‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 232 sur 296 · U LIBÉRATRICE PROPHÉTISÉE · texte numérisé non relu

U LIBÉRATRICE PROPHÉTISÉE

l'intelligence humaine, ils ne connaissent cependant ni les secrètes pensées du cœur que Tonne veut pas leur révéler et qui n'impriment aucun signe sur le corps, ni les événements à venir dépendants des causes libres. 11 ne répugne pas que dans certains cas, Dieu se serve des démons pour manifester ce qui n'est connu que de lui seul; il s'est bien servi de Balaam, de Caïphe, des Sibylles ; mais ces cas sont rares; les devins, contrefaçon des prophètes de Dieu, se reconnaissent à la nature des manifestations, souvent vaines, quand elles ne sont pas immorales et nuisibles ; à la manière dont ils les font, usant de signes d'une signification occulte ; à l'aspect tourmenté de leur extérieur ; aux motifs intéressés qui les font agir, etc.

Une, ou plusieurs prophéties, même divines, ne sont pas un titre à la canonisation, dit Benoit XIV, tant que Ton n'a pas constaté Théroïcité des vertus; mais dès qu'elle est établie, on doit tenir le plus grand compte du don de prophétie pour conclure à la sainteté*. L'héroïcité des vertus estelle établie dans le chapitre précédent?Le devoir d'historien rempli, il faut abandonner à plus irréfragable tribunal la décision suprême et dernière ; mais avec semblable restriction, il sera bien permis de grouper les documents historiques qui établissent Timmense place occupée par la prophétie dans l'histoire de la Vierge-Libératrice. Elle a été prophétisée, et elle a eu à un rare degré le don de prophétie. On serait peut-être embarrassé pour trouver dans l'histoire depuis les Apôtres un personnage qui ait fait des prophéties aussi étonnantes, aussi nombreuses, d'une aussi indubitable authenticité, en aussi peu de temps.

La Vénérable a été prophétisée. Pour se faire accepter de Durand Laxart (II, p. 222), de Catherine Leroyer (II, p. 224), et par les habitants de Vaucouleurs, elle citait la prophétie antique, d'après laquelle la France perdue par une femme serait relevée par une Vierge des frontières de Lorraine.

Le grand avocat du temps, Barbin, nous a fait connaître la prophétie si explicite de Marie d'Avignon, surnommée la Casque ; et Gobert Thibault nous a dit que le grave Machet, le confesseur du roi, aimait à répéter que Jeanne était la Vierge promise par plusieurs écrits {suprà, p. 151).

Dunois [suprà, p. 188), dépose que Suffolk était prisonnier depuis quinze jours quand il reçut une prophétie annonçant que du bois chênu sortirait une Vierge qui marcherait sur le dos des Archers. Au procès

1. De eâ {prophetid) maxima habenda est ratio pro sanctilate arguendà. (De Canonis., Ub. Ul, c. 47, § 2).

460 LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÈRE-LIBÉRATRICE

de Rouen, cette prophétie fut citée à l’accusée, qui, tout en disant ne l’avoir connue que depuis sa venue en France, avoua qu’il y avait dans son pays un bois chênu qui se voyait de la porte de la maison de son père (II, p. 122).

Brébal cite dans son mémoire de nombreuses prophéties concernant la Vénérable (I, p. 494 et seq.). 11 nomme Montalcin, astrologue de Florence, auquel il faut joindre un Barbin, différent du juriste qui vient d’être cité, astrologue de Genève (III, p. 383).

Pancrace Justigniani écrivait de Bruges qu’avant la délivrance d’Orléans couraient à Bruges des prophéties dont on se moquait, et en particulier d’une Pucelle, gardeuse de brebis, originaire de vers la Lorraine (III, p. S74).

Dieu ne se serait-il pas manqué à lui-mème, si après avoir fait ainsi annoncer de tant de manières la Vierge-Libératrice, il n’avait pas marqué par des signes et sa naissance et ses premières années? Les docteurs de Poitiers, Gerson affirment l’existence de ces signes ; Boulainvilliers les raconte; et il n’y a pas jusqu’au haineux Chuffart qui ne les mentionne, tout en leur donnant un démenti qu’il n’appuie que sur sa haine pour la Vierge.

Ces prophéties ne préparaient que d’une manière fort éloignée les esprits à attendre la Libératrice. Elles se perdaient presque au milieu des prophéties de toute nature que font naitre les moments de grande crise. La manière dont Laxart et Catherine Leroyer parlent de celle que la Vénérable leur allégua prouve qu’ils n’en avaient gardé qu’un vague et confus souvenir. Les signes de la naissance et de l’adolescence, tout en attirant l’attention, restaient mystérieux et obscurs, mais au fur et à mesure que se déroulèrent les événements, la lumière se fit. Prophéties et signes restaient pour prouver qu’il est une Providence maîtresse des événements. N’est-ce pas ce que l’on remarque dans les prodiges observés à la naissance de certains saints, ou même d’hommes destinés à imprimer sur la terre de profondes traces de leur passage? Peu de saints pourraient se glorifier d’avoir été annoncés par autant de prophéties que l’a été la Pucelle ; il en est peu dont la venue au jour et l’enfance aient été marquées par des signes aussi gracieux que ceux qui sont racontés de la Vénérable; mais, je le répète, il n’en est pas, à ma connaissance, qui ait fait autant et de si étonnantes prophéties que la Vierge française.

La prophétie a ouvert la voie à la Libératrice ; elle s’y est avancée la prophétie sur les lèvres; devant l'inique tribunal de Rouen, le greffier a

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