‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 246 sur 296 · Jeanne dWrc à Domrémy, p. cccx · texte numérisé non relu

Jeanne dWrc à Domrémy, p. cccx

bOO LA VIERGE-LIBÉRATRICE ET SON HISTOIRE FALSIFIÉES PAR LA LIBRE-PENSÉE.

montré tout ce que la Libératrice a dû aux circonstances locales qui ont entouré son enfance. Les mômes auteurs proclament que Michelet est excellent pour ce qui regarde Jeanne d’Arc.

C’est qu’en effet Siméon Luce n’a fait que donner un appareil de fausse érudition à l’idée de celui qui a écrit : « La jeune fille^ à son insu^ créait^ pour ainsi dire^ et réalisait ses propres idées^ et leur communiquait une splendide et touchante existence. » C’est le Kantisme passant de la philosophie dans l’histoire. Telle est l’histoire de la Libératrice enseignée dans l’Université césarienne. Le manuel d’histoire usité dans les lycées n’est-il pas celui de Duruy ? Les pages qui sont consacrées à la Vierge ne sont que Michelet en un autre style, et Michelet est l’unique auteur auquel l’élève est renvoyé.

Telle est l’idée que l’on veut insinuer au premier âge. Dans des Éléments d histoire de France., condamnés par l’Église, MM. Aulard et Debidour présentent Jeanne d’Arc comme uniquement inspirée par son patriotisme : « C’était une jeune paysanne des Marches de Lorraine, ignorante, extatique; elle adorait la France et voulait la sauver. »

C’est donc de l’enseignement du premier âge à l’enseignement supérieur que l’on donne le patriotisme de la Libératrice comme l’imique source de son inspiration, et l’explication des merveilles qu’elle a accomplies.

A un âge où les fillettes qui, comme Jeannette, n’ont appris ni A ni B, ignorent presque les noms des clochers du voisinage, la fille de Jacques d’Arc contemple les malheurs de la France, et médite d’y mettre un terme. Elle s'exalte au point que, dès le commencement de sa treizième année, elle se ligure voir saint Michel, les Anges, sainte Catherine et sainte Marguerite venir l’y inviter, la presser de réaliser pareil dessein. Elle voit, elle entend ces personnages imaginaires ; elle leur répond; elle va j usqu’à embrasser les genoux de ces fantômes créés par sa surexcitation cérébrale. Les évocations ont lieu plusieurs fois par semaine. Jeannette jouit délicieusement de ses fantastiques visions; quand elles cessent, elle n’a qu’un regret profond, c’est que ces êtres créés, à son insu, par elle, ne l’amènent pas aux lieux où ils vont s’évanouir; elle n’a pas le moindre soupçon qu’elle est dupe d’une hallucination ; sa conviction, à la suite du rôve, est aussi inébranlable que pendant sa durée. L’enfant est, par ailleurs, très pondérée, et jamais l’on ne connut fille plus exemplaire. Pour expliquer le phénomène, la libre-pensée nous dit que la guerre était en permanence dans la vallée de la Meuse; or l’enfant avait un cœur exquis; sa pitié pour les maux dont elle était témoin peuplait son cerveau d'un monde imaginaire quelle créait à son visu^ et auquel elle donnait^ d’une manière inconsciente, une splendide existence', mais, phénomène étrange, elle n’a jamais eu la pensée de faire cesser d’abord les maux, point de

