LA PLCELLE DEVENUE SOUDAINEMENT CAPITAINE PARFAIT
eÉFrayés, que quatre ou cinq cents Français pouvaient faire face quasi à toute la puissance anglaise. Ils faisaient une telle impression sur les Anglais que ceux-ci n'osaient plus sortir de leurs lieux de retraite et de leurs bastilles » p. 181).
Combien de témoignages pareils dans les pièces produites ! Que Ton se rappelle les édits rendus contre les hommes d’armes que la terreur de la Pucelle empêchait de franchir le détroit pour venir en France, et contre ceux que le môme sentiment en faisait clandestinement sortir pour rentrer dans Tile. (III, p. 530 et suiv.)
Quel meilleur juge que le régent Bedford. Que l’on relise son mémoire sur la cause des revers anglais en France (III, p. 363). Il faut les attribuer avant tout à la peur du suppôt d’enfer nommé la Pucelle. C’est à la peur qu’elle sema parmi les Anglais, au courage qu’elle donna aux Français que sont dus tous les malheurs des Anglais. Tout avait prospéré pour eux jusqu’à l'arrivée de la sorcière.
En quatre mois les Anglais perdirent ce qu’ils avaient mis dix ans à conquérir. Dans une énumération d’ailleurs incomplète, Bedford, dans le mémoire déjà cité, énumère Reims, Troyes, Chàlons, Laon, Sens, Provins, Senlis, Lagny, Creil, Beauvais, les principales contrées champenoises, la Brie, le Beauvaisis, une partie de la Picardie; il ne parle pas de l'Orléanais, ni d’une partie de la Beauce. Les conquêtes de la Vierge- Guerrière en quatre mois ne le cèdent pas à celles que le vainqueur de Marengo fit dans le môme espace de temps. L’historiographe officiel, Jean Chartier, nous a dit : « Il ne se fit pas chose dont il faille parler que ce ne fut sur l’entreprise de Jeanne la Pucelle. » (III, p. 131.)
C'est à elle qu’il faut attribuer la délivrance d’Orléans : « Ma persuasion et celle de tous les habitants de la ville, dit Luillier, c’est que si la Pucelle n’eût pas été envoyée par Dieu à notre secours, la ville et ses habitants allaient être prochainement contraints de subir la domination des ennemis. Ai les habitants, ni les hommes d’armes ne pouvaient tenir longtemps contre leur puissance, tant ils avaient de supériorité sur nous » {siiprà^ p. 163). Les vingt-trois bourgeois qui ont déposé à la suite se sont approprié la déposition que l’on vient d’entendre.
Dunois, interrogé expressément sur la campagne de la Loire, répond que les succès en furent dus à la Pucelle [suprà, p. 183). La manière dont il raconte la reddition de Troyes parle assez d’elle-même. — De Cagny nous la représente le long de la route envoyant ses hérauts sommer des deux côtés du chemin les villes et les places de se soumettre au roi du
LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÈRE-LIBÉRATRICE
Ciel et au gentil roi Charles.., Quant à ceux qui refusaient, elle s’y rendait en personne et tous obéissaient. (III, p. 185.)
Le Bourguignon auteur de la Chronique des Cordeliers fait la même constatation. II n’y avait pas de forteresse qui, sur sa simple parole et sommation, ne voulût se rendre... L’on disait que lorsqu’elle venait devant une forteresse, les gens du dedans, quelque volonté qu’ils eussent avant de n’obéir ni au Dauphin ni à elle, étaient tous changés, sans courage, privés de toute puissance de résister. » (III, p. 440.)
Tout ce qui était tenté sans elle échouait. Le 30 avril, La Hire, Florent d’Illiers et d’autres capitaines font une sortie contre les Anglais, sans que la Pucelle y prenne part. 11 n’y eut d’autre résultat que plusieurs tués et blessés de part et d’autre (III, p. 120). L’assaut contre Saint- Loup entreprit sans la Pucelle devient une défaite jusqu’à ce que la Vierge-Guerrière, en paraissant dans la mêlée, en fasse sa première victoire. Après la délivrance d’Orléans, les capitaines veulent essayer de recouvrer Jargeau en son absence. Ils rentrent après avoir laissé de leurs morts dans les fossés, (III, p. 129, et suprà^ 333). A Troyes, tant que Jeanne est laissée de côté, l’insuccès est tel que l’on pense sérieusement à rétrograder.
Les conquêtes s’arrêtent dès qu’elle ne conduit plus la guerre, c’està-dire à partir de l’assaut contre Paris; ou l’on ne fait que des conquêtes intermittentes. Paris, il est vrai, sera recouvré en 1436, comme elle l’a prédit; mais avant la conquête de la Normandie et de la Guyenne, il faudra traverser la période des écorcheurs, et une alternative de succès et de revers. On ne lui avait pas permis de bouter l’envahisseur hors de toute France. Même les chroniqueurs boui^uignons constatent qu’avant la stupide trêve du 28 août, la Picardie, la Normandie appelaient le roi national.
Les conquêtes étaient lentes au moyen âge. Les sièges de Cherbourg, de Rouen, de Meaux, de Melun ont duré six ou sept mois chacun. L’artillerie n’était pas encore assez perfectionnée pour détruire les remparts derrière lesquels s’abritaient les populations de cette époque ; ce n'était guère que par la famine que l’on pouvait avoir raison des places fortes. Les Anglais étaient depuis sept mois devant Orléans. Nulle part ils n’avaieni déployé plus d’habileté dans l’art des sièges, disent les chroniques. Les assiégés n’avaient pas pu les arrêter dans leurs travaux de circonvallation ; c^était comme une ville élevée contre une autre ville. Il n’a fallu que quatre mois à la Vierge -Guerrière pour leur enlever beaucoup plus qu’ils n’avaient conquis depuis le traité de Troyes. En trois jours elle brise