A CEUX QUI VOUDRAIENT FAIRE LA GUERRE OU PORTER DOMMAGE A CETTE VILLE
(III, p. 443); bien plus, durant ces trêves, l’on ne pourra prendre, acquérir,
GARDER aucune DES VILLES QUI Y SONT COMPRISES, MÊME QUAND ELLES VOUDRAIENT
SE RENDRE A l’une DES PARTIES {Ibid., p. 446). Le poi dans Paris, c'était l’apogée du triomphe de la Pucelle, ses envieux rejetés dans l’ombre, la céleste Envoyée toute puissante pour opérer les réformes qu’elle demandait.
Aussi c’est en vain qu’elle ordonne de combler les fossés avec cette abondante provision de grandes bourrées à trois liens dont les chariots ont été chargés : elle est très peu secondée. Les registres du chapitre attestent qu’on n’en jeta qu’un petit nombre (III, p. 332). L’on n’utilise pas les quatre mille claies dont on était pourvu. Il eût été facile, le fossé comblé quelque part, de dresser les six cent soixante échelles qu’on avait amenées {Ibid., p. 332). On devait faire circuler que les fossés étaient trop profonds, qu’il fallait se retirer. Les conseillers de la trêve de Compiègne, — et l’on a vu combien ils étaient nombreux, — ont dû faire rétrograder leurs hommes d’armes.
L heure avançait, lorsque la blessure de l’héroïne fournit à ses envieux un nouveau motif de presser la retraite. Cette blessure à la cuisse était moins grave que celle qu’elle avait reçue avant la prise des Tourelles. Moins encore qu’aux Tourelles la Guerrière y voit un motif de cesser l’attaque; elle demande avec plus de force que l’on comble les fossés. Au lieu de lui obéir, on la somme elle-même de se retirer. Elle refuse,
U VlËRGE-GUERaiÈRE.
assurant que l'on prendra la ville ; il faut que le duc d’Alençon vienne, et l’enlève, ce semble, de force contre son vouloir. 11 est vraisemblable qu’on lui promit de recommencer le lendemain de bonne heure ; de Cagny nous apprend qu'elle donna en effet le signal d’une nouvelle attaque (III, p. 192) ; c’était l'ordre de ses voix ; des ordres venus de Saint-Denys, où Charles Vil s’était tenu constamment, arrêtèrent tout. Cette intentioa de la Pucclle, qui le 9, malgré sa blessure, se leva de très bon matin, explique que le matériel de guerre ait été laissé sur le champ de bataille.
Refoulés dans la ville par la porte Saint-IIonoré, les Parisiens n’osèrent plus se montrer en dehors des murailles : mais les chroniqueurs des deux partis sont unanimes pour dire que des remparts leur artillerie faisait rage. Cbuffart rapporte que les projectiles non seulement atteignaient la porte Saint-Denys , mais dépassaient Saint-Lazare, c’est-à-dire atteignaient la Villette, qui alors portait le nom de Villette Saint-Lazare, ou Saint-Ladre*.
D’accord pour constater le bruit des engins de guerre des deux côtés, les documents diffèrent profondément sur le nombre des blessés et des morts. D’après de Cagny, personne du côté de la Pucelle ne fut tué, pas même blessé au point de ne pouvoir se retirer sans aide (111, p. 191). Le Greffier de La Rochelle va jusqu’à dire que les assiégeants ramassaient les pierres pour les montrer à ceux qui les avaient lancées. D’après lui, un seul homme fut tué; et comme c’était précisément un Rochellois, on peut supposer quelque exagération de sa part (III, p. 213). Monstrelet, au contraire, dit qu’il y eut un très grand nombre de tués et de blessés (III, p. 42i). D’après Chuffart, le héraut envoyé le lendemain de Saint- Denys aurait avoué quinze cents blessés, parmi lesquels cinq cents tués ou blessés à mort. L’on peut croire ici que le haineux universitaire exagère, comme il le fait dans la suite en parlant de la sortie de Compiègne où il met quatre cents tués ou noyés, lorsque les autres documents se contentent de nous parler de quatre ou cinq hommes pris avec la Pucelle, et ne mentionnent ni tués, ni noyés.
Si le héraut venu de Saint-Denys a donné pareil chiffre, c’est vraisemblablement d’après les bruits intéressés qu’ont dû faire courir ceux qui, après avoir fait échouer l’entreprise du 8, auraient été désolés de la voir reprendre. 11 importait d’outrer les pertes subies la veille, afin d’agir sur l’opinion, et obtenir d’opérer la retraite sur la Loire, à laquelle s’opposaient la Pucelle et ceux qui suivaient ses inspirations.
Quant à la crémation des corps dans la grange des Mathurins, Chuffart