‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 227 sur 296 · LE SURNATUREL MANIFESTÉ PAR LA SAINTETÉ DE LA VIERGE-GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

LE SURNATUREL MANIFESTÉ PAR LA SAINTETÉ DE LA VIERGE-GUERRIÈRE

Sommaire : I. — La vertu héroïque. — La foi de la Pucelle dans sa vie privée et dans sa mission. — Espérance de la Pucelle pour elle-inème et pour raccoinplissenient de sa mission. — Sa charité. — * Son zèle.

U. — Sa prudence pour la conservation de sa vertu et lexécution de sa mission. — Vertu de justice, sa religion, son obéissance à Dieu, son amour pour ses parents, son pays, son roi ; Taveu de ses fautes. — Miracles de force. — Les caractères de cette force. — Tempérance. — Son incroyable sobriété. — Les privilèges de sa pureté. — Regardée, présentée comme une sainte.

Si les vertus chrétiennes pratiquées dans un degré commun et ordinaire sufGsent pour le salut, TÉglise ne leur décerne pas les honneurs des autels. Elle les réserve aux vertus pratiquées dans un degré héroïque, c’est-à-dire constamment, promptement, malgré les difficultés et les obstacles. Nous le répétons; en affirmant que telles lurent celles de la Vénérable, nous n’entendons nullement devancer les décrets du Siège apostolique. Nous parlons en historien qui, conformément au plan approuvé par Sa Sainteté, tire des faits une conclusion qui lui semble en ressortir; jugement essentiellement privé, que l’autorité divinement assistée peut seule rendre irréfragable.

Les vertus chrétiennes sont avant tout les vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité, et ensuite les vertus morales de prudence, de justice, de force et de tempérance. Le saint doit avoir pratiqué ces dernières selon que c’était réclamé par son état, sa position, par les circonstances dans lesquelles l’ont placé les événements de la vie. Quel personnage dans une existence bien courte a vécu dans des situations aussi différentes, aussi opposées que notre Vénérable?

On a vu dans le volume la Paysanne et rimpirée (p. 328-334), ce que fut à Domrémy l’élève de sainte Catherine et de sainte Marguerite. Jetée soudain sur un théâtre bien différent, passant de l’obscurité la plus profonde sur une scène où elle est en spectacle à la chrétienté entière, sa

LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÈRE-LIBÉRATRICE

sainteté ne fait que jeter un éclat plus vif, éclat resplendissant comme le lieu même où elle attire les regards du monde ébahi.

La foi de la guerrière brille dans son amour des lieux consacrés par la piété, dans son amour des longs offices, dans son maintien qui semble celui de la piété personnifiée, dans les larmes brûlantes qui sillonnent son visage à la vue des divines Espèces. Les témoins sont unanimes. Mais sa foi parait peut-être plus grande encore en ce qu’elle a cru que Dieu pouvait se servir d’un instrument aussi infime qu’elle sentait l’être, pour opérer ce que ne pouvaient ni les armées, ni la politique, pour ressusciter la France. Après l’Incarnation, la Propagation de l’Évangile et les autres miracles fondements de notre Foi, quoi de plus humainement impossible? Elle a cru avec une foi inébranlable que rien n’était impossible à Dieu, et, toute proportion gardée, nous pouvons dire à la Vierge de Domrémy comme à la Vierge de Nazareth : « Heureuse parce que vous avez cru, car tout ce qui vous a été dit sera accomplie (Luc., i, 45).

Pour elle-même, elle n’a voulu d’autre récompense que le Ciel, et elle a assez compté sur la grâce pour espérer que, telle étant la volonté de Dieu, elle pourrait garder sa vertu à la cour, dans les camps, au milieu des ovations et des ignominies, au midi d’une gloire unique et dans l’abîme d’abjections proportionnées. Cette espérance n’a pas été trompée. Dans l'accomplissement de sa mission, les obstacles se sont dressés devant elle, plus nombreux, plus infranchissables que les pics ne succèdent à d’autres pics dans la chaîne des Alpes. Elle a espéré que Dieu était assez puissant pour les lui faire franchir ; elle a poursuivi infatigablement sa marche. En entrant à Orléans, elle prêchait à tous la confiance en Dieu (»//)rà, p. 164), et au duc d’Alençon lui représentant à Jargeau que les travaux ne lui paraissaient pas assez avancés pour tenter un assaut, elle répondait : « Pas d'hésitation, F heure est prête quand tel est le plaisir de Dieu; il faut ouvrer quand Dieu le veut ; agissez et Dieu agira » {suprà, p. 195).

Quel pur foyer de charité que son cœur! Elle repousse tout ce qui pourrait en ternir la flamme. En dépit de la douleur que lui cause la blessure qui lui transperce le cou de part en part, elle repousse des remèdes qui lui paraissent empreints de superstition et déclare qu’elle préfère mourir. Elle tient à la transparence de son âme au point de se confesser presque chaque jour, ordinairement avec larmes, disant que l’on ne saurait trop nettoyer sa conscience. Quelles paroles empreintes de la piété la plus vraie et la plus simple sortent de cette âme si limpide !

Un motif de charité s’ajoute au motif d’obéissance qui lui a fait entreprendre et poursuivre sa mission. Motif de charité envers Dieu: plutôt que de ne pas lui obéir, elle s’userait les genoux pour se rendre là où son

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