LES VERTUS ÉMINENTES DE U VÉNÉRABLE
Seigneur l’envoie ; mais c’est pour la délivrance des opprimés que le Ciel l’a suscitée. Il faut faire sortir Anglais et Français du labyrinthe d’enfer où leurs âmes se perdent, et les mettre en état de poursuivre paisiblement leur fin dernière dans la justice et la sainteté. Voilà pourquoi elle pleure sur ses ennemis morts sans confession, et adresse à Glacidas de si touchantes objurgations.
Quand Siméon Luce a écrit que les remontrances de Jeanne au duc de Lorraine étaient un fait pour ainsi dire unique dans son histoire, il s'imaginait sans doute que personne ne saurait ou ne voudrait lire les preuves si multiples de la guerre constante qu'elle a faite au péché sous toutes ses formes. Le péché, disait-elle, fait perdre les batailles {suprà, p. 227). C’est au péché d’abord qu’elle a fait la guerre, à la cour, à l’armée, dans les camps, toujours, partout. Blasphème, libertinage, déprédations, elle les a tous poursuivis avec le zèle le plus ardent. On l’a vue prendre au collet un des grands du royaume qui avait blasphémé, et exiger une réparation immédiate {suprà, p. 173). Le duc d’Alençon dépose que la crainte d’être entendu par elle arrêtait le mot coupable sur ses lèvres habituées à outrager l’infinie Majesté. Quelle guerre sans trêve aux femmes de mauvaise vie! Elle menaçait de quitter l’armée, si l’on ne mettait pas la conscience en règle ; et le jour de l’Ascension, 5 mai, elle fait publier un cri que personne ne fût assez hardi pour venir à la bataille du lendemaiu sans s’être confessé {suprà, p. 226). Elle ménage et des facilités et des attraits pour l’accomplissement de ce devoir.
Comment parler plus vigoureusement contre l’hérésie qu’elle ne l’a fait dans sa lettre aux Hussites ?
Sa prudence est exquise, soit qu’il s’agisse de sa conduite personnelle, soit qu’il s’agisse de la conduite de l’œuvre dont le Ciel l’a chargée.
Sa pudeur jalouse s’entoure des plus minutieuses précautions. S'il fallait s’en rapporter à la Chronique Morosini, elle aurait défendu à tout homme, sous peine de la potence, de pénétrer dans ses appartements avant qu’elle fût entièrement habillée. Elle choisit pour demeure une maison renommée pour son honnêteté, fait coucher avec elle des personnes de son sexe, de préférence d’innocentes petites filles, et ne se produit que pour les besoins de la mission. Si elle est forcée de coucher en rase campagne, c’est étroitement serrée dans ses vêtements, jusque dans son armure, au risque d’en être blessée {suprà, p. 109, 202).
M Aide-loi, Dieu t’aidera ; ouvrez et Dieu ouvrera ; les hommes larmes batailleront et Dieu donnera la victoire » {suprà, p. 97, 136, 193) ; autant
LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÊRE-LIRÉRATRICE.
de paroles tombées de ses lèvres, et qui prouvent qu’elle apportait à l’exécution de sa mission la prudence qu’elle apportait à la sauvegarde de sa vertu. Le portrait de la guerrière tracé par Alain Chartier (II, p. 254), par Gousinot (111, p. 98), par Jean Chartier (III, p. 158); tout ce que l’on nous dit de ses qualités de capitaine accompli, prouvent qu’elle ne négligeait aucune des précautions commandées par la pru> dence militaire.
Quelle partie de la justice chrétienne envers Dieu, envers le prochain et elle-même qu’elle n’ait parfaitement pratiquée? Que l’on se rappelle ce que son hôtesse de Poitiers {suprà, p. 142), ce que son page {suprà, p. 201), ce que son confesseur et aumônier {suprà, p. 232), ce que la dame de Bouligny nous ont dit de son esprit de prière de jour et de nuit. Le soleil de la vie chrétienne, du culte chrétien, c’est la sainte messe. Dans la vie guerrière, elle s’en montrait avide, encore plus qu’à Domrémy, si c’était possible. Les témoins ont été particulièrement frappés de sa dévotion à la sainte messe. Elle se confessait pour mieux y assister (I, p. 57). Elle y communiait souvent, de préférence avec les enfants donnés aux couvents des ordres mendiants {suprà, p. 222). « Icelle Pucelle, nous a dit d’Aulon, était très dévote créature, et très dévotement se maintenait en oyant le service de notre Seigneur, lequel continuellement elle vouloit oyr, c’est assavoir aux jours solempnels la grant messe du lieu où elle estoit, avecque les heures subséquentes, et aux autres jours une basse messe, et elle estoit accoustumée de tous les jours oyr messe, s’il lui estoit possible » {suprà, p. 214).
Telle était son obéissance à Dieu que pour faire sa volonté elle eût quitté cent pères et cent mères, eût-elle été fille de rois (II, p. 118) ; tous ses pas dans la carrière prouvent la sincérité de cette parole.
Le rétablissement delà justice était l’objet de sa mission. Les Anglais n’ont aucun droit en France, disait-elle. Ce que cette capitale injustice entraînait de violences et d’iniquités défie toute description.
Dans la gloire elle n’oublie pas les siens. A l’apogée de son triomphe, son cœur la ramène vers sa famille {suprà, p. 186). Elle porte fidèlement l’anneau, cadeau de son père et de sa mère, et par plaisance pour eux, elle le regarde si souvent que ses ennemis veulent y voir un talisman et un engin de superstition.
Elle n’a jamais vu couler sang français sans que les cheveux ne lèvent sur sa tête.
Tout en restant la simple paysanne, elle est si fidèle à l’étiquette de la cour que l'on croirait qu’elle y a été nourrie (III, p. 147) ; le roi miraculeusement sacré est pour elle l’objet d’un religieux respect. L’on ne peut s’expliquer l’intérêt si vif qu’elle porte au duc d’Orléans, prisonnier à