléans vers le 9.

9. Prise de Jargeau. — C’est le samedi 11 que l’armée est partie d’Orléans pour Jargeau. En l’absence de la Pucelle, le Bâtard et quelques autres chevaliers avaient tenté d’en débusquer les Anglais. La tentative fut malheureuse, et, d’après le Mgstrre {suprà^ p. 333), ils y avaient laissé plusieurs des leurs dont les corps, à l’arrivée de Jeanne, gisaient dans les fossés. Serait-ce la raison pour laquelle certains chroniqueurs, joignant les deux tentatives, font durer le siège huit jours au lieu de deux?

1. M. DE Br\ucoübt, Histoire de C fuir les V//, t. II, p. 215.

2. Histoire manuscrite de Notre-Dame de Celles, par le P. Pierre de Sainte-Marguerite (Bib. de Blois).

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Encore ici Jeanne engagea l’assaut malgré Tavis des capitaines qui entraient en pourparlers avec Suffolk {suprà^ p. 51 et 195); d’après le Myslèi'e du siège^ ils auraient même commencé la retraite [suprà^ p. 333).

D’après le Greffier de La Rochelle, Suffolk se serait rendu à la Pucelle, comme à la plus vaillante femme du monde ^ tandis que, d’après les chroniqueurs, il se serait rendu à un gentilhomme français qu’il fit chevalier. Quicherat propose de concilier ainsi ces divergences : Suffolk se serait rendu à la Pucelle, et son frère Jean au gentilhomme.

Grand nombre de prisonniers furent massacrés à cause de différends survenus entre les Français leurs possesseurs. L’on prétend que c’est parce que les nobles se faisaient la part trop belle. Encore que l’on n’allègue pas de texte, cela semble assez vraisemblable; la Libératrice a trouvé son plus grand appui dans les milices populaires.

Pour préserver Suffolk, Jeanne le fit descendre en bateau jusqu’à Orléans, et descendit elle-même de nuit.

10. Beaugency. — Patay. — C’est dans l’après-midi du mercredi 15 qu’elle part pour Meiing, et emporte le pont qui est séparé de la ville. Elle y met des défenseurs, couche dans les champs, et le jeudi 16, laissant la ville de Meung, elle se rend à Beaugency. Beaugency, que Talbot avait quitté pour aller à la rencontre de Fastolf amenant une armée de Paris, capitule sur le minuit, dans la nuit du vendredi au samedi. La garnison sortit dans la matinée du samedi.

La veille, Talbot s’était présenté, avait offert la bataille, et sur la réponse qu’on se verrait le lendemain, s’était rendu à Meung, où il avait commencé durant la nuit à bombarder le pont. Il espérait, en franchissant la Loire, venir secourir Beaugency par la rive gauche. Comme il se disposait à continuer l’attaque commencée, il apprend que Beaugency est perdu. C’est alors qu’avec la garnison de Meung, il se retire pour couvrir Janville et les autres places anglaises.

La Pucelle avertie se met à sa poursuite. La bataille appelée de Patay s’est livrée au village de Lignerolles, dans une dépression de terrain qui, avec les bois depuis disparus, explique que l’on n’ait vu l’armée anglaise que lorsque l’on s’est trouvé en face. L’attaque impétueuse de l’avantgarde commandée par La Ilire empêcha Talbot d’ordonner son armée. Les hérauts comptèrent 2300 Anglais morts sur le champ de bataille, mais parmi les fuyards beaucoup furent égorgés dans les champs, notamment aux portes de Janville qui se fermèrent devant les Anglais, qui en avaient fait une de leurs meilleures places de la Beauce.

Lignerolles est entre Patay et Coinces, Tun et l’autre sur des hauteurs opposées. Le champ de bataille du xv* siècle s’étend sensiblement jusqu’au champ de bataille de Loigny, illustré par la glorieuse défaite de

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de Sonis et de ses zouaves. En 1870 des obus ont endommagé le clocher de Patay : la Libératrice y coucha la nuit du samedi 18 au dimanche 19 ; par suite elle y a rendu grâces h Dieu de sa miraculeuse victoire — elle ne perdit que deux ou trois hommes — et elle y a communié avant de repartir pour Orléans.

H. De Patay jusqu’à Reims. — Charles VII, venu à Sully, frustra Tattente des Orléanais, qui avaient fait des préparatifs pour le recevoir. Dès le 20 Jeanne allait le rejoindre et, par Benoît-sur-Loire, le ramenait jusqu’à Château-Neuf, où il se trouvait le 22. Le roi étant reparti pour Gien, la Libératrice de son côté quittait Orléans le 24 de bon matin, et le rejoignait le môme jour. Les tergiversations do la Cour ne finissaient pas. Pour y mettre un terme, dès le 27 la Libératrice se mettait aux champs avec la majeure partie de l’armée ; le roi suivait avec la noblesse dès le 29, et le 1®^ juillet l’on campait devant Auxerre. Dès le 5, l’on campait devant Troyes. Les lettres d’amnistie octroyées à Châlons, étant datées du 13, de Bussy-Lestrées*, l’armée a dû quitter Troyes le il juillet, et non pas le 12, comme le disent quelques chroniqueurs. Le 14 et le 13 ont dû se passer à Châlons, sauf que le roi, comme l’indique de Cagny (111, p. 186) est allé, le 15, coucher au château de Sept-Saulx, possession de Tarchevêque de Reims.

