ENCORE A NOUS PAR UN SENTIER VIRGINAL
Qu’est-ce à dire, sinon que c’est tout à la fois une nouvelle preuve et un nouvel exposé de TEvangile tout entier.
LE SURNATUREL DANS LA GUERRIËRE'LIBÉRATRICE
En face de pareil fait, si bien établi, que devient la négation du surnaturel, la négation du miracle? Aussi absurde au point de vue rationnel que la négation de l'existence de Dieu, elle devient insoutenable au point de vue historique, et condamne une fois de plus les négateurs à l’absurde. Admettre l’existence de Dieu, et admettre la possibilité du miracle, c’est tout un : admettre la Pucelle et admettre le fait d’un immense miracle, c’est tout un. Le fait corrobore ce qui est tout ensemble une vérité de raison et de foi.
La théologie enseigne que, tandis que Dieu a créé une multitude de purs esprits sortis parfaits de ses mains, des intelligences en possession de la science, il a voulu que l'homme, intelligence inférieure, n’y arrivât que graduellement, par une suite de tâtonnements, d’expériences. C’est la condition du génie lui-même, venons-nous de dire. Il a, dans l’ordre ordinaire, donné à l’homme plus de force musculaire, le sang-froid, qui le rendent plus apte aux entreprises laborieuses et périlleuses. Mais en établissant ces lois, s'est-il enlevé le droit de conférer soudainement ce qui, dans l’ordre de sa providence, ne s’acquiert que graduellement et moyennant son concours ? Celui qui donne à l’homme, dans l’ordre ordinaire, plus de vigueur de corps et d’esprit, ne peut-il pas, par exception, combler la distance, et conférer au sexe faible ce qu’il départ au se.xe plus fort?
Dira-t-on qu’il renverse les lois de la nature? Quelle meilleure manière de montrer qu’il en est le maître et que c’est lui qui les a établies? Objectera-t-on que dès lors elles cessent d’être constantes? Depuis quand un chef d’empire, en faisant grâce à un condamné aux galères sur cent mille malfaiteurs qui les subissent, détruit-il le code qui y condamne les violateurs de la morale? La proportion des dérogations aux lois de la nature par le miracle est incomparablement moindre. Et cependant, des esprits, par ailleurs non vulgaires, se laissent arrêter par une objection que, par égard pour eux, nous n’appellerons pas puérile, nous contentant de le penser. Que devient l’axiome : l’exception confirme la règle? La Pucelle est une de ces exceptions ; c’est Dieu manifestant sa présence dans le monde moral et politique, où, tout en laissant aux activités humaines leur libre jeu, il est aussi souverain que dans l’ordre physique.
La Pucelle, c'est Dieu venant encore à nous par un chemin virginal, a dit l’éloquent panégyriste de 1844. 11 a promis d’être avec son Église jusqu’à la consommation des siècles. Elle est sa continuation à travers
LA PÜCELLE DEVANT LA IDÉOLOGIE CATHOLIQUE
les âges; il lui a promis des miracles, et des miracles plus grands que ceux qu’il faisait lui-même : Qtiæ ego fado faciet^ et majora horiim fadet. Le don des miracles est dans l’Église en permanence. Les canonisations en sont une preuve éclatante : l’on n’y procède qu’après des miracles minutieusement constatés. Combien, par lesquels Notre-Seigneur manifeste sa vertu théandrique, ne sont pas soumis à l’exameu, et ne sont connus que de ceux en faveur desquels ils ont été opérés, ou du groupe d'amis qui les ont aidés à les obtenir!
