LES VERTUS ÉMINENTES DE L\ VÉNÉRABLE
pour attester que jamais un signe ne manifesta qu'elle s'attribuât la gloire de ses exploits ; elle rapportait tout à Dieu, résistait autant qu’elle le pouvait aux honneurs et aux louanges dont elle était l’objet. Voilà pourquoi, tant que les besoins de la guerre ne demandaient pas le contraire, elle préférait la solitude aux compagnies (suprà^ p. 168). Est-cc que l’humilité la plus vraie et la plus charmante ne respire pas dans les paroles par lesquelles elle se défendait à Bourges de toucher les objets de piété qu'on lui présentait : « Touchez-les vous-même, disait-elle à son hôtesse la dame de Bouligny, ce sera tout aussi bon?» {suprà^ p. 176).
Tous les traits de ce tableau de l’héroïcité des vertus de la Vénérable sont strictement historiques; la chrétienté, en dehors du parti anglobourguignon, a salué une sainte dans la Vierge-Libératrice. Les docunieals de tout genre de nos quatre volumes en sont la preuve. Quel portrait en ont tracé en deux lignes les docteurs de Poitiers : Aucun malj mais tout bien^ humilité^ virginité^ dévotion^ honnêteté^ simplesse ». Ils faisaient écho à M. Front, curé de Domrémy, qui disait : « Elle n'a pas sa pareille dans la paroisse^ je n'en connus jamais de si bowie»; à ce que déposait le chanoine Arnolin : « Je Pat entendue deux ou trois fois en confessioji; j'ai trouvé en elle les signes de la chrétienne parfaite ». Le grand canoniste de l’époque, Jean de Maçon, après l’avoir observée à Orléans, aimait à répéter qu’il n'avait pas Tombre d'un doute sur la divinité de sa mission ; c’était merveille de l’entendre parler et répondre; il n’avait vu dans sa vie que bonté et sainteté [suprà^ p. 166). Paquerel, de Queuville, tous ceux qui comme confesseurs avaient savouré les parfums de son âme, en restaient embaumés pour le reste de leur vie. C'était une grande consolation de converser avec elle, déposaient plus tard les bourgeois d’Orléans [suprà^ p. 168). L’auteur du poème anonyme prédisait il y a plus de quatre cents ans que les Anglais l’honoreraient dans les rangs des saints, d’où elle ferait tomber les grâces les plus signalées {suprày p. 338-9).
Ce n’est certes pas la nature qui peut produire une telle merveille ; c'est l'œuvre de Celui qui, admirable dans toutes ses œuvres, l'est surtout dans ses saints. La sainteté était rehaussée dans la Vénérable par des dons gratuits, miraculeusement infuSj dit la théologie. Ils sont ainsi appelés, soit parce que par leur nature ils surpassent toute puissance humaine et créée, soit parce qu’ils sont conférés soudain, sans l’expérience et la formation préalable qui peuvent les faire acquérir. Ils sont aussi éclatants que nombreux dans la Vierge-Guerrière. Ils lui ont été conférés tant pour faire accepter sa mission que pour lui donner les moyens de l’accomplir : Un don de ce genre, ce sont les prophéties qui l’ont annoncée et plus encore les prophéties si étonnantes qu’elle a faites en si grand nombre.