La cérémonie du sacre s’étant faite le 17, l’on se demande comment tout a pu être préparé dans un si court espace de temps. Déjà, à la date du 4, Charles VU avait écrit de Brienon-rArchevêqu.e pour que l’on se disposât à le recevoir se/on la manière accoutumée pour ses prédécesseurs (III, p. 337). A la réception de la lettre, Reims était fort peu disposé à lui ouvrir ses portes, ainsi que le prouvent les mémoires de Rogier. Le Dauphin y comptait cependant des partisans ; ils ont dû faire secrètement des préparatifs; à partir de la reddition de Troyes, dès le 9, les dispositions ont changé, et, autant que le permettait la présence de la garnison anglaise, l'on s’est occupé de l’auguste cérémonie.

12. Du SACRE A LA TENTATIVE CONTRE Paris. — Dans l’expédition du sacre et dans celle qui suivit, Jeanne se détachait parfois du gros de l’armée pour sommer les châteaux et les forteresses qui ne se rendaient pas à ses hérauts de se rendre au Roi du Ciel et au gentil roi Charles VII (III, p. 185 et 440). L’on voudrait connaître les lieux qu’elle a ainsi visités. Les chroniqueurs ne les indiquent pas.

i. Histoire de Châlons^ par M. le Comte de Barthélémy.

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S’il fallait en croire une Histoire manuscrite de Laon, cotée à la bibliothèque de cette ville sous le n* 481, que nous avons consultée, Jeanne serait venue à Laon, et aurait repris les châteaux de Coucy, La Fère, Guyse, Marie, occupé le fort Saint-Vincent*. Laon avait apporté ses clés à Vailly, et l’on attendait Charles VII; ses registres municipaux en font foi. Â la date du 22 juillet, on y lit que la ville a acheté VII poinsom de vin vieilz de Cray... en intention de donner et en faire présensau roy nostre sire à sa venue à Laon, lequel n'y vint points etc. Ces mômes registres mentionnent VIII los de vin présentez à Guyenne hérault de notre roy^, Guyenne était à Orléans le héraut de Jeanne. II faudrait accuser les greffiers de la ville, si Jeanne y était venue, de s’ôtre contentés de mentionner le héraut et d’avoir passé sous silence la Libératrice.

13. De Vailly, ville fortifiée qui appartenait à Tarchevèque de Reims, Charles Vil se rendit directement à Soissons où il séjourna trois jours. Encore qu’avec l’enthousiasme pour la Libératrice qui remplit toutes les âmes, il faille se méfier de revendications tardives et souvent sans preuves, on peut regarder comme fondée la tradition qui fait arrêter Jeanne au village de Sainte-Marguerite, paroisse de Bucy, dans une chapelle dédiée à sa sainte maîtresse, chapelle qui existe encore. Si, comme il aété affirmé, le village se trouve sur la route, Jeanne ne sera pas passée sans faire une halte dans le sanctuaire dédié à sa bien-aimée sœur du Ciel.

D’après l’Histoire manuscrite de Soissons, par Rousseau-Desfontaines, l’armée aurait campé près de Soissons, dans la prairie d’Ambleguy, dans un camp d’une rondeur tirée au cordeau

14. — Encore que Bedford, par ses lettres du 7 août, eût provoqué Charles VII au combat, il n’a jamais osé engager la bataille, et s’est contenté d’une démonstration sans mêlée sérieuse, qui n’empêchait nullement l’armée française de marcher de conquêtes en conquêtes. Il vient à Mithry au-devant de Charles VII qui occupe les hauteurs de Dammarlin; mais il se cantonne dans une position où il serait imprudent de vouloir le forcer. L’armée française descend jusqu’à Thieux où l’on montre une porte par laquelle Jeanne se serait rendue du château à l’église qui en est tout près. Quelques légers engagements sans signification ont lieu aux bords de la petite rivière delà Biberonne, et le soir l’Anglais rentre à Paris laissant Charles Vil se diriger vers Senlis. Bedford, il est vrai, vient encore pour défendre la ville ; l’on s’attendait à une bataille décisive. Bedford, fortement cantonné à la Victoire, protégé par des marais et par les fortifications qu’il a fait élever, se tient durant tout le jour de l’As-

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