Il en est de la vie de Jésus-Christ dans son Eglise comme de sa vie dans une chair mortelle. L’Évangile ne nous a fait connaître que le petit nombre des miracles qu’il a opérés : la résurrection de Lazare, la guérison de l’aveugle-né, du paralytique. Il désigne par des expressions générales cette multitude d’aveugles, de boiteux, de malades rendus par ÿa parole à la pleine santé. Jésus-Christ opère toujours de ces miracles pour ainsi dire privés dans son Église ; et l’on ne serait peut-être pas téméraire en disant que, à considérer le corps mystique de Jésus-Christ dans son universalité, la vertu théandrique s’en échappe à chaque instant; mais il lui plaît de la manifester quelquefois d’une manière plus éclatante, en sorte qu’on ne puisse pas ne pas remarquer et voir. Tel fut l’événement qui, au commencement du xv* siècle, jeta dans la stupeur tous les royaumes de la chrétienté: le miracle delà Pucelle. Miracle à part, inouï jusqu’alors, et par lequel, ainsi que le remarque Mgr Pie, il semble avoir voulu accumuler tous les dons divins sur la tête de l’enfant de son choix, sans qu’il manque une pierrerie à ajouter à sa couronne.
C’est qu’en effet, c’était lui qui se manifestait au sein de cette humanité qu il a épousée au jour de son Incarnation, et dont il ne veut jamais se séparer. Combien de fois la Vénérable a-t-elle répété : tout ce qu’// y a de bon en moi est à notre Seigneur! Elle n’a cessé de le redire; on ne saurait trop insister, c’est à tout propos qu’elle ramène le nom de son Seigneur. Son Seigneur, l’ayant faite pour se manifester par elle, a taillé sur le modèle de sa vie mortelle jusqu’au cadre de sa vie extérieure. Si tous les saints et tous les élus ne sont tels que par l’imitation des vertus de l’éternel Modèle, il n’en est pas ainsi des phases de leurs jours terrestres. Les trois phases de la vie de la Pucelle reproduisent les trois phases de la vie mortelle de Notre-Seigneur.
Quoi de plus semblable à la vie de Nazareth et à ses obscurs travaux que la vie de Domrémy et ce que les témoins nous ont dit des occupations de l’adolescente? Elle a pu la résumer elle-même, a-t-il été observé, par les paroles de l’Évangile résunftint cette première partie de la vie de l’Homme-Dieu. Je leur obéissais en tout, excepté au cas des fiançailles à Toul. N’est-ce pas Verat subditus illis^ excepté lorsqu’il demeure trois
LE SlUNAÏÜREL DANS LA GLERRIÈRE-LIBÉRATRICE.
jours au temple, Tobéissance au Père du Ciel devant passer avant l'obéissance aux parents de la terre? C’était le motif de celle qui disait hautement que pour obéir à Dieu elle aurait quitté cent pères et cent mères.
Soudain, l’Homme-Dieu sort des ténèbres où il s’était volontairement enseveli. Pour exprimer le sentiment produit par les merveilles qu’il sème sur ses pas, les évangélistes emploient identiquement le môme mot que les chroniqueurs pour exprimer le sentiment produit par les merveilles de son Envoyée. Stiipebant turbæ; stupebant omnia régna christianitatis. L’affectation avec laquelle les chroniqueurs font observer que la Libératrice avait été pastoure, et en conservait la simplicité, ne rappellet-elle pas cette parole de l’Évangile ; « N'est-ce pas un artisan^ et un fils (T artisan? »
Mais c’est surtout la passion qui, comme il sera démontré dans le volume suivant, reproduit minutieusement la Passion de Noire- Seigneur.
Il n'y a pas jusqu’aux paroles de celle qui ne savait ni A ni B, qui ne soient parfois les mêmes que celles de son Seigneur; quelques exemples ont été cités : le volume suivant nous fournira l’occasion d’en signaler un bien plus grand nombre. A ceux qu’étonnerait le rapprochement qui vient d’être fait, Mgr Pie a répondu que la ressemblance du disciple n’est pas une injure pour le maître.
Dans le miracle de la Pucelle, la théologie voit une preuve sensible de la permanence de Jésus-Christ dans son Église, et de la vertu divine dont il la pénètre.
Jésus-Christ n’y apparaît pas seul, et c'est avec autant de profondeur que de vérité que le cardinal Pie appelle la Vénérable une douce et chaste apparition du Ciel. « Je suis venue au roi^ disait-elle, de par Dieu^ la Vierge Marie, et tous les benoits saints et saintes du Paradis. » Le Ciel tout entier s’ouvre au-dessus de Ja fille d’élection.