LA PUCELLE SIGNE DE CONTRADICTION

départ d’une pitié qu’elle étendait à tout le royaume ; jamais elle ne s’arma contre ces bandes pillardes qui enlevaient les troupeaux du hameau, incendiaient les chaumières, jusqu’à l’église elle-même. Elle n’a jamais témoigné le désir d’aller se joindre aux braves qui, avec Baudricourt, défendent Vaucouleurs et profitent de toutes les occasions pour rendre aux dévastateurs coup pour coup. Il lui faut la grande armée anglaise qui est à 150 lieues de Domrémy. Son âme, pourtant si compatissante, voit succomber Beaumont et Mouzon et d’autres petites places des bords de la Meuse, sans qu’elle manifeste velléité d'aller, parmi les défenseurs, accomplir quelques-uns des prodiges que, dans moins d’un an, elle accomplira à Orléans. Bien plus, s'il faut s'en rapporter à la libre-pensée, qui place h l’an 1428 la fuite vers Neufchâteau, sa pitié ne lui inspire pas de se mettre à la tête des villageois et de faire front aux dévastateurs. 11 lui faut, pour coup d’essai, les bastilles que les Anglais élèvent avec tant d’art à Orléans ; Talbot, Suffolk, Glacidas, ce sont les seuls ennemis dignes d’elle; et en méditant semblable dessein, en laissant l’incendie consumer ce qui est indispensable aux siens, pour aller l’éteindre à 150 lieues, elle CONNAIT SON DEVOIR. L’expressiou est du plus grave des rationalistes interprètes de Jeanne d’Arc, du directeur de l'École des chartes, de Jules Quicherat lui-même {Ape7'çus nouveaux, p. 10).

Telle est, dépouillée des tirades de Michelet et d’Henri Martin, de l’appareil delà menteuse érudition de Siméon Luce, des variations propres à chaque écrivain, telle est l’explication de la libre-pensée. La libre-pensée n'admettant ni dérogation aux lois de la nature, ni mystère, ne doit voir ni mystère, ni miracle dans la donnée qui vient d’être exposée, et qui est bien la sienne. Quel homme de bon sens ne trouvera pas là un double mystère? L’explication donnée, d’abord, et en second lieu que des hommes, qui ne sont pas d’ailleurs sans talent, trouvent pareille explication conforme aux lois de la nature.

La pitié qui était au royaume de France passant dans le cœur de la paysanne, telle est la cause des hallucinations incurables de la jeune fille et des merveilles uniques accomplies par suite des troubles de ce cerveau créant à son insu, réalisant ses propres idées, et leur donnant une touchante et splendide existence \ mais c'est le mystère entassé sur le mystère. La pitié est à rebours : elle laisse la cause d’où elle vient pour courir à celle qu’elle ne connaît que par induction ; le devoir est à rebours : il ferme lés yeux sur les besoins de ceux qui touchent de plus près, pour aller soulager des inconnus qui souffrent à cent lieues et plus ; tout est à rebours : ce qui affaiblit le corps et l’esprit, une hallucination permanente, ne laissant de repos ni jour ni nuit, donne une immense vigueur de corps et d’esprit ; la folie est la cause d'une sagesse qui confond amis et enne-

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mis ; et ce ne sont pas là des mystères ! La foi chrétienne n’en admet pas d’aussi torturants pour la raison.

« Im pilifl qui était en royaume de France : » le texte se trouve sous toutes les plumes, sur toutes les lèvres, quand il s’agit de Jeanne d’Arc. C’est par là que la libre-pensée explique la Libératrice ; il est le point de départ de la longue suite d’incohérences qu’il lui plaît d’aligner, quand elle parle de la Vierge-Guerrière. Le mot est tronqué; la phrase est dépouillée des trois mots qui en font la plus belle phrase des annales de l’histoire de France, le fondement du plus enivrant patriotisme.

« Que vous disait l’Ange ? » demandaient à l’accusée les tortionnaires de Rouen? La question, plusieurs fois renouvelée, amena, entre autres réponses, cette divine parole : « L’ANGE ME RACONTAIT la pitié qui ÉTAIT EN royaume DE Fbance. » Le Dicu qui a pris un cœur de chair afin de pouvoir donner à sa compassion une forme sensible comme la nôhre, le cœur qui, avant de ressusciter Lazare, a pleuré sur celui qu’il aimait, faisait passer, par le prince de ses milices, les flots de sa compassion dans le cœur de l’enfant de son élection. Il agrandissait ce cœur naturellement si étroit; il le purifiait ; il le fortifiait; il le rendait apte à recevoir, avec sa toute-puissante vertu, les dons, dont la simple énumération jette dans la stupeur. Ce n’était pas trop du grand Archange, des saintes, pour former les lèvres par lesquelles Jésus devait dire encore : « Je suis la résurrection et la vie ; il n*y a de salut qxC en moi: nouveau Lazare^ France tottjours aimée^ sors du tombeau ; debout ! reprends ton rang dans le monde, » Ce n’était pas trop de cinq ans des leçons de sainte Catherine et de sainte Marguerite pour former les mains par lesquelles I’Homme-Dieu devait, avec les bastilles anglaises, rompre les liens qui rivaient au tombeau le peuple qu’il aime. La Vierge disait : « Je n'ai jamais vu couler le sang de France sans que les cheveux ne me dressent sur la tête, » Elle prononçait cette parole en courant à Saint-Loup, au moment même où elle allait eflectivement commencer l’œuvre de la Résurrection. N’est-ce pas là, au vif, la reproduction de ce que l’Évangile nous raconte comme ayant précédé la l'ésurrection de Lazare : Infremuit spiritu,,, Lacrymntus est Jésus,,. Rur^ sùm fremens in semetipso venit ad monumentum (Joan., c. xi, v. 33-38).

