‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 229 sur 296 · LES VERTUS ÉMINENTES DE LA VÉNÉRABLE · texte numérisé non relu

LES VERTUS ÉMINENTES DE LA VÉNÉRABLE

Londres, que parce qu’elle voyait en lui la seconde tige des Valois. Elle envoie un anneau d’or à la duchesse douairière de Laval, la veuve de Duguesclin, en s’excusant que ce soit si peu pour son mérite. Son ton se proportionne à la condition des personnes auxquelles elle parle ; et encore qu’il soit très menaçant pour les envahisseurs et les filles de mauvaise vie, il serait facile de montrer que le châtiment est au-dessous de la menace. On sourit d’aise en la voyant persuader à Lahire de jurer par son Martin, au lieu d’exhaler sa bile gasconne en y mêlant le nom divin.

On a vu comment elle rapporte tout à son Seigneur. Elle avoue avee ingénuité qu’elle a mal fait en se laissant choir de la tour de Bcaurevoir, qu’elle a contristé ses Saintes, ajoutant que si parfois elle leur a manqué de respect, elle leur en a crié merci, regrettant d’ailleurs de ne pouvoir pas leur rendre tout l’honneur qui à elles est dû.

Qu’est toute sa vie guerrière, sinon une suite de miracles de force chrétienne? Miracle de force pour quitter une famille tendrement aimée, miracle de force pour endurer sans se laisser rebuter les mépris de Baudricourt et de son entourage, miracle de force pour entreprendre à travers un pays ennemi, plein de périls de toute sorte, un voyage de 130 ou 130 lieues, miracle de force pour affronter ces longs et minutieux examens de Chinon et de Poitiers, miracle de force pour attaquer et emporter les bastilles d’Orléans, pour les attaquer malgré l’avis des chefs, emporter la plus imprenable, quand l’ordre de la retraite a été donné ; miracle de force pour rester sur le champ de bataille après la profonde blessure qu’elle y a reçue, miracle de force pour supporter des fatigues qui auraient fait fléchir les guerriers les plus robustes, miracle de force pour traîner jusqu’à Reims le roi et sa cour, miracle de force pour continuer sa mission alors qu’elle est contrecarrée, trahie par ceux qui devaient en recevoir le bénéfice ; elle redoute plus que la mort de tomber outre les mains de ses ennemis, ses Saintes l’assurent que ce sort lui est réservé avant deux mois, et elle fait ce miracle de force de marcher dans la carrière divinement tracée sans jamais penser en sortir, et elle trouvera moyen de se surpasser elle-même dans la période de sa passion et de son martyre ! Et cette suite d’actes héroïques de force d’âme est accomplie par ce qu’il y a naturellement de plus faible, une adolescente, une paysanne, une enfant de dix-sept à dix-huit ans !

D’ailleurs, non seulement rien de farouche, de cruel, mais rien de raide : tout y est simple, naturel, plein de candeur, s’alliant avec la tendresse la plus vraie. Qui donc ne reconnaîtrait dans ce chef-d’œuvre le sceau inimitable de Celui qui, dans ses créations, sait si bien unir les extrêmes, qui arrête la fureur des flots avec des roseaux et des brins d’herbe, et dans ses saints fond si bien la force et la suavité, Ténergie du

LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÈRE-LIBÉRATRICE

commandement sans rudesse, l'humilité de Tobéissance sans bassesse, la prudence et la simplicité, partout enfin, dans les œuvres de la nature et de la grâce, marie si bien la force et la douceur!

La tempérance dans la Vénérable ne fut pas moins héroïque que la force. Ce qui est dit de sa sobriété serait au-dessus de toute créance s’il y avait moins de témoins irrécusables. Jamais personne vivante ne la surpassa sur ce point, nous a dit Dunois ; elle ne buvait pas, dit le greffier de la Rochelle, et mangeait comme rien ; deux onces de nourriture, écrit Pancrace Justigniani, un peu de vin mêlé de trois quarts d’eau; une bouchée, ou un morceau de pain, morsum partis^ dépose Louis de Coules, son page; c’était tout. Et avec cela les fatigues qui viennent d’être indiquées l

Plus miraculeuse encore est sa chasteté. Il n’y en eut jamais de plus exposée, il n’en est pas de plus à l’abri de tout soupçon, de plus pénétrante, si ce n’est celle dont la pureté fit sortir le Verbe du sein de son Père. La chasteté de Jeanne eut le privilège de celle de la Mère de Dien. Nous avons entendu les nombreux témoins, il y en a au moins huit ou dix, qui nous ont affirmé par serment qu’elle chassait les miasmes impurs, calmait les sens, et faisait évanouir jusqu’à la simple pensée troublante. Parole licencieuse, regard lascif, sens réprouvé, en sa présence tout expirait, et faisait momentanément place à la sérénité de l’Eden. Aussi la Virginité a-t-elle donné à la Vénérable son nom préféré. La Libératrice du genre humain est, pour toute langue, la Vierge sans épithète et sans complément, la Libératrice française fut la Pucelle sans épithète et sans complément. Ainsi la nomma son siècle, jusqu’à ses ennemis qui le constatent non sans un violent dépit; Johanna quæpuella vociferatw\ écrivent-ils ; ainsi elle doit être nommée par ceux qui sont jaloux de la parer de tout l’éclat du plus beau de ses joyaux.

L’écrin de la chasteté, dit saint Augustin, c’est l’humilité. Celle de la Vénérable triompha d’un péril sans égal. A l'âge qui est celui de l’éblouissement, à dix-sept ans, la jeune béguine, sujet des railleries des gars de Domrémy, passe soudainement au brûlant midi d’une gloire inouïe. Toute la chrétienté l’acclame ; ses ennemis disaient que les hommages dont elle était l’objet allaient jusqu’à l’idolâtrie; ils effrayaient jusqu’à ses^ amis. La preuve en est ce que nous a raconté le grave Seguin :

Un jour à Loches, Pierre de Versailles, en voyant les foules se précipiter pour baiser ses pieds et ses mains, arrêter pour cela son cheval par les pieds, crut devoir lui dire de se tenir en garde. La réponse qu’elle fit montre qu'elle savait bien où pour elle à cette heure se trouvait le péril : « En vérité, dit-elle, si Dieu ne me gardait, je ne saurais me garantir moi-même contre telles manifestations. » Elle se garantissait le plus qu’elle le pouvait. Les témoins entendus à Orléans sont unanimes

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