‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 239 sur 296 · LA PUCBLLE DEVENUE SOUDAINEMENT CAPITAINE PARFAIT · texte numérisé non relu

LA PUCBLLE DEVENUE SOUDAINEMENT CAPITAINE PARFAIT

la ceinture de pierres, de terre, de fer, élevée si péniblement et si dispendieusement; elle frappe son premier coup le 4 mai, le second le 6 ; le 7 c'est le coup décisif ; le 8 au soir il ne restait d’Anglais à Orléans que les prisonniers.

La campagne de la Loire, commencée le 11 juin, se terminait le 18 par la défaite de Patay. Ce fut un Jour de merveilles; car, comme de Cagny nous l’a dit, je crois bien que jamais homme vivant ne vit la pareille, telle que de mettre en un jour en l'obéissance du roi trois notables places, à savoir : la ville et le château de Meung, la ville et le château de Beaugency, la ville et le château de Yenville en Beauce, et de gagner une journée telle que celle de Patay (III, p. 184). A Troyes, on lui permet de se mettre à l’œuvre dans la soirée du vendredi 8; le samedi 9, la ville vient à composition. Il lui suffit désormais de se présenter ou d’envoyer ses hérauts pour que les villes s’ouvrent d’elles-mémes.

Que de temps durant ces mois lui ont fait perdre les tergiversations de la cour! Ne parlons pas des six semaines qu’elle a dû attendre avant d'étre mise à l’œuvre, depuis son arrivée à Chinon le 6 mars jusqu’à son entrée à Orléans le 29 avril. En la conduisant par la rive gauche au lieu de la conduire par la rive droite, comme elle l’avait demandé, droit aux Anglais, on la force d’attendre jusqu’au 4 mai le retour des hommes d’armes rentrés à Blois. Orléans est délivré ; ce sont des conseils sans fin; c’est presque un mois d’inaction, durant lequel les Anglais se fortifient au bord de la Loire et réparent les pertes subies. C'est seulement le 5 juin que Jeanne put quitter la cour. Après Patay, il n’y a plus d’armée anglaise en France. Talbot lui-même, fait prisonnier, disait que Charles était maître de tout, et qu’il n’y avait plus de remède (III, p. 329). Le bruit que Paris avait chassé les Anglais courut à Lyon {ibid.) et dans le midi de la France, ainsi que le prouvent les lettres de Molins citées dans la Chronique Morisini (III, p. 578 et 580). A Paris même, on attendait l’arrivée des Armagnacs dans la nuit du 21 juin, écrit Cbuffart (III, p. 518).

L’aigle n’a pas les yeux sur sa proie plus que la guerrière ne l’avait sur Paris; il semble cependant qu’elle ne voulait y faire entrer le roi que sacré; mais il était fort possible, même en passant par Reims, d’y arriver avant la nouvelle armée anglaise, qui n’y entra que le 25 juillet. Il aurait fallu suivre l’Ange visible que Dieu envoyait à la France, et ne pas ralentir par des tergiversations incessantes la marche qu’il voulait imprimer. L’armée, victorieuse à Patay, rentrait le 19 à Orléans, où Charles 'VII était attendu. Il était à Sully, et Jeanne doit parlementer durant quatre jours pour obtenir qu’il se mettra en route pour Gien. Elle arrive à Gien le 24 au soir avec l’armée qui la suit : nouvelles tergiver-

LE SURNATUREL DANS LA GUERRIÈRE-LIBÉRATRICE

sations; elle doit se mettre en campagne sans le roi pour l’amener à tenter le voyage de Reims. Il s’ébranle le 29. Trois jours se passent en négociations intéressées devant Auxerre, qu’un assaut aurait emporté.

Le 5, vers neuf heures du matin, Ton campe devant Troyes. Cinq jours se perdent parce qu’on veut laisser de côté celle qui porte le salut. Simon Charles nous a dit que jusqu’aux portes de Reims, Charles VII fut hésitant {suprà^ p. 149). Enfin le roi est sacré le 17. Même alors, en se mettant en marche sur Paris, on pouvait y arriver avant l’armée anglaise qui, recrutée contre les Hussites,est détournée contre la France par le cardinal de Winchester. Il ne fallait pas, au mécontentement de Jeanne, se laisser leurrer par des négociations trompeuses. Quatre jours sont perdus; on en perd plus encore en ramenant l’armée vers le Midi, lorsque les Anglais eux-mêmes commettent la faute de l’arrêter à Bray. On eut grand peur à PariSy même après le sacre, car il ny avait nul seigneur dans la ville. C’est Chuffart qui l’atteste (III, p. 549). Bedford écrivait, à la date du 16 juillet : Paris et tout le rémanent s'en allait à ce coup; car c'est de Paris que dépend toute la seigneurie (III, p. 549).

On accourait sous la bannière de la Pucelle, non seulement de toutes tes parties de la France, mais encore des contrées voisines. C’est attesté par Jean Chartier (III, p. 167) ; par te secrétaire de la ville de Metz {suprà^ p. 278); par Kœnigshoffen [supra ^ p. 292). L’on ne demandait d’autre solde que l’honneur de combattre à la suite de l’envoyée du Ciel. Ebérhard de Windecken écrit qu’il y avait toujours assez de provisions avec elle, et que tout le temps qu’elle chevaucha dans cette chevauchée, les vivres ne manquèrent pas (suprày p. 274).

Que n’aurait-elle pas accompli, si elle n^avait pas été traversée? Toute la chrétienté, d’abord ébahie, se serait rangée à la suite de sa bannière, qui était celle du Christ-Roi. Le plus beau fait qui eût été fait pour la chrétienté aurait été une réalité; et Christine de Pisan, exprimant dans ses vers l’attente commune, n’aurait pas exagéré. Mais d’elle, comme du Sauveur du monde, il devait être vrai de dire que les siens ne l’ont pas reçue ; elle devait être traversée par les passions meurtrières entre toutes : la jalousie et l’ambition qu’elle venait combattre et dont elle réparait les ruines.

Non seulement la cour a traversé la Libératrice par ses hésitations et ses délais ; mais dans l’action même, Jeanne a eu à combattre ceux qui devaient naturellement la seconder, et que, jusqu’à l’assaut contre Paris, elle avait fini par entraîner à sa suite.

L’historiographe officiel, Jean Chartier, écrit: « Bien souvent le Bâtard

Page 1