Dans la jeune fille d’élection, quelle source de patriotisme que de sentir l’amour du saint royaume lui venir du Roi des rois, et, comme elle le disait, de toute l’Église triomphante de là-haut. L’afiectation avec laquelle elle l’appelle le saint royaume suffirait à prouver que saini Michel lui révélait ce qu’il était dans le plan divin, et il y en a bien d'autres preuves.

Oui! certes, la Vierge-Libératrice est le symbole, la personnification du patriotisme; sa fête, la fête du patriotisme; mais d'un patriotisme à part.

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inliniment pur dans sa source, incomparablement bienfaisant dans ses effets. Aucun Français n’a les motifs, n’a le devoir d’aimer son pays autant que ceux qui admettent Jeanne d’Arc telle qu’elle s’est donnée, que ceux qui adorent avec elle le Seigneur, dont elle est l’évidente manifestation. A tous les motifs que peuvent avoir d'aimer la France ceux de leurs concitoyens qui ont le malheur de méconnaître THomme-Dicu, s’ajoute pour nous, catholiques, un motif incomparablement supérieur : notre pays est le privilégié de son cœur; il nous a donné Jeanne d’Arc; par Jeanne d’Arc, sa divine figure devient transparente dans nos annales.

Vouloir séparer la Libératrice du Libérateur est aussi impossible que séparer l’aurore du soleil qui lui donne ses couleurs. La libre-pensée s’acharne à cette impossibilité. M. Joseph Fabre s’est fait le promoteur d’une fête nationale, d’une fête civile en l’honneur de Jeanne d’Arc. Tout le camp catholique lui a fait écho. Des millions de signatures de femmes françaises ont sollicité les corps de l’État de nous réunir tous, un jour, autour de l’image de l’ineffable figure. Voilà douze ans que le sénateur -de TAveyron déploie toute son activité pour faire aboutir son projet ; les législatures expirent, et, si le projet estvoté au Sénat, la seconde chambre le laisse dormir dans les cartons, ou l’écarte sournoisement.

Et, cependant, quelles tortures M, Fabre fait subir à l’héroïne dans ses livres? Existe-t-il de prétendues histoires de Jeanne d’Arc plus fausses que le volume qu’il a intitulé : Jeanne dArc libératrice de la France'l j\ous l’ignorons ; car, n’eût été la position prise par M. le sénateur dans la question, nous nous fussions promptement épargné le dégoût de parcourir une élucubration si en opposition avec les documents que l’on ne BOUS accusera pas d’ignorer. A la suite de cette histoire prétendue, autour de laquelle la libre-pensée fit quelque fracas, M. Fabre a donné trois autres volumes de traductions du double procès. Il les a accompagnés 4e remarques, sur lesquelles seules s’est portée notre attention.

Défenseur de la Vierge telle qu’elle s’est donnée, telle que l’ont vue les contemporains, le lecteur, M. Fabre lui-même, ne seront pas surpris si, malgré de constants efforts pour rester dans les bornes de la modération, nous repoussons, avec quelque vivacité, l’odieuse caricature qu’en trace M. le sénateur aveyronnais. Pour M. Fabre, Jeanne d'Arc est un thème de diatribe contre l’Église. On aurait tort de s’étonner de trouver 4ans nos réponses quelque chose du ton ému d’un fils qui venge une mère indignement méconnue et outragée.

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