Le nom de l’auguste Mère de Dieu figure à côté de celui de son divin Fils sur l’anneau et l’étendard de la Vénérable. La Pucelle aime à visiter tous les lieux où se font sentir les particulières influences du Ciel. Les oratoires, les autels dédiés à Notre-Dame ont ses préférences, témoin la chapelle de Notre-Dame à Domrémy, la chapelle de Notfe-Dame de Bermont, de Notre-Dame de Vaucouleurs, de Notre-Dame des Miracles à Orléans, l'autel de Notre-Dame dans la basilique de Saint-Denys. C’est le samedi qu’elle faisait son pèlerinage à BA*mont ; c’est le samedi qui sera le jour de ses grands triomphes: le samedi 7 mai, conquête des Tourelles ; le samedi 18 juin, victoire de Patay; le samedi 9 juillet, soumission de
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Troyes; le samedi 16 juillet, entrée à Reims. Le samedi 12 février, elle avait annoncé la défaite de Rouvray ; elle avait passé le samedi o mars, à Sainte-Catherine de Fierbois, d’où elle s’était annoncée au rui. Le jour ecclésiastique commence avec les premières vêpres du lendemain; Jeanne entrant à Orléans sur les huit heures du soir, le vendredi 29 avril, y entrait liturgiquement le samedi. Par là encore, l’histoire de la Vénérable se trouve en parfaite harmonie avec l’enseignement catholique qui, au Fils Étemel du Père, associe toujours la divine Mère qui l’a fait Fils de rhomme.
Rien que de parfaitement conforme à la doctrine catholique, dans ce qu’elle dit de saint Michel qui Ta suscitée, qui est son gouverneur, est à la tête du conseil qui la dirige, lui apparait escorté d’un grand nombre de purs esprits. Elle se dit assistée par les Anges, qu’elle voit parmi les hommes qui ne les voient pas. Qu’est-ce à dire? Elle voit sensiblement ce que les croyants à l’enseignement catholique ne voient que des yeux de la foi. C’est l’enseignement catholique, que Dieu associe les purs esprits au gouvernement du monde; renseignement catholique, qu’il y a subordination entre ces saintes milices, et que saint Michel en est le prince : Michael princeps militiæ angelortim^ dit l’Église dans sa liturgie. Elle nous fait dire encore : « Toutes les fois que s'opère une œuvre de merveilleuse efficacité^ c'est Michel qui est dit être envoyé^. » La jeune fille, qui n’avait pas lu cet enseignement de saint Grégoire, emploie pourtant les mêmes termes, quand elle dit que l’Ange venait pour grande chose [suprà^ p. 23) : une grande chose, certes, que de ressusciter la France, et cependant cette résurrection avait pour fin des choses plus hautes encore. Toutes les Écritures sont pleines de l’intervention des saints Anges ; c’est une vérité théologique, que chaque homme a son Ange gardien. Ici encore l’accord est parfait.
Jeanne voyait saint Louis et saint Charlemagne intercéder auprès du trône de Dieu ; elle a été au pied de la lettre élevée par sainte Catherine et sainte Marguerite, et a vécu dans leur intime familiarité. Le dogme de l’intercession des saints est un dogme de foi; l’Église militante vit dans les rapports les plus intimes avec l’Église triomphante. Chaque jour, elle offre le saint sacrifice pour remercier Dieu des victoires de ces frères aînés ; elle les implore; ce n’est qu’une seule et même Église ; une partie est rentrée victorieuse dans la patrie, et du haut de ses remparts, anime, soutient les bataillons qui luttent encore, leur transmet des secours réconfortants. L’enseignement théologique est confirmé, lorsque des frères, que leurs vertus et leurs œuvres rendent aussi dignes de foi
I. Quolies miræ virtutis aliquid agitur, Michael mitti perhibetur ^^29 sep., vi« leçon).